Le milliardaire Warren Buffett donne souvent ce conseil: "Ne pariez jamais contre l'Amérique", rappelant que c'est le pays qui reste le mieux à même de libérer le potentiel humain. On peut en effet dire beaucoup de choses sur les Etats-Unis: on peut déplorer son système fortement inégalitaire, ses biais racistes toujours présents, la polarisation croissante de son système politique qui a permis à un Donald Trump de rester quatre ans à la Maison-Blanche, etc. Mais deux éléments devraient nous inciter à rester modestes en Europe: la vaccination et les plans de relance.
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Le milliardaire Warren Buffett donne souvent ce conseil: "Ne pariez jamais contre l'Amérique", rappelant que c'est le pays qui reste le mieux à même de libérer le potentiel humain. On peut en effet dire beaucoup de choses sur les Etats-Unis: on peut déplorer son système fortement inégalitaire, ses biais racistes toujours présents, la polarisation croissante de son système politique qui a permis à un Donald Trump de rester quatre ans à la Maison-Blanche, etc. Mais deux éléments devraient nous inciter à rester modestes en Europe: la vaccination et les plans de relance. Après avoir administré 58 millions de doses en 58 jours, le président Biden a désormais fixé l'objectif à 200 millions de doses sur les 100 premiers jours de son mandat, qui a débuté en janvier. Faites la comparaison avec l'Union européenne... Tout aussi frappants sont les plans de relance américains. Le pays injecte une masse colossale, inimaginable, d'argent public dans son économie. Argent qui va doper la croissance en rénovant les infrastructures, en freinant la montée des inégalités, en finançant les écoles, les crèches, les universités, en investissant dans la lutte contre les changements climatiques, en remodelant profondément l'industrie du pays afin de la rendre aussi stratégiquement moins dépendante de fournisseurs étrangers, en particuliers chinois. Aux 1.900 milliards de dollars du plan de sauvetage déjà décidé et mis en oeuvre, l'administration américaine ajoute un plan de 3.000 milliards de dollars qui va incessamment être soumis au Congrès. Faites la comparaison avec l'Union européenne. Notre fameux plan de 750 milliards d'euros décidé l'an dernier n'est toujours pas lancé parce que l'Allemagne n'a pas encore donné son feu vert: la Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe doit encore se prononcer sur la légalité du système de mutualisation des dettes! Cette apathie, cette impossibilité de répondre fort et vite lorsqu'un choc titanesque secoue l'économie nous fait penser que l'Europe n'a toujours rien appris de la crise de 2008 et de la manière déplorable avec laquelle elle l'avait appréhendée, en pensant "budget" avant de penser croissance. Cette paralysie européenne est tout aussi grave car elle met en danger de mort une classe moyenne profondément éprouvée par la crise sanitaire. Contrairement à de nombreux grands patrimoines qui, portés par la Bourse, sont sortis plus riches de la crise, les petits commerçants et les petits industriels à l'arrêt forcé vont retrouver, lorsqu'ils seront déconfinés, un monde dans lequel leurs grands concurrents auront continué à prospérer et à leur prendre des parts de marché, comme le montre une étude du FMI. Les salariés ne seront pas épargnés non plus si, comme le craint l'économiste en chef de la Banque centrale européenne, l'Europe s'enfonce dans un pessimisme économique délétère. Et nous nous retrouverions tous dans la situation des Grecs en 2012, obligés de nous serrer la ceinture pour renflouer les caisses désespérément vides des finances publiques. On le voit déjà chez nous avec ce qui fuite de la réforme du deuxième pilier des pensions. La menace d'étouffement de la classe moyenne est très dangereuse, pour tous. Alors que les super-riches font fructifier un capital déjà acquis et que les classes moins aisées n'ont pas assez d'épargne, la classe moyenne est celle qui est capable, en raison de sa capacité d'épargne et d'investissement, de transformer le travail en capital. Elle est le moteur de l'appareil productif. Il est donc indispensable de la sauver et, pour cela, de prendre exemple sur ce que font les Etats-Unis aujourd'hui en impulsant un choc de croissance, le seul à même de remettre l'économie sur les bons rails.