Dans "This Time Is Different", best-seller publié en 2009 juste après la crise des subprimes, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff avaient retracé huit siècles de krachs financiers pour finalement découvrir que la mécanique à l'oeuvre dans ces désastres était toujours la même. A chaque fois, des "experts" ou des "gens bien informés" répandent l'idée que "cette fois-ci, c'est différent". Les anciennes règles, les anciens paradigmes sont dépassés. Et cette nouvelle donne explique ainsi les valorisations incroyables des actions internet, la magie des prêts subprimes permettant l'accès à la propriété à des ménages désargentés ou le génie des cryptomonnaies ne reposant en fait sur aucun sous-jacent et permettant de créer...

Dans "This Time Is Different", best-seller publié en 2009 juste après la crise des subprimes, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff avaient retracé huit siècles de krachs financiers pour finalement découvrir que la mécanique à l'oeuvre dans ces désastres était toujours la même. A chaque fois, des "experts" ou des "gens bien informés" répandent l'idée que "cette fois-ci, c'est différent". Les anciennes règles, les anciens paradigmes sont dépassés. Et cette nouvelle donne explique ainsi les valorisations incroyables des actions internet, la magie des prêts subprimes permettant l'accès à la propriété à des ménages désargentés ou le génie des cryptomonnaies ne reposant en fait sur aucun sous-jacent et permettant de créer une "finance décentralisée". Une finance far west dans laquelle ni le fisc, ni les banques, ni les autorités de contrôle ne peuvent mettre leur nez. Les défenseurs de cette nouvelle vision du monde peuvent être agressifs. Au début du mois d'avril, le cofondateur de PayPal Peter Thiel vantait les mérites de cette "jeunesse révolutionnaire" qui avait fondé le monde crypto. Une jeunesse qui devait faire face à une "gérontocratie financière" dirigeant l'économie au moyen de concepts "stupides" comme la finance éthique. Toute cette mécanique reposant sur le culot, l'avidité, une naïveté sans borne, un brin d'escroquerie et une technicité maîtrisée par un petit nombre, fait penser à la crise de 2008. Et ce qui le fait penser aussi est l'incapacité des régulateurs à juguler un tel phénomène. Certes, on parle d'actifs situés en dehors de la finance classique. Ces turbulences ne devraient pas directement affecter le vieux système bancaire ni la stabilité financière. Les régulateurs diront que la cryptosphère était largement en dehors de leur champ de compétences puisque ni les banques, ni la monnaie légale n'étaient impliquées. Pourtant, la perte subie par de nombreux acteurs est loin d'être négligeable. Le marché crypto ne pesait en automne 2019 que 250 milliards de dollars. Deux ans plus tard, il dépassait les 3.000 milliards. Et aujourd'hui il est retombé aux alentours de 1.200 milliards de dollars. Soit une perte potentielle de 1.800 milliards qui pourrait se faire sentir dans l'économie réelle. La création de cette "finance décentralisée", vantée par des crypto-enthousiastes célèbres comme Lionel Messi ou Matt Damon, a permis à des intermédiaires d'offrir des produits d'investissement reposant souvent sur du vent, assortis de rendements hallucinants, et que tout régulateur aurait dû interdire. Un simple voyage sur un site nous apprend que l'on pouvait investir dans un produit qui "dans son fonctionnement est proche de celui d'un compte épargne tout en offrant des perspectives de rendement plus intéressantes". Le site ajoute que la performance pouvait atteindre jusqu'à 50% de rendement annuel. D'autres instruments faisaient miroiter une rémunération à ceux qui consentaient à prêter un moment leur portefeuille de cryptomonnaies. Ces produits étaient censés offrir des rendements approchant les 20% par an. Personne ne semblait s'inquiéter de ce que ces prêts étaient généralement octroyés à des opérateurs financiers qui pariaient sur une baisse des cours et pratiquaient des ventes à découvert. Et comme souvent dans ces krachs, ce sont les derniers entrés qui en feront surtout les frais. Ceux qui ont finalement été convaincus par le marketing, les rendements alléchants et qui ont acheté au plus haut. Ce sont aussi souvent ceux qui avaient le moins de connaissances financières et qui auraient eu besoin d'une meilleure protection de leur épargne.