Quel est le point commun entre la justice et les soins de santé ? Leur imposer une réforme est presque mission impossible. Ces domaines sont trop vastes, trop complexes et renferment trop d'acteurs influents. C'est tout simplement trop pour un seul ministre et pour une législature, voire deux.
...

Quel est le point commun entre la justice et les soins de santé ? Leur imposer une réforme est presque mission impossible. Ces domaines sont trop vastes, trop complexes et renferment trop d'acteurs influents. C'est tout simplement trop pour un seul ministre et pour une législature, voire deux. Pas besoin de réfléchir longuement pour comprendre le problème de la justice. Le nouveau ministre Vincent Van Quickenborne (Open Vld) promet de s'attaquer à sa "digitalisation". Tout est dit. La justice stagne depuis des décennies. Prisons surpeuplées, manque de magistrats, procédures sans fin, dossiers compliqués (Fortis !) qui ne passent jamais devant le juge, et un retard numérique, donc. Personne n'a jamais réussi à trouver la solution à ce casse-tête. Il en va de même pour les soins de santé. Un refinancement de 1,2 milliard d'euros supplémentaires a été annoncé, et la norme de croissance devrait atteindre 2,5 pour cent. Nous allons donc dépenser de l'argent, car la crise du coronavirus nous a appris que les soins de santé manquent de moyens. Et avec les socialistes à bord, ces euros seront en un rien de temps sur la table. Bien sûr, personne ne conteste le fait que les salaires les plus bas du secteur de la santé doivent augmenter, et que de nombreux hôpitaux et établissements de soins ont un besoin urgent d'embaucher du personnel. Mais cet argent supplémentaire entraine un grand danger : nous nous laissons à nouveau leurrer. Il n'existe aucun incitant pour rendre les soins de santé fondamentalement plus efficaces. Les défis actuels resteront inchangés. Étonnamment, ce sont nos dentistes qui nous démontrent la nécessité de revoir l'organisation des soins de santé, avec la discrète disparation des dentistes entièrement "conventionnés", qui respectent à la lettre les tarifs officiels de l'INAMI. Le secteur des soins dentaires évolue très rapidement. Le dentiste qui travaille dur dans son cabinet personnel, qui commence sa journée à sept heures du matin et la termine à dix heures du soir, est en voie d'extinction. Les nouveaux dentistes se regroupent dans des cabinets flambant neufs et d'une blancheur immaculée, avec business model inclus. Ils veulent utiliser les techniques les plus récentes, comme ils l'ont appris durant leur formation. Beaux bâtiments, personnel supplémentaire, nouvelles techniques et matériel associé... tout cela a un prix. Un prix trop élevé pour continuer à appliquer les tarifs officiels. Cette évolution a des conséquences. Les patients venant de milieux défavorisés risquent de ne plus avoir les moyens de se faire soigner par un dentiste non conventionné. Avant même de nous en apercevoir, nous aurons créé un système de soins dentaires à deux vitesses, avec d'un côté, des soins coûteux, mais, espérons-le, à la pointe et de l'autre, des consultations plus abordables, mais avec des techniques à la traîne. Alors que le monde médical constate de plus en plus que la qualité des soins dentaires permet d'éviter l'apparition d'autres soucis de santé. Dans le domaine des soins dentaires, l'écart entre politique et réalité se creuse un peu plus chaque jour. Mais d'autres voyants sont au rouge. Pensez à la surconsommation à laquelle le système actuel contribue directement, aux incroyables différences entre les honoraires des spécialistes, aux business des suppléments pour une chambre individuelle. Pensez aux nouveaux traitements extrêmement chers que nous ne pourrons peut-être jamais payer. Pensez aux chiffres dans le rouge qui accablent de nombreux hôpitaux et aux divers tarifs que ceux-ci appliquent. Dans un pays où des soins de santé équitables et solidaires sont l'un des principes de base, tout cela devrait être préoccupant. En ces temps de vieillissement de la population, de déficits budgétaires et de technologie médicale de pointe, l'argent ne suffit pas. Il n'y en aura jamais assez.