Alors que les chars russes pénétraient en Ukraine, Vladimir Poutine a réuni, au Kremlin les principaux hommes d'affaires du pays pour discuter de la manière dont ils allaient réagir aux chocs économiques qui ne manqueraient pas d'arriver. Le président russe, qui s'est assis à une distance d'environ six mètres (une manière extrême de respecter les règles de distanciation sociale), leur a dit qu'il n'avait "pas eu d'autre choix" que d'envahir l'Ukraine et que, s'ils voulaient conserver leurs entreprises, ils n'en avaient pas non plus. Selon certaines personnes informées de la réunion : "C'était une réunion inutile. L'idée principale était de s'expliquer et il a seulement déclaré: "Je comprends, mais je n'avais pas d'autre issue". Et il le pense vraiment", a déclaré l'un d'eux.
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Alors que les chars russes pénétraient en Ukraine, Vladimir Poutine a réuni, au Kremlin les principaux hommes d'affaires du pays pour discuter de la manière dont ils allaient réagir aux chocs économiques qui ne manqueraient pas d'arriver. Le président russe, qui s'est assis à une distance d'environ six mètres (une manière extrême de respecter les règles de distanciation sociale), leur a dit qu'il n'avait "pas eu d'autre choix" que d'envahir l'Ukraine et que, s'ils voulaient conserver leurs entreprises, ils n'en avaient pas non plus. Selon certaines personnes informées de la réunion : "C'était une réunion inutile. L'idée principale était de s'expliquer et il a seulement déclaré: "Je comprends, mais je n'avais pas d'autre issue". Et il le pense vraiment", a déclaré l'un d'eux.Lundi passé, l'Union européenne a gelé les avoirs de plus d'une demi-douzaine d'hommes d'affaires russes et leur a imposé des interdictions de voyager. Cette mesure aurait pour objectif de contraindre l'élite du pays à exiger un changement de cap de la part de Vladimir Poutine.Mais bien au-delà du jeu de pouvoir, cette fameuse réunion a envoyé un message bien plus "sinistre" aux milliardaires réunis avec Vladimir Poutine. Le président russe les a prévenus que toute personne, qui ne ferait pas affaire avec des entreprises sanctionnées par l'Occident, serait punie par la loi. Cela impliquait que les oligarques devaient prendre position. Il a également déclaré que la Russie aiderait les entreprises touchées par les sanctions occidentales.La longue liste des conviés à cette réunion montrait bien que toute forme de dissidence était devenue une idée lointaine, maintenant que le pouvoir de Poutine est devenu presque inattaquable, selon des proches de certaines des personnes présentes.Bien que certains, comme le banquier Pyotr Aven et Vladimir Yevtushenkov, propriétaire du conglomérat Sistema, aient été parmi les premiers à faire fortune dans le tourbillon des années 1990 en Russie, ils étaient minoritaires à la réunion. Cela s'explique par la présence importante des dirigeants des groupes bancaires et énergétiques publics, qui aujourd'hui dominent l'économie russe, et dont beaucoup ont des liens avec le cercle rapproché de Poutine.Mikhail Fridman, le partenaire commercial d'Aven, a critiqué la guerre en termes généraux, mais a déclaré aux journalistes qu'il ne voulait pas attaquer directement Poutine parce que cela "n'influencera pas les décisions politiques en Russie", alors que cela met ses employés en danger. "Personne ne veut vraiment souffrir. Mais le message est que nous devrons le faire", a déclaré un banquier d'État. "Être sur la liste des sanctions américaines était autrefois un symbole de patriotisme. C'est maintenant une obligation. Si vous n'y êtes pas, c'est suspect."En prisonCette réunion a montré le chemin parcouru par la Russie - et par Poutine lui-même - depuis sa première rencontre avec les oligarques, quelques mois après son entrée en fonction en 2000. À l'époque, Poutine avait proposé un marché aux riches hommes d'affaires : ils pouvaient conserver les bénéfices qu'ils avaient tirés de la privatisation des actifs de l'État russe, après l'effondrement de l'Union soviétique, en échange d'un serment d'allégeance et à condition qu'ils restent en dehors de la politique.Depuis lors, Poutine a imposé sa volonté aux oligarques, en répondant à toute critique par des représailles, ce qui a considérablement réduit leur influence. Certains d'entre eux sont même en prison, comme l'ancien magnat du pétrole Mikhaïl Khodorkovski, qui a passé dix ans derrière les barreaux pour fraude fiscale. Cette accusation a été considérée, par les observateurs internationaux, comme étant largement motivée par des considérations politiques.Certains de ceux qui avaient bâti leur fortune, avant l'arrivée de Poutine au pouvoir, comme Khodorkovsky et comme le banquier Sergei Pugachev, ont quitté le pays. D'autres hommes d'affaires, plus récents, ont également quitté la Russie ou ont été arrêtés. "Les oligarques intelligents ont compris comment cela fonctionne ici et les oligarques stupides ne sont plus des oligarques", a déclaré un haut responsable du Kremlin. "Quiconque n'est pas d'accord avec cela, est soit dehors, soit en prison."Aucun pouvoir politiqueLa richesse de la Russie est aujourd'hui encore plus concentrée entre les mains de quelques-uns que lors de l'arrivée au pouvoir de Poutine. Cinq cents Russes, possédant plus de 100 millions de dollars d'actifs, contrôlent 40% de la richesse des ménages russes, selon une étude réalisée par le Boston Consulting Group l'année dernière. Cela signifie que les super-riches russes sont trois fois plus riches que la moyenne de leurs homologues dans le monde.Mais cette énorme richesse ne s'accompagne pas de pouvoir politique. Et même si les oligarques russes exigeaient des changements de la part de M. Poutine, ils ne seraient toujours pas en mesure de le faire changer d'avis, a déclaré l'une des personnes informées de la réunion."Imaginez qu'ils commencent à se plaindre à Poutine", a déclaré un diplomate d'un pays européen où plusieurs oligarques russes ont d'importantes participations. "Ils disent : "Pouvez-vous revoir votre politique? J'ai perdu 4 milliards de mes 5 milliards de dollars". Poutine lui répondrait alors : "Vous voulez garder le milliard de dollars ?".Source: Financial Times