Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, s'oppose à la sortie du nucléaire, s'agace de l'absence de réformes des retraites et du marché du travail et lutte contre la hausse des impôts. Pour lui, "la ligne de fracture en Belgique n'est pas entre le nord et le sud, mais entre la gauche et la droite".
...

Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, s'oppose à la sortie du nucléaire, s'agace de l'absence de réformes des retraites et du marché du travail et lutte contre la hausse des impôts. Pour lui, "la ligne de fracture en Belgique n'est pas entre le nord et le sud, mais entre la gauche et la droite".D'électron libre, de seul véritable chef de l'opposition ou même encore de saboteur, les médias et les dirigeants politiques ont souvent critiqué le président du MR, Georges-Louis Bouchez, au cours de l'année écoulée. Les libéraux francophones ne seraient pas un partenaire loyal du gouvernement, et Bouchez, avec ses déclarations, rendrait le travail politique encore plus difficile en faisant le jeu de l'opposition. Le Montois n'a pas été impressionné lorsque Trends lui a présenté cette critique : "Le MR soutient la politique. Nous avons pris des mesures importantes par petites touches, notamment dans le cadre de l'accord budgétaire. Il n'y aura pas de nouvelles taxes. La suppression progressive de la contribution spéciale de sécurité sociale constitue même une réduction d'impôt et un renforcement du pouvoir d'achat. Comme nous n'avons pas la majorité au gouvernement, nous devons parfois nous battre pour obtenir quelque chose, et ce n'est pas facile. Le MR est l'un des partis qui a orienté la politique dans la bonne direction. Il fut un temps où l'on parlait de supprimer les voitures de fonction. Au final, nous rendons la flotte plus écologique. Mais je reste attentif. Si nous laissons certains faire, nous aurons des problèmes. Comme avec la sortie du nucléaire, qui est un mauvais choix et met en danger l'approvisionnement énergétique."Dans le dossier énergétique, vous aimez faire référence aux Pays-Bas et à la France où de nouvelles centrales seront construites. Mais le producteur d'énergie Engie affirme que la page de l'énergie nucléaire a été tournée en Belgique.GEORGES-LOUIS BOUCHEZ. "Tout d'abord, Engie ne décide pas de la stratégie énergétique de la Belgique. Deuxièmement, Engie n'a jamais dit que l'allongement de la durée de vie des centrales nucléaires n'était pas possible. L'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) a clairement indiqué que le cadre juridique peut encore être modifié. La procédure d'autorisation des nouvelles centrales nucléaires peut commencer en même temps que les travaux de construction. Cela permettrait de gagner un an et demi. Plus de quatre-vingts ingénieurs et techniciens de ce secteur, dont beaucoup travaillent pour Engie, affirment qu'une prolongation des centrales nucléaires est parfaitement possible."Une prolongation ne va-t-elle pas à l'encontre de l'accord de coalition ?BOUCHEZ. "L'accord de coalition est clair : s'il y a un problème avec la sortie du nucléaire, une prolongation des centrales est nécessaire. Il n'y a pas qu'un seul problème, il y en a vingt. La plus importante est l'incertitude concernant l'approvisionnement en énergie à long terme. Fin 2021, le gouvernement a confirmé l'accord de coalition. La sortie du nucléaire n'a pas encore été décidée. Les travaux se poursuivent sur le scénario A inadéquat pour sauver le CRM (le mécanisme de rémunération de la capacité). Entre-temps, le 17 janvier, il y aura un rapport de l'AFCN (Agence fédérale de contrôle nucléaire) pour activer la prolongation du nucléaire comme filet de sécurité. C'est le scénario B que je préconise depuis des mois. La décision finale sera prise en mars. Je suis toujours très préoccupé par la sécurité de l'approvisionnement, le prix, les émissions de CO2 et notre dépendance énergétique vis-à-vis de pays comme la Russie et le Qatar."Ecolo et Groen sont tout à fait favorables à l'alternative des centrales au gaz. Le président d'Ecolo, Jean-Marc Nollet, a déclaré dans une interview sur LN24 qu'il n'y a pas de problème avec les émissions de CO2 des centrales au gaz belges, car les émissions diminueront dans d'autres pays de l'UE s'ils ferment des centrales à charbon, par exemple.BOUCHEZ. "Cette interview était l'une des gaffes de 2021. Si on me dit que nous devons passer aux voitures électriques, j'ai ma réponse toute prête. Laissons les pays voisins le faire, nous pouvons continuer avec les énergies fossiles. C'est trop fou pour être dit. Si vous voulez diriger un pays, vous