Gaspard Glanz, 32 ans, a été interpellé samedi place de la République, à Paris: on le voit sur des vidéos apostropher les forces de l'ordre, il affirme avoir été visé par une grenade de désencerclement. Après avoir été poussé par un policier, le reporter leur fait un doigt d'honneur. Après près de deux jours de garde à vue, il a été convoqué pour être jugé en octobre pour "outrage". Le juge des libertés lui a surtout interdit de paraître à Paris tous les samedis et le 1er mai.

Il fait partie de ces reporters n'appartenant pas à une rédaction, qui documentent les mouvements sociaux au plus près de l'action, des manifestations contre la loi Travail en 2015 au mouvement des "gilets jaunes", en passant par la mobilisation contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Ils diffusent leurs images, en direct ou non, et les vendent parfois aux rédactions, comme Gaspard Glanz à l'AFP ou au site Reporterre, via son site Taranis News.

En Syrie, au Brésil, aux Etats-Unis, ces reporters "citoyens", "street reporters", ou "chiens de garde" autoproclamés ont été de plus en plus nombreux à se lancer en indépendants ces dernières années, notamment grâce à un matériel plus léger et moins cher.

Affichant parfois leurs opinions, vivant chichement de leurs images, ils interrogent la définition traditionnelle d'un métier en crise.

"On me reproche probablement d'exposer les violences policières ou simplement le dispositif des forces de l'ordre", a indiqué Gaspard Glanz à l'AFP.

Le reporter a notamment accusé plusieurs fois des personnes qui se présentaient comme journalistes d'être en fait des policiers. Il a aussi retrouvé et diffusé certaines images d'Alexandre Benalla, l'ex-collaborateur de l'Elysée, portant un brassard de police.

Condamné une première fois en 2007 pour "outrage" au personnel d'un lycée, lors de manifestations lycéennes, diplômé depuis en sociologie criminelle, le jeune homme a commencé à couvrir l'actualité sociale lors du contre-sommet de l'OTAN à Strasbourg, en 2009.

Alors qu'il couvrait l'évacuation de la "jungle" des migrants à Calais en 2016, il a de nouveau été condamné pour vol d'un talkie-walkie de la police. Il dit avoir aussi découvert lors de cette arrestation qu'il était fiché "S" comme "membre de la mouvance anarcho-autonome", un fichage qu'il dit avoir contesté sans succès en février devant le Conseil d'Etat.

- La profession divisée -

Gaspard Glanz voit dans son arrestation une forme d'"acharnement politique contre-productif". Il a reçu un soutien appuyé de nombreux "gilets jaunes" sur les réseaux sociaux et la cagnotte en ligne de son site Taranis News a explosé.

Il affiche ses convictions politiques dans certains montages et sur internet, où il multiplie les prises de position virulentes contre le gouvernement. Il conteste le terme de "militant".

Il est en cela d'accord avec le secrétaire d'Etat au ministère de l'Intérieur Laurent Nuñez, qui le qualifie aussi de "journaliste". Selon M. Nuñez, la question de son statut est hors-sujet: "M. Glanz n'a pas été interpellé pour qu'il arrête de filmer ce qu'il filmait, il a été interpellé parce qu'il a commis un outrage à l'endroit des policiers, comme ça se passe dans certains quartiers", a déclaré le secrétaire d'Etat sur BFMTV-RMC mardi.

Gaspard Glanz a reçu le soutien d'une partie de la profession, qui considère que l'interdiction de paraître à Paris l'empêche de "faire son travail de journaliste", comme le regrettent une vingtaine de sociétés de journalistes dans un communiqué.

Plusieurs journalistes voient toutefois dans son profil celui d'un "militant d'extrême-gauche, déguisé en journaliste", comme l'écrit le journaliste de France Culture Brice Couturier sur Twitter.

"Ils font un travail de journaliste, même si l'on peut ne pas être d'accord avec leurs idées", observe l'historien des médias Patrick Eveno, en rappelant qu'il y a "toujours eu des journalistes militants". "La démocratie suppose le pluralisme et la diversité des sources d'information", souligne-t-il. "On critique assez les éditorialistes qui affichent une forme de militantisme".

Malgré l'interdiction, Gaspard Glanz assure qu'il continuera à couvrir les manifestations.