Dans un contexte d'inflation particulièrement élevé, toute réunion de politique monétaire est scrutée de près. Après la Fed et la Bank of England qui ont toutes deux, soit agi, soit pris des engagements fermes d'agir, la Banque centrale européenne (BCE) tenait donc une réunion très attendue la semaine dernière. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle a laissé plus d'un investisseur ou simple observateur sur sa faim.
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Dans un contexte d'inflation particulièrement élevé, toute réunion de politique monétaire est scrutée de près. Après la Fed et la Bank of England qui ont toutes deux, soit agi, soit pris des engagements fermes d'agir, la Banque centrale européenne (BCE) tenait donc une réunion très attendue la semaine dernière. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle a laissé plus d'un investisseur ou simple observateur sur sa faim. Dans une précédente chronique, j'évoquais le fait que la BCE a décidé d'appliquer le principe d'Alan Greenspan, l'ancien président emblématique de la Fed. Selon ce principe, il est préférable de rester flou, pour se garder toutes les options ouvertes et ne pas devoir revenir sur sa parole. Mais à trop jouer à ce jeu, on finit par laisser libre cours à toutes les interprétations. La conférence de presse qui s'est tenue jeudi dernier a particulièrement semé le trouble. En bref, le staff de la BCE étudie la question de l'inflation de près, avec une attention particulière à l'évolution des salaires. Dès lors, la BCE préfère attendre la réunion du 10 mars prochain pour donner quelque indication que ce soit sur ses futures intentions. Le fait d'insister autant sur la question des salaires est intéressant. En effet, une banque centrale ne peut pas faire grand-chose contre une inflation induite par les prix de l'énergie importée. Par contre, si cette inflation engendre d'autres hausses de prix, généralisées cette fois, elle se doit d'intervenir. Or, l'évolution des salaires est un catalyseur de cette possible hausse dite "de second tour". Voilà donc les salaires coincés entre le marteau et l'enclume. D'un côté, la forte poussée d'inflation a provoqué une baisse du pouvoir d'achat un peu partout dans la zone euro. Cette perte peut être dommageable à la reprise économique car elle affaiblit la dynamique de la consommation réelle des ménages. Il est donc naturel de chercher à ce que le pouvoir d'achat soit corrigé par des hausses de salaires. Mais d'un autre côté, si les salaires progressent fortement (comme c'est le cas aux Etats-Unis, par exemple), le risque que la poussée initiale d'inflation ne se traduise par une inflation généralisée est plus fort. Ceci obligerait la Banque centrale européenne à agir (comme va le faire la Fed) en relevant ses taux... pour freiner la demande dans l'économie. Au risque, là aussi, d'endommager la dynamique de reprise. Entre le marteau et l'enclume, la Belgique a tranché par le biais de l'indexation automatique des salaires. La perte de pouvoir d'achat sera en grande partie compensée. Dans les autres pays, cela fera l'objet des négociations salariales des prochains mois. A charge des partenaires sociaux d'intégrer les avantages et les conséquences de chacune des options. La tâche n'est pas simple: la hausse des salaires comme la hausse des taux ont des impacts différents sur le pouvoir d'achat, mais aussi sur la compétitivité (et on sait que l'Allemagne notamment est toujours tentée par la modération salariale pour cette raison), sur les finances publiques, etc. La BCE, comme la plupart des personnes en charge des scénarios d'inflation seront donc très attentives aux choix politiques et sociaux des prochains mois à travers la zone euro. L'évolution des salaires sera LA variable à suivre pour qui veut comprendre à quel point le virage en matière de taux de la BCE sera serré.