Epargnée de l'inflation, empochant la plus grande somme du plan de relance européen, l'Italie semble pour l'heure bien sortir de la crise économique post-covid. De nombreuses voix pointent la gestion, quoique dure, de main de maître du Président du Conseil des ministres, Mario Draghi, en fonction depuis le mois de février.
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Epargnée de l'inflation, empochant la plus grande somme du plan de relance européen, l'Italie semble pour l'heure bien sortir de la crise économique post-covid. De nombreuses voix pointent la gestion, quoique dure, de main de maître du Président du Conseil des ministres, Mario Draghi, en fonction depuis le mois de février.A l'heure où la fin de la crise sanitaire semble se reprocher, l'impact de la crise sur l'économie semble moins grave qu'attendu. Les estimations du gouvernement prévoient que sur l'année en cours, la croissance devrait augmenter de 6%, un point de pourcent en plus qu'initialement prévu. Faisant de la république transalpine une des croissances les plus rapides d'Europe.Alors que dans de nombreux autres pays européens les craintes d'inflation et de flambées de prix sont largement partagées, l'inflation restera probablement à 1,4% en Italie, pour la fin de l'année. A titre de comparaison, elle est à 2,86% en Belgique, pour le mois de septembre.Les éloges ne tarissent pas quant à Mario Draghi, également ancien président de la Banque Centrale europénne et de la Banque d'Italie. La fédération italienne de l'industrie, Confindustria, a reçu le Premier ministre à son assemblée annuelle, et, fait rare pour un homme d'Etat, l'a applaudi sans cesse, et lui a souhaité de rester en fonction longtemps encore. Pour Tito Boeri, professeur en économie à l'Université Bocconi, à Milan, cité par le quotidien allemand Welt, Draghi a réussi le pari audacieux d'apporter du calme au parlement, où les esprits sont habituellement échauffés. Il dirige un gouvernement d'"unité nationale", où la plupart des grands partis se retrouvent.Le "green pass", covid safe ticket italien, est le plus strict d'Europe. Il faut, dès le 15 octobre, être testé négatif, guéri du covid ou vacciné pour pouvoir se rendre au travail. Sans ce certificat, des suspensions sans salaires ou des amendes jusque 1.500 euros sont prévus. Mais là encore, il ne semble pas y avoir de résistances majeures face à Draghi, ni du parlement et ni des syndicats. Le taux vaccinal souhaité de 80% est alors quasi atteint. Pour Tito Boeri, le succès de la camapgne de vaccination était élémentaire pour la reprise économique.L'économiste reste cependant circonspect quant à l'ampleur de la reprise : la croissance n'est pas encore revenue au niveau d'avant la pandémie (au plus fort de la pandémie, elle a même perdu jusqu'à 9%), et l'inflation également était déjà très basse avant, de sorte à ce qu'elle pouvait dissuader des investisseurs de s'engager.L'Italie a empoché la plus grande somme du plan de relance post-covid, "pour la reprise et la résilience des activités", européen : 209 millairds d'euros, sous forme de subventions et d'emprunts. La Belgique, à titre de comparaison, a reçu un peu moins de six milliards, la France 40 et l'Allemagne 25.Mario Draghi a pu dépasser les retards du gouvernement précédent et demander les fonds à temps. Tito Boeri se demande alors si l'Italie sera en mesure de redistribuer les fonds dans les délais impartis, faculté où le pays a souvent accusé des retards.Pour Philipp Heimberger, économiste auprès de l'Institut viennois pour les compaisons économiques internationales, un élément qui est souvent revenu sur la table lors des négociations pour le plan de relance est le cliché que l'Italie vit au-dessus de ses moyens et qu'elle ne serait pas capable de "discipline fiscale". Il demande alors à l'Allemagne et à l'Autriche, et autres pays où cette idée pourrait circuler, de revoir leur vision des choses et de se baser sur des faits. Pour lui, l'économie italienne, avec la deuxième industrie la plus forte européenne, est sur un pied stable. Le revers de la médaille de cette reprise positive sont les veiux maux de l'Italie : le manque structurel de main d'oeuvre qualifiée, les difficultés des jeunes à trouver de l'emploi, et une administration publique réputée comme inefficace (même si entre temps une digitalisation récente et rapide des services administratifs a poussé l'Italie de la dernière à deuxième place du G7 en la matière). La dette publique a également grandi lors de la pandémie, elle est désormais à 156% du PIB, le plus haut taux d'Europe (contre la moyenne européenne de 98%).Les retards internationaux en matières premières, comme l'acier ou les micro-puces, alors que tous les pays essaient de relancer leurs industries, amènent également une hausse des prix. Ce qui représente un défi supplémentaire pour la reprise italienne.Mario Draghi plaide également devant les autorité européennes pour pérenniser les suspensions des règles de Maastricht (qui régulent les dettes publiques et le déficit budgétaire, en fonction du PIB), actuellement en vigueur jusqu'en 2023 pour cause de la pandémie. Le chef du gouvernement italien souhaite ainsi augmenter les dépenses et investissements publics ; ce qui pourrait donner du grain à moudre au cliché allemand sur la gestion financière du pays en forme de botte.