Dans le cadre du climat ultratendu avec Washington, l'Iran a indiqué en mai qu'il cesserait de se sentir tenu par les limites que cet accord conclu à Vienne impose à ses réserves d'eau lourde et d'uranium enrichi. A ce titre, le seuil limite de réserve d'uranium enrichi doit être symboliquement franchi jeudi.

Dès mardi, la République islamique est toutefois allée plus loin: à partir du 7 juillet, elle réduira "résolument" ses engagements pris dans le cadre de l'accord, a déclaré dans une note, citée par l'agence Fars, l'amiral Ali Shamkhani, secrétaire-général du Conseil suprême de la sécurité nationale.

Le pays cesserait ainsi de respecter les restrictions consenties "sur le degré d'enrichissement de l'uranium" (limité à 3,67% par l'accord de Vienne). Il pourrait en outre reprendre un projet de construction d'un réacteur à eau lourde à Arak (centre), mis en sommeil par l'accord.

Dans sa note, l'amiral Shamkhani évoque la lassitude de Téhéran vis-à-vis des promesses des Européens --qui disent vouloir sauver l'accord depuis le retrait unilatéral des Etats-Unis en mai 2018-- mais peinent à trouver les moyens de cette ambition.

La décision de Téhéran de se délier encore plus de l'accord intervient surtout dans un contexte d'extrême tension avec Washington, que l'Iran a accusé mardi d'avoir "fermé de façon permanente la voie de la diplomatie", au lendemain de l'annonce de nouvelles sanctions américaines.

La réaction de l'Iran est "insultante", a à son tour proclamé le président Trump, en prévenant que toute attaque iranienne ferait l'objet de représailles "écrasantes".

Les sanctions américaines de lundi, d'une portée essentiellement symbolique, visent le numéro un iranien Ali Khamenei tandis que le chef de la diplomatie Mohammad Javad Zarif, visage de la politique iranienne de détente avec l'Occident et abhorré par les ultraconservateurs iraniens, devrait être placé sur la liste des sanctions "cette semaine".

Le décret signé par M. Trump empêche le guide suprême, "son équipe et d'autres qui lui sont étroitement liés d'avoir accès à des ressources financières essentielles". Il gèlera des "milliards de dollars d'actifs", d'après Washington.

Ces sanctions viennent s'ajouter à une spirale d'accusations et d'incidents, dont des attaques d'origine inconnue contre des pétroliers et la destruction le 20 juin d'un drone américain par l'Iran dans la région stratégique du Golfe.

"En même temps que vous appelez à des négociations, vous cherchez à sanctionner le ministre des Affaires étrangères! Il est évident que vous mentez", a déclaré le président iranien Hassan Rohani, répondant aux affirmations des Etats-Unis selon lesquelles un dialogue reste possible.

"Cette Maison Blanche souffre de troubles mentaux. Elle ne sait plus quoi faire!", s'est exclamé M. Rohani.

Le président américain a par ailleurs été l'objet de railleries d'internautes iraniens mardi, après avoir annoncé la veille des sanctions financières contre "l'ayatollah Khomeiny"... mort en 1989.

- Sanctions "imprudentes" -

L'Iran et les Etats-Unis ont rompu leurs relations diplomatiques en 1980 après la Révolution islamique. Une ouverture a été rendue possible sous l'administration américaine de Barack Obama et a conduit à la conclusion de l'accord de Vienne.

Par ce pacte, Téhéran s'est engagé à ne jamais chercher à se doter de l'arme atomique et à limiter drastiquement son programme nucléaire en échange de la levée partielle des sanctions internationales qui asphyxiaient son économie.

Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), l'Iran a respecté jusqu'à ce jour les engagements pris dans ce cadre.

Mais, depuis son arrivée au pouvoir, M. Trump a adopté une attitude hostile à l'Iran l'accusant de chercher à obtenir l'arme atomique et de "parrainer le terrorisme". Téhéran a de son côté toujours nié vouloir acquérir l'arme atomique.

Sur Twitter, M. Zarif a accusé mardi "l'équipe B", celle du conseiller américain à la sécurité nationale John Bolton, d'avoir "traîné les Etats-Unis hors" de la table de négociation, "tout en complotant pour la guerre".

Mardi, la Russie a dénoncé les nouvelles sanctions américaines comme "imprudentes" et "déstabilisatrices".

Elle a assuré, par la voix du secrétaire de son Conseil de sécurité Nikolaï Patrouchev, "disposer d'informations" selon lesquelles le drone abattu le 20 juin se trouvait "dans l'espace aérien iranien", comme l'assure Téhéran. Washington affirme que l'incident a eu lieu dans l'espace aérien international.

