On a allégué que ces caméras serviraient à mieux contrôler la circulation routière et à mieux sanctionner les millions d'infractions commises chaque année dans ce domaine. On peut rétorquer sans réserve que les moyens utilisés, qui reviennent à tout contrôler dans tout le pays, sont certainement disproportionnés par rapport à la faible gravité de ces infractions. Si celles-ci sont si nombreuses, c'est parce qu'une grande partie des conducteurs les considèrent précisément comme pas graves.
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On a allégué que ces caméras serviraient à mieux contrôler la circulation routière et à mieux sanctionner les millions d'infractions commises chaque année dans ce domaine. On peut rétorquer sans réserve que les moyens utilisés, qui reviennent à tout contrôler dans tout le pays, sont certainement disproportionnés par rapport à la faible gravité de ces infractions. Si celles-ci sont si nombreuses, c'est parce qu'une grande partie des conducteurs les considèrent précisément comme pas graves. Comme d'habitude, des ministres ont également soutenu que cet important dispositif de surveillance était destiné à mieux protéger la population contre le terrorisme. On peut sérieusement douter que c'est à cela que ces caméras serviront effectivement. Les terroristes sont heureusement peu nombreux, possèdent rarement un véhicule personnel et ne sont certainement pas suffisamment idiots pour l'utiliser lorsqu'ils commettent leurs méfaits. En revanche, l'ensemble de la population sera soumis à cette surveillance et ce qui paraît particulièrement inquiétant, c'est que l'on passe petit à petit, mais de manière certaine, d'un système destiné à surveiller des suspects à une politique de surveillance de masse, visant toute la population. Ces caméras s'ajoutent aux très nombreuses autres sources d'informations dont disposent déjà les autorités policières, dans tous les domaines. Surtout, l'interconnexion de ces dispositifs et les progrès de l'informatique permettront aisément de retracer la quasi-totalité des activités d'une personne dans l'espace public pendant toute la journée. Il suffira de détecter les différents endroits où les caméras révéleront qu'elle sera passée. Il s'agit là d'un grand danger pour les libertés individuelles. Il faut se garder de soutenir que ceux qui n'ont rien à se reprocher n'ont rien à craindre. Malheureusement, notre système légal est tellement hypertrophié qu'un nombre quasiment infini de comportements sont désormais considérés comme illégaux et passibles de sanctions. Presque tout le monde est coupable de quelque chose, et pas seulement dans le domaine de la sécurité routière. Dans ce contexte, augmenter les possibilités de répression, c'est transformer petit à petit le pays en un Etat policier. Certes, le rêve absolu des partisans de la répression ne sera pas encore atteint. On n'a pas encore exigé des cyclistes et des piétons eux-mêmes qu'ils se baladent avec une plaque d'immatriculation sur le dos. Mais malheureusement, cette mesure extrême n'est absolument pas nécessaire pour permettre la surveillance de l'ensemble des citoyens. L'exemple de la Chine, dont la police redoutable utilise les ressources de l'informatique pour pratiquer une reconnaissance faciale dans tous les domaines, le montre. Sans même exiger de tous les Chinois le port d'une plaque d'immatriculation, ceux-ci sont reconnaissables, simplement par leur visage. Et ce système commence déjà à être utilisé pour infliger des sanctions pour les comportements les plus mineurs, comme le fait de traverser, en tant que piéton, une rue au feu rouge. Le régime totalitaire chinois instaure des sanctions pour ceux qui répètent ce type de comportement avec une perte de points, engendrant elle-même la perte de certains droits et de certaines facilités, comme le fait de voyager à l'étranger, de prendre l'avion ou le train, etc. Il est illusoire de croire que, parce que, à la différence des dirigeants chinois, les nôtres sont élus sur des listes qui se font concurrence, cela n'arrivera jamais dans les pays d'Europe. Lorsque le pouvoir a la capacité de contrôler quelque chose, il finit, tôt ou tard, par l'utiliser pour réglementer et sanctionner effectivement les comportements les plus divers des citoyens. Et précisément, la multiplication des caméras et l'accès de plus en plus aisé à des technologies de pointe permet aux autorités d'avoir de plus en plus d'informations sur tous les faits et gestes, même les plus anodins, de la population. C'est là qu'est la source du danger, et le risque pour les libertés civiles.