On comprend parfaitement l'attrait que peut dégager un pays qui supplante la Belgique et la Flandre dans la plupart des rankings internationaux. "Infrastructures, mobilité, stratégie à long terme, politique internationale, nous pouvons beaucoup apprendre des Néerlandais", écrivent-ils.
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On comprend parfaitement l'attrait que peut dégager un pays qui supplante la Belgique et la Flandre dans la plupart des rankings internationaux. "Infrastructures, mobilité, stratégie à long terme, politique internationale, nous pouvons beaucoup apprendre des Néerlandais", écrivent-ils. Et pourquoi pas ? Après tout, la large déconfessionnalisation de nos sociétés a rendu caduque le principal différent avancé à l'époque, à savoir l'antagonisme entre les calvinistes et les catholiques. Mais de là à dire que, de part et d'autre, on a envie d'une réunion, il y a de la marge. Flamands et Néerlandais se rejoignent peut-être sur l'utilisation du vélo pour les déplacement quotidiens mais les modes de vie demeurent sensiblement différents, ne serait-ce que sur le plan de l'alimentation. Les Flamands n'aiment peut-être pas toujours Bruxelles mais il n'est pas acquis qu'ils lui préfèreraient La Haye comme capitale. Cela dit, ne nous braquons pas trop sur ces réticences sociologiques ou psychologiques : une campagne bien menée, insistant notamment sur l'intérêt financier des individus à un tel rapprochement, peut faire tomber bien des écueils. Avant de réfléchir à une éventuelle union néerlando-flamande, il faudrait toutefois bien définir le territoire flamand : inclut-il Bruxelles, jusqu'ici toujours capitale officielle de la Flandre ? Vraisemblablement pas. Inclut-il les communes à facilités ? Quand on pense aux tonnes d'encre qu'a fait couler BHV, on voit mal la Flandre abandonner la périphérie bruxelloise. Mais on doute que les Pays-Bas aient envie d'intégrer ces communes à majorité francophone et de devenir dès lors, de facto, un pays bilingue.Le plaidoyer de Peter De Keyzer et Olivier Van Horenbeeck ne repose pas sur des proximités historiques ou linguistiques mais sur le fameux adage "No taxation without representation". Et plus précisément sur l'hypothèse de la constitution d'un gouvernement fédéral belge qui ne serait pas majoritaire en Flandre et qui lèverait de nouveaux impôts. 80% de ceux-ci seraient payés par des citoyens flamands, alors que leur région ne serait guère responsable des choix politiques, écrivent-ils. On peut évidemment considérer qu'une coalition fédérale devrait toujours être majoritaire dans chaque communauté même si, jusqu'à présent, personne n'a estimé nécessaire de l'inscrire dans la Constitution. Mais étayer cette thèse en allant jusqu'à prendre en considération la capacité fiscale des électeurs, c'est carrément vouloir revenir au suffrage censitaire. Ceux qui paient plus d'impôts devraient-ils vraiment peser plus que les autres dans la balance électorale ? On croyait que cette question n'avait plus cours en Europe depuis plus d'un siècle...Cette prise de position illustre l'une des clés du mal belge : chaque communauté se sent dominée par l'autre. Si la Flandre a parfois le sentiment d'être corsetée politiquement (ce n'était pas le cas, loin de là, sous le gouvernement Michel) ou méprisée culturellement, les Francophones estiment, eux, que de trop nombreux postes clés dans l'administration et dans les grandes entreprises reviennent à leurs compatriotes du nord, et pas seulement parce que ces postes exigent, à juste titre, un bilinguisme, toujours trop rare au sud. Que le modèle belge soit à bout de souffle, que l'absence de partis fédéraux rende le pays de plus en plus difficilement gouvernable, que l'enchevêtrement des compétences entre entités complique la fixation de stratégies à long terme, tout cela est sans doute vrai. Pour infléchir le cours des choses, on peut sûrement s'inspirer de l'exemple hollandais sans pour autant être aspiré par lui.