La reprise va-t-elle être tuée dans l'oeuf ?

"La guerre est survenue à un moment où l'Europe et les Etats-Unis profitaient d'une excellente reprise", observe Jacob Kirkegaard, membre du groupe de réflexion German Marshall Fund à Bruxelles.

En seulement deux semaines, l'invasion russe "augmente considérablement" les risques, a concédé jeudi la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde. Elle a réduit de 0,5 point sa prévision de croissance 2022 pour la zone euro à 3,7%.

Le Fonds monétaire international (FMI) a aussi prévenu jeudi qu'il abaisserait ses prochaines prévisions et l'agence de notation S&P Global a pronostiqué un recul de de 0,7 point de la croissance mondiale à 3,4%, en raison de l'effondrement attendu du PIB russe et des prix de l'énergie.

Entre l'impact sur la facture d'énergie, l'accueil des réfugiés et le soutien budgétaire, la guerre devrait coûter à l'Union européenne jusqu'à 175 milliards d'euros, calcule l'économiste de l'institut Bruegel Jean-Pisani Ferry.

Pas de quoi craindre des récessions d'ampleur, selon M. Kirkegaard qui anticipe davantage un risque de stagflation, un phénomène survenant lorsque la croissance faible s'accompagne d'une inflation élevée.

Pourquoi les prix flambent ?

Cette inflation est tenace depuis un an : d'abord liée aux perturbations des chaînes d'approvisionnement, elle est aujourd'hui à l'explosion du prix des matières premières qui grèvent les coûts de production des entreprises et le pouvoir d'achat des ménages.

"On est face à un choc pétrolier, auquel s'ajoute un choc gazier, un choc d'électricité. Cette concomitance on ne l'a jamais vue, et il ne s'agit là que de l'énergie", constate Thomas Pellerin-Carlin, directeur du centre pour l'énergie à l'institut européen Jacques Delors.

Interrogé au Congrès, le patron de la Banque centrale américaine (Fed) Jerome Powell a indiqué que chaque hausse de 10 dollars sur le pétrole rognait d'environ 0,1 point la croissance et ajoutait 0,2 point d'inflation. Les Etats-Unis viennent d'enregistrer 7,9% d'inflation en février.

Outre le pétrole et le gaz, de nombreux ingrédients de l'économie s'emballent : l'aluminium, le nickel, le blé, le maïs... Le président russe Vladimir Poutine a lui même mis en garde jeudi contre l'effet boomerang des sanctions visant son pays et de l'inflation qu'elles engendrent.

La plupart des secteurs sont concernés par la flambée : de la confection du verre à base de pétrole à la fabrication de batteries électriques grâce au nickel, en passant par l'aéronautique dépendant de l'aluminium, ou le gaz qui fait tourner les usines.

Des sites sidérurgiques ont par exemple déjà été mis à l'arrêt en Espagne, et globalement, se chauffer, se déplacer ou manger devient plus coûteux.

En Egypte, "le prix du pain a énormément augmenté!", constate auprès de l'AFP Omar Azzam, un habitant du Caire de 31 ans: il a bondi de 50% depuis l'invasion ukrainienne.

Premier importateur de blé au monde, l'Egypte a réduit le poids de la galette subventionnée distribuée aux plus modestes et réfléchit à augmenter son prix, ce qui serait une première depuis 1977 et "les émeutes du pain".

Vers de nouveaux plans de soutien massifs ?

Popularisée par l'ancien président de la BCE Mario Draghi, l'expression "whatever it takes" ou "quoi qu'il en coûte" avait accouché d'un plan budgétaire historique en Europe en 2020, assorti d'un endettement commun.

Les Etats-Unis ont adopté plusieurs plans massifs, et le Japon un troisième plan en novembre.

Mais face aux finances publiques dégradées, les aides devraient cette fois être plus ciblées pour aider les victimes de l'inflation, une initiative envisagée jeudi par les membres du G7 concernant le gaz.

Côté entreprises, les investisseurs n'anticipent pas de défaillances, juste "un léger stress", observe Christophe Barraud, chef économiste de la société d'investissement MarketSecurities.

En revanche, les pays émergents, plus vulnérables à l'inflation, pourraient voir leur situation fragilisée, parfois même leur stabilité politique.

La pandémie reste-t-elle un menace pour l'économie ?

La Chine, usine du monde, est toujours aux prises avec le coronavirus. Elle vient de reconfiner 9 millions d'habitants et pourrait devoir aller plus loin.

