Sur la question centrale de ce projet d'AIP, la norme salariale, fixée à 1,1% pour 2019-2020, la FGTB porte un regard nuancé. "C'est une avancée positive par rapport à 0,8% et les secteurs auront la liberté d'utiliser au maximum cette norme", souligne M. Vertenueil. "Mais ce n'est pas Byzance. On est loin de couvrir les attentes de la population en matière de pouvoir d'achat".

La FGTB voit également dans l'existence même d'un projet d'AIP un point positif après la situation bloquée d'il y a quelques semaines et la grève nationale du 13 février. "Cela veut dire que l'on a négocié, échangé les points de vue, fait des pas les uns vers les autres. Cela montre aussi que la concertation sociale fonctionne en Belgique", souligne Robert Vertenueil.

Concernant les fins de carrière, le président de la FGTB se réjouit que cette question ait pu "être réglée entre gentlemen". "On a pu prolonger les systèmes qui existent en optimalisant les possibilités légales". Les partenaires sociaux se sont quelque peu éloignés de ce que le gouvernement Michel avait décidé l'été dernier -lorsque la N-VA était encore à bord-, ce qui a déjà fait grincer quelques dents ce mardi, au sein des libéraux flamands de l'Open Vld. Mais le projet d'AIP est un équilibre fragile comme de la "dentelle", selon Robert Vertenueil. "Nous appelons le gouvernement et les partis à respecter cet accord. Évidemment, si l'on conteste déjà tout ou partie de cet accord, il y a un problème", avertit-il.

Fruit d'un compromis

Autre point positif, aux yeux de la FGTB: l'accord sur la répartition de l'enveloppe bien-être, qui s'élève tout de même à 353 millions d'euros pour 2019 et 716 millions pour 2020, et qui permettra d'augmenter les allocations sociales, "avec une attention particulière pour les allocations les plus basses et les pensions les plus basses et les plus anciennes, pour que les gens puissent vivre décemment".

Mais le projet d'AIP, qui est "forcément le fruit d'un compromis", comporte des éléments durs à avaler pour la FGTB. Ainsi, le syndicat socialiste "reste sur sa faim" du fait de l'absence de rehaussement substantiel du salaire minimum. Les syndicats réclament en effet, à terme, un salaire minium à 14 euros de l'heure alors qu'il se monte actuellement à un peu moins de 10 euros de l'heure. Il sera augmenté d'1,1% au 1er juillet et un groupe de travail sera mis sur pied par les partenaires sociaux. "Ce groupe de travail, même si tout le monde est de bonne volonté, ne nous garantit pas une solution", reconnaît Robert Vertenueil.

La FGTB déplore en outre que le projet d'AIP porte de 100 à 120 heures le nombre d'heures supplémentaires possibles par an. "Sur ce point, nous sommes hors de notre mandat de négociations", a reconnu Robert Vertenueil, ce qui montre selon lui que le syndicat socialiste est capable de mettre de l'eau dans son vin. "C'est un signe de bonne volonté de notre part".

La FGTB va maintenant prendre le temps de consulter ses régionales et centrales et d'expliquer "objectivement" le contenu du projet d'AIP. Un vote interviendra lors d'un comité fédéral qui devrait se tenir en principe le 26 mars. "La FGTB n'a pas encore de position ferme et définitive sur un oui ou non. Le temps de la consultation a démarré. Il y aura un comité fédéral et un vote et nous verrons bien si on peut ou pas signer l'AIP", a résumé Robert Vertenueil.