"Il y a le choix entre deux approches: celle du gouvernement français qui pense que cette hausse des prix ne durera pas longtemps et qu'on peut donc remettre une louche d'argent pour soutenir la consommation, et des positions qui sont plus celles des banquiers centraux qui disent qu'il faut casser l'inflation à tout prix", a résumé en ouverture des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence (sud-est de la France) le président de ce forum, Jean-Hervé Lorenzi.

"La vitesse du changement, c'est-à-dire de l'installation d'un nouveau régime macroéconomique, m'a surpris", a reconnu l'économiste Christian de Boissieu. Pour la France, par exemple, l'Insee (Institut national de la statistique) prévoit un indice des prix à la consommation en hausse de 6,5% à 7% à l'automne, du jamais vu depuis près de 40 ans.

En conséquence, "la Réserve fédérale américaine, la Banque d'Angleterre et la BCE (Banque centrale européenne) entrent dans le jeu pour faire remonter les taux d'intérêt, ralentir la croissance et par ce double mécanisme viennent réduire l'espace budgétaire", a expliqué l'économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI), Pierre-Olivier Gourinchas.

Dans l'environnement actuel, il y a donc "moins de place pour le budgétaire et plus de place pour le monétaire". En clair, les marges de manoeuvre des gouvernements pour lutter contre l'inflation sont réduites parce qu'ils ne peuvent plus financer la dette publique aussi facilement que par le passé, tandis que les Banques centrales doivent remonter les taux pour freiner la hausse des prix.

L'envolée des cours de certaines matières premières ou des composants électroniques avait commencé à se transmettre à l'ensemble de l'économie avant même le début en février de la guerre en Ukraine, sur fond de reprise post-pandémie et d'une offre inférieure à la demande.

Impôt régressif

La Banque centrale européenne, qui luttait depuis une décennie contre une hausse des prix trop faible par rapport à sa cible, située autour de 2%, considérait encore l'an dernier que l'inflation reviendrait rapidement à ce niveau. Dans ses dernières projections, publiées en juin, la BCE table sur une décélération à 3,5% l'an prochain et un atterrissage autour de 2% en 2024, après une hausse des prix de 6,8% cette année en zone euro.

La nécessité de mettre en oeuvre rapidement la transition énergétique pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles, accélérée par la volonté de stopper le plus tôt possible les importations de gaz et de pétrole russes, pourrait toutefois soutenir la hausse des prix plus longtemps.

L'inflation pourrait aussi être alimentée par les relocalisations en Europe de chaînes de valeur indispensables à notre souveraineté, et dans le futur par l'instauration d'une taxe carbone aux frontières de l'UE sur les importations, afin de lutter contre le réchauffement climatique.

"On a perdu depuis quelque temps le moteur désinflationniste de la globalisation", a estimé lors d'un débat le PDG de Capgemini, Paul Hermelin.

L'économiste Patrick Artus a pour sa part prédit fin juin dans une tribune parue dans le quotidien français Le Monde la réapparition des cycles monétaires qui avaient disparu dans la décennie 2010. Durant ces cycles, les Banques centrales n'avaient pas hésité à provoquer des récessions pour briser l'inflation, comme de 1980 à 1982, en 1990, 2000 ou encore 2008.

"Il faut casser l'inflation", car elle est "l'impôt le plus régressif qui soit", qui "rogne les salaires des plus pauvres, empêche l'investissement pour l'avenir. Ca dérègle l'ensemble des mécanismes de croissance et l'ensemble des mécanismes distributifs", a expliqué à Aix Luis Pereira da Silva, directeur général adjoint de la Banque des règlements internationaux, une institution basée à Bâle (Suisse) parfois appelée "la Banque centrale des Banques centrales".

L'économiste Jean-Paul Pollin a de son côté assuré à l'AFP qu'on peut maîtriser l'inflation "si on arrive à avoir plus de croissance, avec une politique des revenus, une Banque centrale qui redevient crédible et parvient à faire croire au bon peuple qu'on va ramener l'inflation autour de 2%".

C'est l'objectif poursuivi par le gouvernement français qui a annoncé cette semaine des mesures de soutien au pouvoir d'achat, tout en lançant un appel aux chefs d'entreprise à augmenter les salaires quand ils le peuvent.