- "Grave erreur" -

Paris, Berlin, Londres et Pékin, parties prenantes à l'accord nucléaire qu'elles défendent toujours, ont appelé à la désescalade.

En réaction à la dernière annonce en provenance de Téhéran, Paris a jugé mardi qu'une "violation iranienne" du pacte serait "une grave erreur".

Dans une déclaration unanime approuvée par ses 15 membres, le Conseil de sécurité de l'ONU avait appelé lundi "au dialogue". Il tient mercredi une réunion sur l'application de l'accord de Vienne.

Au lendemain de la destruction du drone, M. Trump avait dit avoir renoncé in extremis à des frappes contre des cibles iraniennes. Selon des médias américains, il a en revanche autorisé des cyberattaques contre des systèmes de lancement de missiles et un réseau d'espionnage iraniens. Téhéran a dit n'avoir subi aucun dégât.

Les Bourses européennes ont réagi mardi sur fond de tensions grandissantes entre les Etats-Unis et l'Iran. Paris a terminé en baisse de 0,13%, Francfort de 0,38%, Milan de 0,73%, Madrid de 0,36%, Amsterdam de 0,31% et Lisbonne de 0,44%. Seul Londres a grappillé quelques points (+0,08%).

"L'Iran ne cherche la guerre avec aucun pays"

Le président iranien Hassan Rohani a déclaré à son homologue français Emmanuel Macron que son pays ne cherchait "la guerre avec aucun pays", pas même les Etats-Unis, rapporte mercredi l'agence officielle iranienne Irna.

"L'Iran n'a aucun intérêt à faire croître les tensions dans la région et ne cherche la guerre avec aucun pays, Etats-Unis y compris", a déclaré mardi M. Rohani à M. Macron lors d'une conversation téléphonique, écrit Irna.

La discussion a eu lieu dans un climat de très fortes tensions entre Washington et Téhéran moins d'une semaine après que l'Iran eut abattu un drone américain et sur fond de craintes pour l'avenir de l'accord international sur le nucléaire iranien, menacé depuis que les Etats-Unis en sont sortis unilatéralement en 2018.

M. Macron a annoncé lundi qu'il rencontrerait "en aparté" son homologue américain Donald Trump pour évoquer le dossier iranien, en marge du sommet du G20 devant se tenir en fin de semaine au Japon.

Selon Irna, M. Rohani a également déclaré au président français que les Iraniens avaient "toujours été engagés en faveur de la paix et de la stabilité régionale et [qu'ils continueraient de faire] des efforts en ce sens".

Selon Irna, M. Rohani a insisté sur le fait que "l'adhésion de l'Iran [à l'accord sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015] était conditionné aux promesses européennes visant à assurer les intérêts économiques de l'Iran dont aucune ne s'est concrétisée".

"Si l'Iran ne parvient pas à bénéficier" de l'accord, "il réduira [les] engagements" auxquels il a souscrit par ce texte, a-t-il encore dit à M. Macron, rappelant que l'Iran "ne renégociera jamais l'accord".

Selon Irna, le président iranien a reproché "aux Etats-Unis d'être responsables de toutes les tensions dans la région"

M. Rohani "a fait remarquer que le drone américain [abattu le 20 juin] avait été visé après avoir reçu des avertissements pour avoir violé l'espace aérien iranien", ajoute l'agence.

"Si les Etats-Unis veulent pénétrer illégalement dans les eaux territoriales iraniennes, les forces armées [iraniennes] leur répondront avec détermination", a averti M. Rohani.

Washington affirme de son côté que son drone a été abattu dans l'espace aérien international.

