"L'absence d'un gouvernement à elle seule menace notre prospérité", déclare le patron de KBC, Johan Thijs, dans De Tijd. Parce qu'il n'y a pas de cap à long terme, parce qu'il n'y a pas de contexte fiscal prévisible, parce qu'il n'y a pas de projet de relance bien construit et qu'il faudra sans doute, une fois encore, "bricoler" dans l'urgence pour tenter d'insérer la Belgique dans le redéploiement européen.
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"L'absence d'un gouvernement à elle seule menace notre prospérité", déclare le patron de KBC, Johan Thijs, dans De Tijd. Parce qu'il n'y a pas de cap à long terme, parce qu'il n'y a pas de contexte fiscal prévisible, parce qu'il n'y a pas de projet de relance bien construit et qu'il faudra sans doute, une fois encore, "bricoler" dans l'urgence pour tenter d'insérer la Belgique dans le redéploiement européen. De la FEB au gouverneur de la Banque nationale, plusieurs sonnettes d'alarme ont été actionnées. Auraient-elles été entendues? Sept partis, représentant 87 sièges sur 150 à la Chambre, semblent enfin décidés à ouvrir une négociation décisive en vue de former un gouvernement fédéral. Cette coalition réunit les familles socialistes, libérales et écologistes, ainsi que les sociaux-chrétiens flamands. Un assemblage aussi large et hétéroclite implique de lourds compromis et une politique du plus petit commun dénominateur. Admettons qu'ils et elles prennent leurs responsabilités, comme on les y presse depuis plus de 450 jours, et aboutissent à un accord de gouvernement. C'est ensuite aux citoyens, à vous et moi, de prendre nos responsabilités, d'essayer de comprendre les subtils équilibres du compromis plutôt que de sortir d'emblée l'artillerie sur tous les réseaux sociaux au moindre retournement de veste. Car des retournements de veste, il y en aura fatalement si l'on doit réunir autant d'acteurs, et des acteurs aussi différents, pour former un gouvernement. Si les négociations sont aussi longues et compliquées, ce n'est pas par plaisir masochiste, c'est bien parce que chaque parti a peur de trahir ses électeurs et d'être publiquement dézingué le lendemain. Que diraient en effet les électeurs libéraux - à qui on avait promis un stop fiscal - si une taxe corona devait être instaurée pour financer la relance? Que diraient les électeurs écologistes si ne fût-ce qu'un réacteur nucléaire devait être prolongé? Que diraient les électeurs socialistes si la législation du chômage devait connaître un tour de vis supplémentaire? Pour ce que l'on en sait, les électeurs chrétiens devraient, eux, être préservés de tout renoncement de leur parti au regard de l'avortement... Des questions de ce type sont inhérentes au scrutin proportionnel. Et elles sont plus prégnantes encore dans un pays fracturé, avec des orientations idéologiques très différentes d'une communauté à l'autre. Peut-on encore y résister dans le monde de 2020? Sans doute pas. Un congrès de participation et quelques vagues promesses aux militants ne suffisent plus pour digérer les compromis. Il est si facile de tout critiquer depuis son écran. D'autant plus facile que les algorithmes nuisent au débat contradictoire (ou alors ce débat vire très vite à l'insulte). Dans un entretien au Vif, l'auteur français Alain Damasio explique comment l'intelligence artificielle nous conduit, de clic en clic, à "développer une intolérance aux autres". "On ne supporte plus l'altérité, dit-il. Et on finit par vivre dans des communautés où les gens pensent tous pareil, en éliminant tout ce qui perturbe." La démocratie ne peut survivre dans un tel monde que si nous repensons son fonctionnement, les modes de prise de décision et de participation des citoyens. Et cela mérite certainement que chacun prenne ses responsabilités pour y arriver.