"Il y a le choix entre deux approches: celle du gouvernement français qui pense que cette hausse des prix ne durera pas longtemps et qu'on peut donc remettre une louche d'argent pour soutenir la consommation, et des positions qui sont plus celles des banquiers centraux qui disent qu'il faut casser l'inflation à tout prix", a résumé en ouverture des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence (sud-est de la France) le président de ce forum, Jean-Hervé Lorenzi."La vitesse du changement, c'est-à-dire de l'installation d'un nouveau régime macroéconomique, m'a surpris", a reconnu l'économiste Christian de Boissieu. Pour la France, par exemple, l'Insee (Institut national de la statistique) prévoit un indice des prix à la consommation en hausse de 6,5% à 7% à l'automne, du jamais vu depuis près de 40 ans.En conséquence, "la Réserve fédérale américaine, la Banque d'Angleterre et la BCE (Banque centrale européenne) entrent dans le jeu pour faire remonter les taux d'intérêt, ralentir la croissance et par ce double mécanisme viennent réduire l'espace budgétaire", a expliqué l'économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI), Pierre-Olivier Gourinchas.Dans l'environnement actuel, il y a donc "moins de place pour le budgétaire et plus de place pour le monétaire". En clair, les marges de manoeuvre des gouvernements pour lutter contre l'inflation sont réduites parce qu'ils ne peuvent plus financer la dette publique aussi facilement que par le passé, tandis que les Banques centrales doivent remonter les taux pour freiner la hausse des prix.L'envolée des cours de certaines matières premières ou des composants électroniques avait commencé à se transmettre à l'ensemble de l'économie avant même le début en février de la guerre en Ukraine, sur fond de reprise post-pandémie et d'une offre inférieure à la demande.Impôt régressif La Banque centrale européenne, qui luttait depuis une décennie contre une hausse des prix trop faible par rapport à sa cible, située autour de 2%, considérait encore l'an dernier que l'inflation reviendrait rapidement à ce niveau. Dans ses dernières projections, publiées en juin, la BCE table sur une décélération à 3,5% l'an prochain et un atterrissage autour de 2% en 2024, après une hausse des prix de 6,8% cette année en zone euro.La nécessité de mettre en oeuvre rapidement la transition énergétique pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles, accélérée par la volonté de stopper le plus tôt possible les importations de gaz et de pétrole russes, pourrait toutefois soutenir la hausse des prix plus longtemps.L'inflation pourrait aussi être alimentée par les relocalisations en Europe de chaînes de valeur indispensables à notre souveraineté, et dans le futur par l'instauration d'une taxe carbone aux frontières de l'UE sur les importations, afin de lutter contre le réchauffement climatique."On a perdu depuis quelque temps le moteur désinflationniste de la globalisation", a estimé lors d'un débat le PDG de Capgemini, Paul Hermelin.L'économiste Patrick Artus a pour sa part prédit fin juin dans une tribune parue dans le quotidien français Le Monde la réapparition des cycles monétaires qui avaient disparu dans la décennie 2010. Durant ces cycles, les Banques centrales n'avaient pas hésité à provoquer des récessions pour briser l'inflation, comme de 1980 à 1982, en 1990, 2000 ou encore 2008."Il faut casser l'inflation", car elle est "l'impôt le plus régressif qui soit", qui "rogne les salaires des plus pauvres, empêche l'investissement pour l'avenir. Ca dérègle l'ensemble des mécanismes de croissance et l'ensemble des mécanismes distributifs", a expliqué à Aix Luis Pereira da Silva, directeur général adjoint de la Banque des règlements internationaux, une institution basée à Bâle (Suisse) parfois appelée "la Banque centrale des Banques centrales".L'économiste Jean-Paul Pollin a de son côté assuré à l'AFP qu'on peut maîtriser l'inflation "si on arrive à avoir plus de croissance, avec une politique des revenus, une Banque centrale qui redevient crédible et parvient à faire croire au bon peuple qu'on va ramener l'inflation autour de 2%".C'est l'objectif poursuivi par le gouvernement français qui a annoncé cette semaine des mesures de soutien au pouvoir d'achat, tout en lançant un appel aux chefs d'entreprise à augmenter les salaires quand ils le peuvent.