Voici quelques jours, dans le Financial Times, l'économiste britannique Tim Harford, - célèbre pour sa rubrique "The undercover economist" publiée dans le journal, s'interrogeait : "Est- ce que la vie au Royaume-Uni est aussi mauvaise que les chiffres le suggèrent ?" Et il répondait : "oui, elle l'est".
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Voici quelques jours, dans le Financial Times, l'économiste britannique Tim Harford, - célèbre pour sa rubrique "The undercover economist" publiée dans le journal, s'interrogeait : "Est- ce que la vie au Royaume-Uni est aussi mauvaise que les chiffres le suggèrent ?" Et il répondait : "oui, elle l'est".Sonnés par la crise financière, le Brexit, le covid, la guerre en Ukraine et par une crise politique gelant toute grande décision de l'Etat, les Britanniques vivent depuis quinze ans une stagnation de leur niveau de vie. La majorité de la population est inquiète de la hausse des prix (l'inflation a atteint 10,5% en décembre), de l'instabilité sociale (les grèves se multiplient) et de l'effondrement du système des soins de santé, et plus spécialement de la prise en charge aux urgences.Quelques chiffres pour montrer l'étendue des dégâts : "les revenus réels moyens ont chuté de 7% depuis un an et on prévoit que les revenus mettront quatre ou cinq ans pour retrouver les niveaux de janvier 2022" note Tim Harford. Mais en fait cette stagnation a débuté en 2008 : le revenu disponible réel des ménages stagne depuis 15 ans.Pour avoir une idée de la richesse perdue, Tim Harford fait observer que "si la tendance d'avant la crise s'était poursuivie, le Britannique serait désormais 40 % plus riche. Jamais, en remontant 260 années en arrière, les statistiques n'ont donné un tel écart entre ces deux décennies et les deux décennies précédentes".330.000 travailleurs de moinsEt les forces vives diminuent : suite au Brexit, il y a au Royaume-Uni 460.000 travailleurs originaires de l'Union européenne de moins que ce qu'il y aurait dû avoir si le pays était resté dans l'Union, notait le site Euractiv citant diverses études de centres de réflexion pro-européens. "Cette perte de main-d'oeuvre a été partiellement compensée par une augmentation de quelque 130.000 travailleurs ne provenant pas de l'Union européenne, mais il reste un déficit de 330.000 travailleurs, qui représente environ 1 % de la population active du pays. En revanche, poursuit Euractiv, "l'immigration non liée au travail a augmenté : la migration nette vers le Royaume-Uni a été estimée à plus de 500.000 personnes en un an avant juin 2022, avec des afflux importants de réfugiés d'Ukraine et de Hong Kong, ainsi que d'étudiants". Ce qui complexifie encore la situation du marché du travail britannique.Les Finances publiques britanniques ne se portent pas mieux : la pression fiscale n'atteint certes pas la nôtre, mais elle augmente : les impôts représentent 37% du revenu national, c'est quatre points de pourcentage de plus que la moyenne des 40 dernières années. Mais ces impôts ne sauvent pas le service public ni l'état des finances : l'endettement public est d'environ 96% du PIB, et si rien n'est fait, l'effet boule de neige va se mettre en branle et la dette publique pourrait atteindre 267% du PIB en 2050, selon l'Office for Budget Responsabilité, une agence de l'Etat qui fournit des informations sur les finances publiques.Pas étonnant, dès lors, que de plus en plus de Britanniques regrettent le Brexit et deux tiers de la population estiment que le gouvernement gère mal la sortie de l'Union européenne.