En juin 2021, l'un des scientifiques chinois les plus respectés a émis l'hypothèse que le pays pourrait commencer à assouplir sa politique "zéro covid" en 2022. Zhang Wenhong, qui peut être comparé à Anthony Fauci, le conseiller médical en chef du président Joe Biden, a été vilipendé sur internet pour son analyse sobre et scientifique. Les médias officiels ont ainsi publié un article d'un ancien ministre de la Santé (qui a suivi un parcours académique en finance) exprimant son "étonnement" à l'idée d'assouplir les contrôles. Il faut dire que le Parti communiste a pour objectif prioritaire d'éliminer les infections de covid et que la Chine est le plus grand pays au monde à avoir adopté une politique zéro covid. Un seul cas peut entraîner des tests et un confinement à l'échelle d'une ville entière. Des responsables locaux ont été licenciés après que quelques cas ont été décelés dans leur circonscription. Peu d'étrangers peuvent entrer dans le pays et ceux qui y sont parvenus doivent passer au moins 14 jours en quarantaine dans un hôt...

En juin 2021, l'un des scientifiques chinois les plus respectés a émis l'hypothèse que le pays pourrait commencer à assouplir sa politique "zéro covid" en 2022. Zhang Wenhong, qui peut être comparé à Anthony Fauci, le conseiller médical en chef du président Joe Biden, a été vilipendé sur internet pour son analyse sobre et scientifique. Les médias officiels ont ainsi publié un article d'un ancien ministre de la Santé (qui a suivi un parcours académique en finance) exprimant son "étonnement" à l'idée d'assouplir les contrôles. Il faut dire que le Parti communiste a pour objectif prioritaire d'éliminer les infections de covid et que la Chine est le plus grand pays au monde à avoir adopté une politique zéro covid. Un seul cas peut entraîner des tests et un confinement à l'échelle d'une ville entière. Des responsables locaux ont été licenciés après que quelques cas ont été décelés dans leur circonscription. Peu d'étrangers peuvent entrer dans le pays et ceux qui y sont parvenus doivent passer au moins 14 jours en quarantaine dans un hôtel. La plupart des Chinois apprécient cette situation. Il est donc difficile pour le Parti de rouvrir les frontières. La machine de propagande nationale vante depuis des mois la supériorité du système autoritaire de la Chine pour éradiquer le virus. La déferlante du variant delta dans les autres pays a renforcé la conviction des dirigeants selon laquelle passer à une société "tolérante au covid" serait une catastrophe. Bien que quelques scientifiques chinois de renom aient prudemment remis en question la durée de cette politique, le gouvernement ne montre aucun signe qu'il infléchira sa position. Tout changement de discours prendrait du temps et serait embarrassant. Il serait en effet difficile de convaincre les habitants que vivre avec le virus n'est pas aussi effrayant que le Parti ne l'affirme. Par ailleurs, la Chine est dans une meilleure position que la plupart des pays pour rester fermée: cette fermeture a peu d'impact sur ses exportations et les investissements directs étrangers sont supérieurs à ceux d'avant la pandémie. Des quarantaines strictes pourraient dès lors subsister pour une bonne partie, voire la totalité de l'année 2022. Les compagnies aériennes chinoises ont dit s'attendre à des restrictions strictes sur les vols internationaux jusqu'à la fin du premier semestre. Le Parti a prévu plusieurs événements importants qu'il ne souhaite pas voir perturbés par la pandémie. Les Jeux olympiques d'hiver débuteront à Pékin et dans les régions environnantes en février, suivis par la séance annuelle d'un Parlement chinois qui se contente d'entériner les décisions. Organisé tous les cinq ans, le congrès du Parti, fin 2022, devrait confirmer la prolongation de Xi Jinping à la tête du pays pendant au moins cinq années supplémentaires. Le Parti pourrait même décider de patienter jusqu'au terme de la réunion parlementaire annuelle en mars 2023 pour assouplir les contrôles aux frontières, envisage Huang Yanzhong, du Council for Foreign Relations, un think tank américain.Les politiques vaccinales compliquent encore la situation. En effet, la Chine souhaite que 80% de sa population soit vaccinée d'ici à la fin 2021. Toutefois, aucun vaccin étranger n'a été approuvé et ceux qui ont été élaborés dans le pays, comme le Sinopharm et le Sinovac, ne sont pas très efficaces contre le variant delta. Malgré tout, ces vaccins permettent d'éviter les formes graves du Covid-19, ce qui réduit en théorie la pression sur le système de santé. En Chine, même les personnes souffrant de symptômes légers sont hospitalisées. Par conséquent, l'ouverture des frontières pourrait entraîner des difficultés dans les hôpitaux, surtout dans les zones rurales. Les laboratoires chinois sont en train de développer de nouveaux vaccins sur la base de la technologie de l'ARN messager, mais leur efficacité n'a pas encore été prouvée à ce jour. Hong Kong pourrait s'avérer être un bon indicateur. En effet, le gouvernement de la ville est prêt à tout pour rouvrir ses frontières avec la Chine continentale. Elle n'a enregistré que quelques nouveaux cas ces derniers mois. Mais les autorités continentales ont refusé. Si elles changent d'avis, ce sera un signe que le Parti est enfin prêt à abandonner sa politique zéro covid. Sue-Lin Wong, The Economist