L'ambitieux plan "infrastructure" de 3.000 milliards de dollars du nouveau président américain représente une injection de huit points de PIB. Son objectif global est la neutralité carbone en 2050. Le département de l'Education bénéficierait de l'augmentation de financement la plus forte: près de 41%. Une aide à la santé des familles vise à réduire par deux le nombre des enfants pauvres. Tandis que seraient levés les obstacles à la syndicalisation. Au plan international, les Etats-Unis se réengageraient dans l'Organisation mondiale du commerce.
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L'ambitieux plan "infrastructure" de 3.000 milliards de dollars du nouveau président américain représente une injection de huit points de PIB. Son objectif global est la neutralité carbone en 2050. Le département de l'Education bénéficierait de l'augmentation de financement la plus forte: près de 41%. Une aide à la santé des familles vise à réduire par deux le nombre des enfants pauvres. Tandis que seraient levés les obstacles à la syndicalisation. Au plan international, les Etats-Unis se réengageraient dans l'Organisation mondiale du commerce. Sur le plan fiscal, le taux d'imposition le plus élevé pour les revenus supérieurs à 400.000 dollars passerait de 37% à 39,6%. Pour les revenus supérieurs à 1 million de dollars, les plus-values et les dividendes seraient imposés au même taux que les autres revenus. A cela s'ajouterait une taxe de 12,4% prélevée sur les salaires annuels supérieurs à 400.000 dollars. 93% de la charge fiscale supplémentaire reposeraient sur les 20% des ménages les plus aisés et 75% sur les 1% les plus riches. Le taux d'imposition des sociétés passerait de 21% à 28% (restant cependant inférieur aux 35% en vigueur avant 2017). Enfin, les multinationales américaines seraient imposées à 21% au moins, quel que soit le pays où elles opèrent. Le 5 avril, Janet Yellen, secrétaire au Trésor, déclarait: "Nous travaillons avec les pays du G20 pour convenir d'un taux d'imposition mondial minimum sur les sociétés, qui puisse stopper la course vers le bas". Comment expliquer cet incontestable glissement à gauche de l'administration Biden? Le Parti démocrate a fait son examen de conscience, concentrant son analyse sur la frange d'électeurs qui, ayant voté Obama en 2008 et 2012, avaient voté Trump en 2016. Il s'agit essentiellement de Blancs déclassés, habitant une Amérique profonde en voie de dépeuplement, dont les infrastructures sont dans un état de délabrement avancé. Depuis le tournant néolibéral des années 1970, la structure économique des Etats-Unis a toujours davantage pris la forme d'une haltère: le premier poids est constitué d'une importante composante prospère de la nation car récoltant les bénéfices de la productivité générée par le numérique, le second est constitué d'une autre part importante de la nation, occupant les emplois non numérisables et faiblement rémunérés (dans le secteur de l'aide à la personne, 15% des employés à plein temps vivent sous le seuil de pauvreté et 40% sont assistés par l'Etat). Entre ces deux poids, la barre de plus en plus mince qui les relie, là où se trouvaient autrefois les " gens ordinaires": la classe ouvrière qualifiée, que les robots ont remplacée, et la classe moyenne des services, que le logiciel a remplacée. L'administration Biden a compris que le ressentiment des déclassés constituait un terreau pour les démagogues à la Trump, et se montre déterminée à reconstituer une classe moyenne, s'inspirant pour cela du programme de Franklin D. Roosevelt dans les années 1930. Le New Deal espéré d'Obama ne s'est jamais concrétisé en raison du caractère timoré du personnage. Dans ses premiers 75 jours, Biden, quant à lui, en a offert une ébauche encourageante. L'enthousiasme manifesté par une représentante du "socialisme US" comme Alexandria Ocasio-Cortez pour le tournant amorcé constitue un encouragement pour Biden, ainsi d'ailleurs que le soutien qu'apporte déjà à ses plans une partie de la base du Parti républicain, même si les élus du parti restent alignés sur un Trump les ayant pris en otage. Aussitôt qu'ils s'écartent de la ligne de populisme autoritaire à laquelle il a imprimé sa marque, l'ancien président les menace en effet de la candidature sauvage d'un suprémaciste blanc contestant leur siège.