devez être sérieux et rationnel."Les autres partis ne vous prennent pas toujours au sérieux car vous êtes trop critique à l'égard de la politique gouvernementale.BOUCHEZ. "Un chef de parti a certainement le droit de défendre sa ligne idéologique ? Devez-vous garder le silence lorsque vous êtes au gouvernement ? Je ne suis pas le porte-parole de la Vivaldi. Je respecte l'accord. Mais en même temps, je défends l'intérêt général selon notre parti. Il y a des partis qui sont plus préoccupés par leurs relations avec les autres partis gouvernementaux que par leurs propres positions."En décembre, le bruit courait que certains voudraient remplacer le MR au gouvernement fédéral par les centristes du cdH.BOUCHEZ. "C'est la punition de vouloir jeter mon parti parce que je dis mon opinion. Mais ce sont des rumeurs. Le MR ne veut pas rester au pouvoir à tout prix. S'ils veulent un gouvernement entièrement de gauche sans nous : allez-y."Qu'attendez-vous de 2022 en termes socio-économiques ? Y aura-t-il encore de vraies réformes sur le marché du travail et dans les pensions ? Le PS a déjà remporté son trophée : une pension minimale de 1 500 euros. Sur quoi ce parti peut-il encore céder ?BOUCHEZ. " Il s'agit d'environ 1 500 euros bruts, pas nets. Le PS n'a donc pas encore remporté son trophée. De plus, ces 1 500 euros arriveraient automatiquement, en raison de l'augmentation des pensions sous Daniel Bacquelaine (MR) dans le gouvernement Michel et de l'indexation. Rien de tout cela n'est donc exceptionnel."Des réformes sont-elles encore possibles ? Cela devrait l'être. Le ministre du Travail Pierre-Yves Dermagne (PS) doit contribuer à la mise en oeuvre de l'accord de coalition et prendre des mesures pour porter le taux d'emploi à 80%. J'attends toujours des résultats."Quelles sont les mesures concernées ? L'accord budgétaire semble être un pas dans la bonne direction, mais il n'est pas impressionnant : le maintien d'une partie de l'allocation pour ceux qui acceptent un emploi en pénurie, et un pas prudent vers l'activation des malades de longue durée.BOUCHEZ. "Tout d'abord, les règles relatives au travail de nuit doivent être assouplies, ainsi que d'autres sur le marché du travail. Des accords à ce sujet ont été conclus lors du conclave budgétaire. Deuxièmement, les demandeurs d'emploi doivent être plus actifs. C'est une bonne chose que le gouvernement flamand veuille remettre les chômeurs de longue durée au travail par le biais du travail communautaire. Mais au niveau fédéral aussi, il faut rendre le travail plus attractif par une réforme des allocations de chômage. Ceux qui refusent un emploi ou une formation pour une profession en pénurie doivent être sanctionnés plus rapidement. Et nous devons nous concentrer aussi sur l'inactivité. Un soutien adéquat aux malades de longue durée en vue de leur réintégration doit également être à l'ordre du jour. Il est inacceptable que 50% des chômeurs wallons y soient depuis deux ans ou plus. J'appelle ça du chômage de masse. Les socialistes doivent montrer qu'ils sont sérieux."Vous avez également critiqué certaines propositions fiscales émises par le ministre des Finances Vincent Van Peteghem (CD&V) qui avaient été divulguées dans la presse. Pourquoi ? Ce n'est pas encore un plan définitif, n'est-ce pas ?BOUCHEZ. "Je préfère dire à l'avance que la pression fiscale ne peut pas augmenter. Les impôts sont déjà trop élevés. La Belgique est toujours sur le podium européen avec ses taxes sur le travail. Les impôts sur le capital sont également lourds chez nous. Je suis particulièrement préoccupé par le fait que la classe moyenne, qui travaille dur, y compris les travailleurs indépendants, devra payer la facture. Il est question de s'attaquer aux sociétés unipersonnelles. Mais cela ne sera pas avec le MR."L'accord de coalition ne prévoit-il pas que des augmentations d'impôts sont possibles si le déficit budgétaire est trop élevé ?BOUCHEZ. "La logique de l'accord de coalition est celle du trois fois un tiers. Si les impôts sont augmentés quelque part pour des raisons budgétaires, les dépenses doivent diminuer dans la même proportion. Et la troisième partie concerne les one-shots et les réformes structurelles. Je n'ai pas encore vu de proposition visant à réduire les dépenses publiques en dessous de 52 % du produit intérieur brut (PIB). J'ai l'impression que la gauche fait une lecture très sélective de l'accord de coalition."Le MR propose souvent une nouvelle réduction de l'impôt sur le revenu des personnes physiques. Est-ce encore possible compte tenu de la situation budgétaire précaire ? Le déficit