"Le débat actuel sur la formation ou pas d'un nouveau gouvernement donne pour acquis que la situation économique soit gérable", mais c'est une erreur, a estimé l'ancien ministre des gouvernements Renzi et Gentiloni dans un entretien lundi au quotidien italien La Repubblica.

Une prise de pouvoir dès l'automne en solitaire du chef de la Ligue, Matteo Salvini (extrême droite), "aggraverait sérieusement la situation et déboucherait sur une loi de finances faite de larmes et de sang", a-t-il estimé.

M. Salvini a rompu jeudi avec le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème), son partenaire de coalition depuis 14 mois, réclamant un vote immédiat au Parlement pour faire tomber le gouvernement et des élections le plus vite possible, vers la fin octobre.

"Un gouvernement Salvini pourrait se traduire par des actions radicales comme les baisses d'impôts promises, l'élimination de la hausse prévue de la TVA (début 2020 et qui doit rapporter plus de 20 mds d'euros)", a estimé l'ancien ministre.

Cela porterait "le déficit bien au-delà des 2% du PIB et augmenterait fortement la dette. Ce serait un énième virage à 180 degrés mais plus dangereux que jamais compte tenu de la faiblesse" du pays.

"Un tel projet de budget nous mettrait sur une voie de sortie de l'Europe. Car si les thèses anti-européennes de la Ligue sont prises à la rigolade par certains commentateurs, elles sont accueillies très sérieusement par les marchés: à tel point que le spread (écart entre les taux italiens et allemands à 10 ans) a grimpé à 240 points vendredi", a-t-il souligné.

Pour M. Padoan, qui s'est dit "très préoccupé", "qu'il soit sincère ou non, Salvini fait des promesses intenables. On revient à un cadre économique similaire à il y a quelques mois, quand le spread a frôlé les 350 points".

La troisième économie de la zone euro ne va pas bien. Après une "récession technique" au second semestre 2018, l'Italie, très endettée (plus de 130% du PIB) a connu une croissance nulle de son sur les six premiers mois de l'année.

Pour 2019, la Commission européenne et le Fonds monétaire international (FMI) tablent sur une hausse de seulement 0,1%, et le gouvernement de 0,2%. Mais certains experts sont encore plus pessimistes, prédisant une récession pour la péninsule.