Cette société... c'est l'Etat belge, tel qu'il est décrit dans le 176e cahier de la Cour des comptes. Les magistrats sortent les gros crayons rouges : " La première version des comptes annuels 2018 présentait des erreurs grossières qui auraient pu être détectées par un contrôle de première ligne et une vérification analytique limitée ". Dans cette première version, 25 milliards de recettes fiscales se baladaient dans les mauvaises cases, et la réconciliation comptes créditeurs et comptes débiteurs n'était pas juste.
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Cette société... c'est l'Etat belge, tel qu'il est décrit dans le 176e cahier de la Cour des comptes. Les magistrats sortent les gros crayons rouges : " La première version des comptes annuels 2018 présentait des erreurs grossières qui auraient pu être détectées par un contrôle de première ligne et une vérification analytique limitée ". Dans cette première version, 25 milliards de recettes fiscales se baladaient dans les mauvaises cases, et la réconciliation comptes créditeurs et comptes débiteurs n'était pas juste. La version corrigée est à peine meilleure : " Elle ne donne toujours pas une image fidèle de la situation financière et patrimoniale de l'administration générale ", pointe la Cour. Ainsi, les comptables de l'Etat n'ont toujours pas réussi à comptabiliser, comme ils le devraient depuis 2017, les recettes fiscales de l'Etat sur base de ce qu'on appelle les " droits constatés ", soit lorsque l'Etat constate qu'il a un droit sur une recette. Une erreur qui n'est pas innocente : elle a permis d'inscrire une belle hausse des revenus de l'Isoc en y notant les versements anticipés des sociétés. Mais elle crée un joli micmac, notamment au niveau des recettes TVA : 6 milliards d'euros ont été encaissés mais sont absents des livres, alors que 11 milliards de recettes irrécouvrables n'y apparaissent pas. D'autres exemples de légèretés comptables ? La Régie des Bâtiments, qui abrite quand même un patrimoine évalué à 7,5 milliards d'euros et qui reçoit une dotation annuelle de 650 millions d'euros, n'a même pas remis ses comptes. Et l'on chercherait en vain dans les livres de l'Etat trace du " bloc A " du Résidence Palace, qui vaut quand même 400 millions d'euros et doit être bientôt vendu... Cette incurie va au-delà de simples erreurs. Entre 2015 et 2018, l'Etat a encaissé 535 millions d'euros en amendes pénales. C'est à peine le tiers de ce qu'avaient imposé les tribunaux. Autrement dit, un milliard d'amendes pénales non payées se baladent dans la nature, et qui, pour une grande part, risquent d'être prescrites après cinq ans. Il y aurait, dit-on pour expliquer le phénomène, une incompatibilité entre les logiciels du SPF Finances et du SPF Justice. Face caméra, Philippe Roland, le premier président de la Cour des comptes, n'a pas le coeur à sourire : " Nous avons reçu au mois de mai des comptes qui contenaient tellement d'erreurs que nous avons permis au comptable fédéral de les corriger jusqu'à aboutir à un résultat plus ou moins acceptable. Mais la qualité des comptes publics s'est détériorée par rapport à 2017 ". Il y a urgence à se reprendre, poursuit-il, car à partir de 2020, la Cour des comptes sera amenée à certifier les comptes. " Et si elle était amenée à émettre des objections, voire carrément à s'abstenir, cela pourrait avoir des répercussions importantes sur la crédibilité de l'Etat belge ", ajoute Philippe Roland. Car c'est le plus grave : alors que le pilotage des finances de l'Etat devient de plus en plus difficile, comment les capitaines du navire Belgique peuvent-ils encore naviguer avec une boussole comptable aussi mal en point ? Comment croire aux chiffres des contrôles budgétaires ? Et comment les marchés financiers réagiraient si, un jour, ils commençaient à émettre des doutes sur les comptes de la nation ? La crédibilité d'un Etat est en effet fragile. A ceux qui en doutent, qu'ils regardent comment l'image de la Grèce a évolué entre 2008 et 2010. Et dire que nous donnions alors des leçons de bonne gestion à Athènes...