Fin octobre, les chiffres de la croissance économique au troisième trimestre et ceux de l'inflation en octobre étaient attendus en zone euro avec impatience... et un brin d'anxiété. Au final, tant l'une que l'autre se sont révélées plus fortes que prévu. Chacun y trouvera donc du grain à moudre, tantôt pour se dire que tout va bien, tantôt pour annoncer le pire. Mais au-delà des émotions, l'ensemble des indicateurs économiques montrent bien que la période de grâce post-confinement prend fin et laisse place à une phase de reprise plus complexe et plus difficile à négocier sur le plan de la politique économique.
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Fin octobre, les chiffres de la croissance économique au troisième trimestre et ceux de l'inflation en octobre étaient attendus en zone euro avec impatience... et un brin d'anxiété. Au final, tant l'une que l'autre se sont révélées plus fortes que prévu. Chacun y trouvera donc du grain à moudre, tantôt pour se dire que tout va bien, tantôt pour annoncer le pire. Mais au-delà des émotions, l'ensemble des indicateurs économiques montrent bien que la période de grâce post-confinement prend fin et laisse place à une phase de reprise plus complexe et plus difficile à négocier sur le plan de la politique économique. Commençons par le meilleur: la croissance économique de la zone euro a atteint 2,2% au troisième trimestre par rapport au trimestre précédent. Pour comprendre à quel point ce chiffre est élevé, il faut se rappeler que le rythme de croissance normal est de l'ordre de 0,5% par trimestre tout au plus. Ceci étant, la surprise à la hausse de la croissance n'a pas été constatée partout. L'Allemagne et l'Espagne ont déçu. Il faut dire que la pénurie de semi-conducteurs a un effet disproportionné sur l'économie allemande par rapport aux autres grands membres de la zone euro, en raison de l'importance du secteur automobile dans ce pays. A l'opposé, la France, l'Italie ou encore l'Autriche ont surperformé. Dans le cas de la Belgique, la croissance de 1,8% par rapport au trimestre précédent est également très solide. De plus, à la faveur de la révision à la hausse des trimestres précédents, le niveau du PIB belge a dépassé celui d'avant la crise. Il n'aura donc fallu "que" sept trimestres pour revenir à ce niveau, alors qu'il en avait fallu neuf après la crise financière. Compte tenu de la perte d'activité liée au confinement (plus de 10%), c'est tout à fait remarquable. La période de rattrapage s'est donc mieux déroulée que prévu. Mais à partir de maintenant, il faut s'attendre à une phase de reprise plus modérée. En effet, les effets du rebond post- confinement s'estompent, ce qui entraînera un ralentissement naturel de la croissance du PIB. En outre, les pénuries de composants et les problèmes de chaîne d'approvisionnement viennent s'ajouter aux difficultés de l'industrie manufacturière. Rappelons que selon les premières indications de la Banque nationale, l'activité du secteur de l'industrie s'est déjà contractée au troisième trimestre. Or, les problèmes semblent s'amplifier au quatrième trimestre, et la normalisation de la logistique et de la disponibilité de composants n'est pas attendue avant le milieu 2022 au plus tôt. Du côté de la consommation, les vents contraires de l'inflation galopante (qui atteint 4,2% en Belgique en octobre, 4,1% à l'échelle de la zone euro) devraient modérer les perspectives de reprise des services car la facture d'énergie des ménages érode leur capacité à consommer. Bref, la partie la plus facile du cycle économique semble prendre fin. A présent, place à une situation plus complexe, marquée aussi par des questionnements importants au sujet des politiques économiques: la Banque centrale européenne va-t-elle devoir intervenir plus tôt que prévu compte tenu de la forte inflation? Les plans de relance pourront-ils délivrer tous leurs effets compte tenu des contraintes d'offre? Et surtout, comment gérer à présent l'énorme dette publique issue de la pandémie? Cette dernière question prend une dimension particulière dans le cas de la Belgique, compte tenu du niveau de la dette, mais aussi des déficits qui continuent de s'accumuler dans l'indifférence générale.