Voici quelques jours, l'Etat allemand a dû payer un taux d'intérêt positif (un fifrelin: + 0,02%) pour emprunter sur 10 ans. Cela ne lui était plus arrivé depuis près de trois ans. Que le taux d'intérêt de référence en Europe soit repassé en territoire positif peut paraître au premier abord purement technique. C'est pourtant le signe d'un changement fondamental: celui de la fin de l'argent bon marché. Depuis des années, en Europe, les taux étaient au plancher pour deux grandes raisons. La première était une inflation très faible. La seconde, l'impact des programmes d'achats de la Banque centr...

Voici quelques jours, l'Etat allemand a dû payer un taux d'intérêt positif (un fifrelin: + 0,02%) pour emprunter sur 10 ans. Cela ne lui était plus arrivé depuis près de trois ans. Que le taux d'intérêt de référence en Europe soit repassé en territoire positif peut paraître au premier abord purement technique. C'est pourtant le signe d'un changement fondamental: celui de la fin de l'argent bon marché. Depuis des années, en Europe, les taux étaient au plancher pour deux grandes raisons. La première était une inflation très faible. La seconde, l'impact des programmes d'achats de la Banque centrale européenne qui avait été lancé début 2015 pour combattre la déflation. Cette forte demande a poussé le cours des obligations d'Etat vers le haut, et donc les rendements vers le bas. Mais aujourd'hui, le paysage est en train de se transformer sur ces deux fronts. L'inflation est de retour. En décembre, les prix à la consommation dans la zone euro affichaient une hausse de 5%. Une situation similaire existe aux Etats-Unis et dans les autres pays industrialisés, ce qui laisse craindre un resserrement de la politique monétaire un peu partout. De plus, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé qu'elle allait progressivement réduire ses interventions puisque, justement, l'inflation revient. Plus spécialement, la BCE a annoncé mi-décembre qu'elle allait arrêter son programme d'achats d'urgence liés à la pandémie (PEPP), qui était doté d'une enveloppe de 1.850 milliards d'euros. Cette fin de l'argent facile va donc se traduire concrètement par une remontée progressive des taux, comme chez nous les taux des emprunts hypothécaires, qui suivent le rendement des OLO (les obligations de l'Etat). Ces dernières frémissent déjà: voici quelques jours, le Trésor a emprunté 5 milliards d'euros sur 10 ans à un taux de 0,36%, alors que les rendements des OLO n'affichaient encore que 0,1% mi-décembre. Ce taux de 0,36% payé par notre pays est le plus élevé depuis 2019. Cela ne signifie toutefois pas que la Belgique aura une charge d'intérêt immédiatement plus élevée car pendant quelques années encore, les finances publiques bénéficieront de l'arrivée à échéance d'emprunts qui portaient un taux élevé (aux alentours de 4%) et qui seront donc remplacés par des emprunts aux taux encore bas. Pour l'épargnant, la hausse des taux devrait être à double tranchant. D'un côté, elle a déjà commencé à saper le moral des marchés boursiers. Mais la hausse des taux devrait aussi soutenir le rendement des comptes d'épargne réglementés. Pas tout de suite, sans doute, mais dans quelques mois. En France, par exemple, le rendement du livret A, qui est l'équivalent de notre livret d'épargne, passera en février de 0,5% à 1%. C'est encore très loin des taux de notre livret qui n'offre la plupart du temps que 0,11%, et qui restera sans doute encore un moment à ce niveau. Mais les temps sont en train de changer.