Fin août, j'ai écrit au sujet d'"un été à oublier rapidement". C'était le 'happy end' du tragique presque Grexit et le commencement de la crise des réfugiés. Il y eut ensuite le 13 novembre à Paris. Pour beaucoup d'Occidentaux, ces deux dernières crises ont suscité chez eux des questions au sujet de leur propre identité. D'une part, il y a la crainte d'un débordement d'une culture étrangère, islamique. D'autre part, après la terreur, une croyance plus forte dans les valeurs publiques selon lesquelles nous pouvons faire une différence. Quelques réflexions au sujet de ces deux phénomènes.

La crainte de l'islamisation est rationnellement disproportionnée. En moyenne, les musulmans présents chez nous forment encore et toujours une petite minorité; et ce groupe est très hétérogène par rapport à la culture et à l'intégration dans notre société. Cette crainte nous renvoie également à nos propres doutes au sujet de ce que nous signifions encore dans une société profondément marquée par les incertitudes que provoquent les changements exceptionnellement rapides dans tous les domaines. Les personnes dans le doute et l'angoisse ont parfois tendance à ne plus pouvoir percevoir les choses clairement, ce qui est bien compréhensible après ce terrorisme aveugle. Mais il ne faut pas en rester là. Et les dirigeants ne devraient pas abuser de cette peur, ni la cultiver.

Encore un paradoxe: selon certains dirigeants, un très petit groupe de musulmans serait aussi une menace pour le caractère chrétien de certains pays d'Europe Centrale, alors que ces sociétés sont parfois fondamentalement déchristianisées.

La crainte de l'islamisation est disproportionnée

La migration est souvent assimilée à l'islam, bien que l'adhésion du Royaume-Uni à l'Union Européenne dépend aujourd'hui également de l'arrêt de la migration de concitoyens de l'UE.

Un autre paradoxe est que la migration est en général inévitable, vu la décroissance de population dans la plupart des pays européens, notamment dans les États membres de l'UE anciennement communistes. Pourtant, ce sont précisément ces sociétés qui ont des réticences psychologiques à la migration plus marquées que chez les Européens de l'Ouest. Le noyau dur du populisme a toujours été la migration, longtemps avant le début de la crise des réfugiés dans la zone euro. La crise migratoire a simplement rendu le lien avec l'Union européenne plus visible et a entraîné la pensée européenne vers une culture du slogan.

On dit souvent que les partis classiques n'ont pas suffisamment été à l'écoute de ce que vit la société. Étrange, car, dans ce cas, cela durerait depuis 25 ans. Et cela se produirait dans presque tous les pays. Alors que la société est très divisée au sujet de la migration, pour les partis politiques, les responsabilités de celle-ci sont également très différentes. Les partis classiques voient la migration comme un aléa de la vie, alors que les partis extrémistes donnent l'impression que l'on peut inverser ce phénomène.

Des erreurs ont certainement été commises. Pour surfer sur les vagues de l'extrême droite, certains partis, dans nos pays également, ont repris son message sous-jacent, le racisme haineux en moins. Mais dès que ce message doit être converti en actes politiques, on se retrouve rapidement face aux problèmes connus, face à la réalité; et la différence n'est pas si spectaculaire. En tous les cas, une approche européenne plus ambitieuse serait plus efficace, mais cela se heurte à l'euroscepticisme. Espérons que cette crise finisse par avoir un effet positif.

Les réfugiés de guerre ne sont pas des migrants économiques ou des demandeurs d'asile politique ordinaires. Ce sont presque tous des personnes désespérées qui ont fui la terreur d'Assad et des djihadistes. Ce sont des personnes. Il est inconcevable que nous ayons besoin de la chancelière allemande pour nous le rappeler.

Dans le débat sur le Brexit au Royaume-Uni, les réfugiés de guerre (qui y sont peu nombreux), les migrants économiques (dont une partie vient du Commonwealth), les terroristes (qui sont parfois nés et ont grandi au R-U) et les citoyens de l'Union Européenne, qui s'y établissent librement, sont souvent mis dans le même panier. La faute retombe à chaque fois sur l'UE. Le Royaume-Uni n'est pourtant pas membre de l'espace Schengen, ni même de la zone euro. Il est donc en dehors de la politique d'asile et de migration de l'Union, et donc loin de son centre de gravité.

Heureusement, personne ne désire la fin de l'espace Schengen. Les eurosceptiques continentaux n'ont pas encore dérivé aussi loin. Suite à la crise migratoire, et sans l'UE, nous n'aurions pas été bien loin de conflits armés à certaines de nos frontières intérieures. La plupart des pays auraient, l'un après l'autre, tenté de retenir les réfugiés de guerre au moyen de murs et de fils barbelés. Nous n'aurions pas eu une Forteresse Europe, mais bien 28 petits forts.

L'année s'est heureusement achevée sur deux messages positifs. La Turquie assume finalement ses responsabilités. Sans ce pays, il n'y a d'ailleurs pas de réel contrôle possible de nos frontières extérieures. Et ensuite, les Nations Unies ont trouvé un accord concernant les étapes à suivre en vue d'une paix en Syrie, au moment où sonne le glas pour le groupe État islamique, espérons-le.

Cependant, dans une atmosphère d'irrationalité, d'autres développements positifs ne sont pas à l'ordre du jour. L'accord mondial de Paris sur le climat a ainsi rapidement disparu de l'actualité. L'UE y a joué un rôle central. Il était pourtant question de la survie de l'espèce humaine !

Même en périodes de trouble, on doit tenter de s'élever au-dessus de l'instant et au-dessus des peurs, certainement les personnes censées nous gouverner.