Dans le cadre du climat ultratendu avec Washington, l'Iran a indiqué en mai qu'il cesserait de se sentir tenu par les limites que cet accord conclu à Vienne impose à ses réserves d'eau lourde et d'uranium enrichi. A ce titre, le seuil limite de réserve d'uranium enrichi doit être symboliquement franchi jeudi.Dès mardi, la République islamique est toutefois allée plus loin: à partir du 7 juillet, elle réduira "résolument" ses engagements pris dans le cadre de l'accord, a déclaré dans une note, citée par l'agence Fars, l'amiral Ali Shamkhani, secrétaire-général du Conseil suprême de la sécurité nationale.Le pays cesserait ainsi de respecter les restrictions consenties "sur le degré d'enrichissement de l'uranium" (limité à 3,67% par l'accord de Vienne). Il pourrait en outre reprendre un projet de construction d'un réacteur à eau lourde à Arak (centre), mis en sommeil par l'accord.Dans sa note, l'amiral Shamkhani évoque la lassitude de Téhéran vis-à-vis des promesses des Européens --qui disent vouloir sauver l'accord depuis le retrait unilatéral des Etats-Unis en mai 2018-- mais peinent à trouver les moyens de cette ambition.La décision de Téhéran de se délier encore plus de l'accord intervient surtout dans un contexte d'extrême tension avec Washington, que l'Iran a accusé mardi d'avoir "fermé de façon permanente la voie de la diplomatie", au lendemain de l'annonce de nouvelles sanctions américaines.La réaction de l'Iran est "insultante", a à son tour proclamé le président Trump, en prévenant que toute attaque iranienne ferait l'objet de représailles "écrasantes".Les sanctions américaines de lundi, d'une portée essentiellement symbolique, visent le numéro un iranien Ali Khamenei tandis que le chef de la diplomatie Mohammad Javad Zarif, visage de la politique iranienne de détente avec l'Occident et abhorré par les ultraconservateurs iraniens, devrait être placé sur la liste des sanctions "cette semaine".Le décret signé par M. Trump empêche le guide suprême, "son équipe et d'autres qui lui sont étroitement liés d'avoir accès à des ressources financières essentielles". Il gèlera des "milliards de dollars d'actifs", d'après Washington.Ces sanctions viennent s'ajouter à une spirale d'accusations et d'incidents, dont des attaques d'origine inconnue contre des pétroliers et la destruction le 20 juin d'un drone américain par l'Iran dans la région stratégique du Golfe."En même temps que vous appelez à des négociations, vous cherchez à sanctionner le ministre des Affaires étrangères! Il est évident que vous mentez", a déclaré le président iranien Hassan Rohani, répondant aux affirmations des Etats-Unis selon lesquelles un dialogue reste possible."Cette Maison Blanche souffre de troubles mentaux. Elle ne sait plus quoi faire!", s'est exclamé M. Rohani.Le président américain a par ailleurs été l'objet de railleries d'internautes iraniens mardi, après avoir annoncé la veille des sanctions financières contre "l'ayatollah Khomeiny"... mort en 1989.- Sanctions "imprudentes" -L'Iran et les Etats-Unis ont rompu leurs relations diplomatiques en 1980 après la Révolution islamique. Une ouverture a été rendue possible sous l'administration américaine de Barack Obama et a conduit à la conclusion de l'accord de Vienne.Par ce pacte, Téhéran s'est engagé à ne jamais chercher à se doter de l'arme atomique et à limiter drastiquement son programme nucléaire en échange de la levée partielle des sanctions internationales qui asphyxiaient son économie.Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), l'Iran a respecté jusqu'à ce jour les engagements pris dans ce cadre.Mais, depuis son arrivée au pouvoir, M. Trump a adopté une attitude hostile à l'Iran l'accusant de chercher à obtenir l'arme atomique et de "parrainer le terrorisme". Téhéran a de son côté toujours nié vouloir acquérir l'arme atomique.Sur Twitter, M. Zarif a accusé mardi "l'équipe B", celle du conseiller américain à la sécurité nationale John Bolton, d'avoir "traîné les Etats-Unis hors" de la table de négociation, "tout en complotant pour la guerre".Mardi, la Russie a dénoncé les nouvelles sanctions américaines comme "imprudentes" et "déstabilisatrices". Elle a assuré, par la voix du secrétaire de son Conseil de sécurité Nikolaï Patrouchev, "disposer d'informations" selon lesquelles le drone abattu le 20 juin se trouvait "dans l'espace aérien iranien", comme l'assure Téhéran. Washington affirme que l'incident a eu lieu dans l'espace aérien international.- "Grave erreur" -Paris, Berlin, Londres et Pékin, parties prenantes à l'accord nucléaire qu'elles défendent toujours, ont appelé à la désescalade.En réaction à la dernière annonce en provenance de Téhéran, Paris a jugé mardi qu'une "violation iranienne" du pacte serait "une grave erreur".Dans une déclaration unanime approuvée par ses 15 membres, le Conseil de sécurité de l'ONU avait appelé lundi "au dialogue". Il tient mercredi une réunion sur l'application de l'accord de Vienne.Au lendemain de la destruction du drone, M. Trump avait dit avoir renoncé in extremis à des frappes contre des cibles iraniennes. Selon des médias américains, il a en revanche autorisé des cyberattaques contre des systèmes de lancement de missiles et un réseau d'espionnage iraniens. Téhéran a dit n'avoir subi aucun dégât.Les Bourses européennes ont réagi mardi sur fond de tensions grandissantes entre les Etats-Unis et l'Iran. Paris a terminé en baisse de 0,13%, Francfort de 0,38%, Milan de 0,73%, Madrid de 0,36%, Amsterdam de 0,31% et Lisbonne de 0,44%. Seul Londres a grappillé quelques points (+0,08%).