"Si cela survient, l'économie ralentira de façon drastique, ils fermeront tout ce qu'ils pourront fermer. Cette incertitude est au moins aussi grande que la guerre", alerte Jacob Kirkegaard.

"La guerre est survenue à un moment où l'Europe et les Etats-Unis profitaient d'une excellente reprise", observe Jacob Kirkegaard, membre du groupe de réflexion German Marshall Fund à Bruxelles.En seulement deux semaines, l'invasion russe "augmente considérablement" les risques, a concédé jeudi la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde. Elle a réduit de 0,5 point sa prévision de croissance 2022 pour la zone euro à 3,7%.Le Fonds monétaire international (FMI) a aussi prévenu jeudi qu'il abaisserait ses prochaines prévisions et l'agence de notation S&P Global a pronostiqué un recul de de 0,7 point de la croissance mondiale à 3,4%, en raison de l'effondrement attendu du PIB russe et des prix de l'énergie.Entre l'impact sur la facture d'énergie, l'accueil des réfugiés et le soutien budgétaire, la guerre devrait coûter à l'Union européenne jusqu'à 175 milliards d'euros, calcule l'économiste de l'institut Bruegel Jean-Pisani Ferry.Pas de quoi craindre des récessions d'ampleur, selon M. Kirkegaard qui anticipe davantage un risque de stagflation, un phénomène survenant lorsque la croissance faible s'accompagne d'une inflation élevée.Cette inflation est tenace depuis un an : d'abord liée aux perturbations des chaînes d'approvisionnement, elle est aujourd'hui à l'explosion du prix des matières premières qui grèvent les coûts de production des entreprises et le pouvoir d'achat des ménages."On est face à un choc pétrolier, auquel s'ajoute un choc gazier, un choc d'électricité. Cette concomitance on ne l'a jamais vue, et il ne s'agit là que de l'énergie", constate Thomas Pellerin-Carlin, directeur du centre pour l'énergie à l'institut européen Jacques Delors.Interrogé au Congrès, le patron de la Banque centrale américaine (Fed) Jerome Powell a indiqué que chaque hausse de 10 dollars sur le pétrole rognait d'environ 0,1 point la croissance et ajoutait 0,2 point d'inflation. Les Etats-Unis viennent d'enregistrer 7,9% d'inflation en février.Outre le pétrole et le gaz, de nombreux ingrédients de l'économie s'emballent : l'aluminium, le nickel, le blé, le maïs... Le président russe Vladimir Poutine a lui même mis en garde jeudi contre l'effet boomerang des sanctions visant son pays et de l'inflation qu'elles engendrent.La plupart des secteurs sont concernés par la flambée : de la confection du verre à base de pétrole à la fabrication de batteries électriques grâce au nickel, en passant par l'aéronautique dépendant de l'aluminium, ou le gaz qui fait tourner les usines.Des sites sidérurgiques ont par exemple déjà été mis à l'arrêt en Espagne, et globalement, se chauffer, se déplacer ou manger devient plus coûteux.En Egypte, "le prix du pain a énormément augmenté!", constate auprès de l'AFP Omar Azzam, un habitant du Caire de 31 ans: il a bondi de 50% depuis l'invasion ukrainienne. Premier importateur de blé au monde, l'Egypte a réduit le poids de la galette subventionnée distribuée aux plus modestes et réfléchit à augmenter son prix, ce qui serait une première depuis 1977 et "les émeutes du pain".Popularisée par l'ancien président de la BCE Mario Draghi, l'expression "whatever it takes" ou "quoi qu'il en coûte" avait accouché d'un plan budgétaire historique en Europe en 2020, assorti d'un endettement commun. Les Etats-Unis ont adopté plusieurs plans massifs, et le Japon un troisième plan en novembre.Mais face aux finances publiques dégradées, les aides devraient cette fois être plus ciblées pour aider les victimes de l'inflation, une initiative envisagée jeudi par les membres du G7 concernant le gaz.Côté entreprises, les investisseurs n'anticipent pas de défaillances, juste "un léger stress", observe Christophe Barraud, chef économiste de la société d'investissement MarketSecurities.En revanche, les pays émergents, plus vulnérables à l'inflation, pourraient voir leur situation fragilisée, parfois même leur stabilité politique.La Chine, usine du monde, est toujours aux prises avec le coronavirus. Elle vient de reconfiner 9 millions d'habitants et pourrait devoir aller plus loin."Si cela survient, l'économie ralentira de façon drastique, ils fermeront tout ce qu'ils pourront fermer. Cette incertitude est au moins aussi grande que la guerre", alerte Jacob Kirkegaard.