budgétaire ne tombera pas en dessous de 4 % du PIB dans les années à venir.BOUCHEZ. "Une réduction des charges sur le travail ou de l'impôt sur le revenu des personnes physiques est parfaitement possible. Si l'on veut résoudre les problèmes budgétaires, il faut d'abord augmenter le taux d'emploi et rendre le travail plus attractif, et donc relancer la croissance. C'est la seule solution. Notre dette et notre déficit sont si importants qu'il n'est vraiment plus possible d'augmenter les impôts. Cela tuerait dans l'oeuf la reprise."Vous n'êtes pas le seul à critiquer le gouvernement De Croo. Paul Magnette (PS) affirme que la méthode de l'équipe fédérale ne fonctionne pas. Serez-vous d'accord avec lui pour une fois ?BOUCHEZ. "Je ne fais pas de commentaires à ce sujet. Toute réserve sur la méthode de travail doit venir des ministres à la table du gouvernement. Je suis surpris par les déclarations de Paul Magnette, alors que le PS ne présente pas de propositions raisonnables pour augmenter le taux d'emploi et pour réformer les retraites. Si tout le monde respecte l'accord de coalition, nous y arriverons."Certains disent qu'avec vos critiques, vous faites un cadeau à la N-VA.BOUCHEZ. "C'est ridicule. Ce n'est pas parce que la N-VA dit que le ciel est bleu que je dois dire qu'il est rouge. Je dis depuis des mois que nous devrions garder les centrales nucléaires ouvertes plus longtemps. La N-VA dit la même chose, tant mieux. Je veux juste montrer avec ce gouvernement que nous n'avons pas besoin de la N-VA pour mener des politiques qui sont bonnes pour les entreprises et les travailleurs."Avez-vous des réactions de la Flandre sur vos positions ?BOUCHEZ. "Je reçois beaucoup de réactions positives. Cela prouve qu'il y a encore de la place en Flandre pour un discours politique qui s'adresse à la classe moyenne laborieuse. La ligne de fracture en Belgique n'est pas entre le nord et le sud, mais entre la gauche et la droite."Que pensez-vous de la mauvaise situation budgétaire de la Wallonie ? Les dettes ne cessent d'augmenter.BOUCHEZ. "Je suis plus que préoccupé par cela. Il est important pour l'avenir de ce pays que les entités francophones deviennent économiquement plus fortes. Si la Wallonie et Bruxelles n'augmentent pas leur taux d'emploi, cela sera très difficile. Je suis attaché à la Belgique. Mais si nous ne nous attaquons pas à la situation budgétaire des francophones, cela sera dangereux pour l'avenir de ce pays."Le problème du côté francophone est que presque 100% du débat public est consacré à ceux qui gagnent moins de 1.200 euros par mois. Bien sûr, la solidarité est nécessaire avec ceux qui sont en difficulté. Mais ce sont surtout les familles qui gagnent 3.000 ou 4.000 euros, voire un peu plus, qui sont maintenant en difficulté. Ces travailleurs sont de plus en plus taxés et ne sont pas récompensés pour leur travail. Si vous les mettez en colère ou si vous les découragez, vous faites disparaître la base économique de ce pays. J'ai peur quand je vois le nombre de jeunes qui partent à l'étranger. Il faut arrêter de penser qu'en Belgique, nous vivons encore dans les années 1970."Que voulez-vous dire par là?BOUCHEZ. "Sommes-nous suffisamment ouverts aux nouvelles technologies et à la numérisation ? Nous abordons encore le marché du travail comme si chacun travaillait dans une seule entreprise pendant toute sa carrière. Je suis également agacé par le pouvoir des caisses d'assurance maladie et des syndicats, qui provoquent l'inertie et empêchent les réformes structurelles. Je vis dans une région qui n'envisage pas l'avenir avec optimisme. Prenez les paramètres économiques : 145.000 postes vacants pour 220.000 chômeurs. Nous ne serons pas en mesure de maintenir notre niveau de prospérité si nous continuons comme nous le faisons."Vous êtes très 'Belge', voire unitaire. Ne reconnaissez-vous pas les effets positifs de la régionalisation ? L'un des fondateurs de votre parti, feu Jean Gol, était un régionaliste.BOUCHEZ. "Jean Gol a commencé par le Rassemblement Wallon, mais il parlait plutôt d'une nation francophone et ensuite de la fusion avec la France. Ecoutez, c'est une tradition libérale d'être particulièrement attaché à la Belgique. Omer Vanaudenhove, qui a transformé le parti libéral en PLP-PVV dans les années 1960, a déclaré : "Mon parti, c'est mon pays". Nous avons toujours été le parti le moins régionaliste et en tant que libéral, c'est normal. Un libéral regarde l'individu. Dans ma ville natale de Mons, je suis plus proche d'un libéral flamand que d'un socialiste. Mais le fractionnement n'est jamais une solution pour moi."