Fin août, j'ai écrit au sujet d'"un été à oublier rapidement". C'était le 'happy end' du tragique presque Grexit et le commencement de la crise des réfugiés. Il y eut ensuite le 13 novembre à Paris. Pour beaucoup d'Occidentaux, ces deux dernières crises ont suscité chez eux des questions au sujet de leur propre identité. D'une part, il y a la crainte d'un débordement d'une culture étrangère, islamique. D'autre part, après la terreur, une croyance plus forte dans les valeurs publiques selon lesquelles nous pouvons faire une différence. Quelques réflexions au sujet de ces deux phénomènes.La crainte de l'islamisation est rationnellement disproportionnée. En moyenne, les musulmans présents chez nous forment encore et toujours une petite minorité; et ce groupe est très hétérogène par rapport à la culture et à l'intégration dans notre société. Cette crainte nous renvoie également à nos propres doutes au sujet de ce que nous signifions encore dans une société profondément marquée par les incertitudes que provoquent les changements exceptionnellement rapides dans tous les domaines. Les personnes dans le doute et l'angoisse ont parfois tendance à ne plus pouvoir percevoir les choses clairement, ce qui est bien compréhensible après ce terrorisme aveugle. Mais il ne faut pas en rester là. Et les dirigeants ne devraient pas abuser de cette peur, ni la cultiver.Encore un paradoxe: selon certains dirigeants, un très petit groupe de musulmans serait aussi une menace pour le caractère chrétien de certains pays d'Europe Centrale, alors que ces sociétés sont parfois fondamentalement déchristianisées.La migration est souvent assimilée à l'islam, bien que l'adhésion du Royaume-Uni à l'Union Européenne dépend aujourd'hui également de l'arrêt de la migration de concitoyens de l'UE.Un autre paradoxe est que la migration est en général inévitable, vu la décroissance de population dans la plupart des pays européens, notamment dans les États membres de l'UE anciennement communistes. Pourtant, ce sont précisément ces sociétés qui ont des réticences psychologiques à la migration plus marquées que chez les Européens de l'Ouest. Le noyau dur du populisme a toujours été la migration, longtemps avant le début de la crise des réfugiés dans la zone euro. La crise migratoire a simplement rendu le lien avec l'Union européenne plus visible et a entraîné la pensée européenne vers une culture du slogan.On dit souvent que les partis classiques n'ont pas suffisamment été à l'écoute de ce que vit la société. Étrange, car, dans ce cas, cela durerait depuis 25 ans. Et cela se produirait dans presque tous les pays. Alors que la société est très divisée au sujet de la migration, pour les partis politiques, les responsabilités de celle-ci sont également très différentes. Les partis classiques voient la migration comme un aléa de la vie, alors que les partis extrémistes donnent l'impression que l'on peut inverser ce phénomène.Des erreurs ont certainement été commises. Pour surfer sur les vagues de l'extrême droite, certains partis, dans nos pays également, ont repris son message sous-jacent, le racisme haineux en moins. Mais dès que ce message doit être converti en actes politiques, on se retrouve rapidement face aux problèmes connus, face à la réalité; et la différence n'est pas si spectaculaire. En tous les cas, une approche européenne plus ambitieuse serait plus efficace, mais cela se heurte à l'euroscepticisme. Espérons que cette crise finisse par avoir un effet positif.Les réfugiés de guerre ne sont pas des migrants économiques ou des demandeurs d'asile politique ordinaires. Ce sont presque tous des personnes désespérées qui ont fui la terreur d'Assad et des djihadistes. Ce sont des personnes. Il est inconcevable que nous ayons besoin de la chancelière allemande pour nous le rappeler.Dans le débat sur le Brexit au Royaume-Uni, les réfugiés de guerre (qui y sont peu nombreux), les migrants économiques (dont une partie vient du Commonwealth), les terroristes (qui sont parfois nés et ont grandi au R-U) et les citoyens de l'Union Européenne, qui s'y établissent librement, sont souvent mis dans le même panier. La faute retombe à chaque fois sur l'UE. Le Royaume-Uni n'est pourtant pas membre de l'espace Schengen, ni même de la zone euro. Il est donc en dehors de la politique d'asile et de migration de l'Union, et donc loin de son centre de gravité.Heureusement, personne ne désire la fin de l'espace Schengen. Les eurosceptiques continentaux n'ont pas encore dérivé aussi loin. Suite à la crise migratoire, et sans l'UE, nous n'aurions pas été bien loin de conflits armés à certaines de nos frontières intérieures. La plupart des pays auraient, l'un après l'autre, tenté de retenir les réfugiés de guerre au moyen de murs et de fils barbelés. Nous n'aurions pas eu une Forteresse Europe, mais bien 28 petits forts.L'année s'est heureusement achevée sur deux messages positifs. La Turquie assume finalement ses responsabilités. Sans ce pays, il n'y a d'ailleurs pas de réel contrôle possible de nos frontières extérieures. Et ensuite, les Nations Unies ont trouvé un accord concernant les étapes à suivre en vue d'une paix en Syrie, au moment où sonne le glas pour le groupe État islamique, espérons-le.Cependant, dans une atmosphère d'irrationalité, d'autres développements positifs ne sont pas à l'ordre du jour. L'accord mondial de Paris sur le climat a ainsi rapidement disparu de l'actualité. L'UE y a joué un rôle central. Il était pourtant question de la survie de l'espèce humaine !Même en périodes de trouble, on doit tenter de s'élever au-dessus de l'instant et au-dessus des peurs, certainement les personnes censées nous gouverner.