Officiellement, des taux de 0% ou quasi 0% ont une vertu: ils doivent permettre de faire redémarrer l'économie. Les consommateurs sont incités à emprunter pour consommer et les entreprises sont également incitées, vu que les taux sont très bas, à investir. Sans oublier l'État qui, étant fortement endetté, peut plus facilement rembourser sa dette publique. Ça, c'est pour la théorie.

En réalité, de plus en plus d'économistes tirent la sonnette d'alarme pour nous dire que cette politique des taux zéro, non seulement ne marche pas, mais qu'en plus, elle n'est pas la meilleure amie de la justice sociale. Et si vous avez des doutes, prenez l'exemple des États occidentaux.

La faiblesse des taux devait permettre aux États de souffler, afin de faire le ménage, de mettre en place des réformes sur le long terme susceptibles d'augmenter la croissance. Et qu'ont fait ces États en réalité ? Ils ont profité des taux bas pour reporter les vraies réformes aux calendes grecques. Pire que ça encore, l'endettement des États occidentaux a augmenté entre 2010 et 2015 ! En clair, les taux à 0% ont servi d'anesthésiant et ont permis aux hommes politiques de reporter les véritables réformes.

La politique des taux à 0% revient à prélever un impôt sur la classe moyenne au profit des plus riches !

Quant aux ménages, que signifie pour eux une politique de taux d'intérêt à 0% ? La réponse est ultra simple: cela revient à prélever un impôt sur la classe moyenne au profit des plus riches ! Comme le fait remarquer l'économiste Patrick Artus dans son dernier livre (1), "les ménages modestes - la classe moyenne donc - détiennent des actifs financiers 'rustiques'", c'est-à-dire souvent des livrets d'épargne. Cela veut dire qu'ils n'ont pas accès, ou ne profitent pas, des actifs plus sophistiqués et souvent plus rentables que les simples livrets.

Comme les placements de bons pères de famille (livrets, obligations allemandes ou belges, etc.) ne rapportent rien, on ne peut donc vraiment pas dire que la politique des taux 0% est la meilleure amie de la justice sociale.

Et ne parlons même pas des retraités, également spoliés par les taux bas. En effet, les assureurs ne peuvent, par exemple, plus verser les rendements qu'ils avaient promis, en raison de la chute des taux.

Sans oublier qu'au final, la politique des taux d'intérêt plancher finit par fabriquer des chômeurs plutôt que des emplois !

La morale de cette histoire des taux zéro, c'est que l'argent gratuit coûte cher !

(1) La folie des banques centrales, Fayard