Avec son sourire édenté et ses lunettes rondes, sa montre à gousset et son charkha (rouet), cet homme torse nu a désarmé l'empire britannique. Il a livré bataille à coups de grèves de la faim et de marches sans fin. Et aujourd'hui on voit son visage jusque sur des tasses et des tee-shirts ornés de ses enseignements.
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Avec son sourire édenté et ses lunettes rondes, sa montre à gousset et son charkha (rouet), cet homme torse nu a désarmé l'empire britannique. Il a livré bataille à coups de grèves de la faim et de marches sans fin. Et aujourd'hui on voit son visage jusque sur des tasses et des tee-shirts ornés de ses enseignements. Le 2 octobre 2019, l'Inde fêtera le 150e anniversaire de la naissance de Mohandas Gandhi à Porbandar, au Gujarat. Le gouvernement ne ménagera pas ses efforts pour rendre hommage au " Père de la nation ", dans le sous-continent comme dans le reste du monde. Une campagne de recyclage mondiale en son honneur est en préparation. Des centres " Jaipur foot " (organisation d'aide aux amputés) distribueront des prothèses aux pauvres en hommage à sa longue marche de 1930 pour protester contre la taxe des Britanniques sur le sel. Des milliers de prisonniers inculpés de délits mineurs seront libérés en mémoire à ses valeurs humanistes. Dans un musée de Delhi, les touristes pourront même écouter les battements de son coeur, recréés à partir d'un électrocardiogramme de 1937. Nul doute que Gandhi aurait souhaité que son anniversaire soit fêté dans la discrétion. Il applaudirait peut-être la Clean India Mission, un ambitieux programme par lequel le Premier ministre Narendra Modi entend débarrasser l'Inde de la pratique de la défécation en plein air avant l'anniversaire du Mahatma. Il serait en revanche fort attristé par la montée de violence du nationalisme hindou (il a lui-même été assassiné en 1948 par un nationaliste hindou) et par le manque d'empressement avec lequel on lutte contre le système de castes, un fléau vieux de plusieurs siècles qu'il a combattu toute sa vie. Le nettoyage manuel des excréments humains et animaux incombe toujours dans une large mesure aux dalits (que l'on appelait autrefois " intouchables "), quand bien même cette tradition est interdite depuis 25 ans. Gandhi déplorerait également le manque d'humour des politiques d'aujourd'hui : des dessinateurs et humoristes indiens se font régulièrement arrêter parce qu'ils se moquent de leurs dirigeants. " Si je n'avais pas le sens de l'humour, écrit Gandhi en 1928, cela fait longtemps que je me serais suicidé. " Quelles qu'aient été la gravité de ses combats et l'austérité de son existence, Gandhi n'était pas un ermite dépourvu d'esprit. Lorsqu'un jour un journaliste lui demanda ce qu'il pensait de la civilisation occidentale, il répondit : " Je pense que ce serait une bonne idée ". Par Abhishek Kumar.