Pourquoi la Fed baisse-t-elle les taux ?

La Fed s'apprête, selon les marchés, à baisser les taux pour la première fois depuis 2008 alors que l'économie américaine est plutôt solide. Même si elle ralentit au début de l'année, la croissance de l'économie des Etats-Unis s'est affichée à 2,1% en rythme annuel au 2e trimestre, bien au-dessus de celle de ses partenaires européens, et le taux de chômage est au plus bas depuis quasiment cinquante ans.

D'ordinaire, la Banque centrale abaisse les taux pour soutenir l'économie en cas de ralentissement. C'est en fait l'inflation pas assez dynamique et la morosité de l'économie internationale secouée par les tensions commerciales qui font prendre à Jerome Powell, le patron de la Fed, une "prime d'assurance" en abaissant le coût de l'argent. Les taux d'intérêt au jour le jour qui influent tous les types de crédits, se situent actuellement entre 2,25% et 2,50% au plus haut depuis dix ans, après être restés proches de zéro pendant huit ans pour soutenir la reprise après la Grande récession. Les marchés s'attendent à une baisse d'un quart de point de pourcentage (0,25%).

Même l'ancienne présidente de la Fed, Janet Yellen, qui avait lancé la remontée ou "normalisation" des taux d'intérêt en les rehaussant progressivement à partir de fin 2015, s'est dite "encline" à les baisser "un peu". "Les Etats-Unis ne sont pas une île. Nous faisons partie de l'économie globale et ce qui se passe dans le reste du monde, en Europe, en Asie, affecte les Etats-Unis", a-t-elle affirmé dimanche.

Pourquoi craindre un manque d'inflation ?

Des prix qui restent stables font la joie des consommateurs mais pour les économistes, des prix stagnants trop longtemps font naître le spectre de la déflation et d'un ralentissement économique difficile à combattre. En période de déflation, les consommateurs attendent des prix toujours plus avantageux avant d'acheter créant une réaction en chaîne qui affaiblit l'activité économique.

Les membres de la Fed aimeraient voir l'inflation se situer autour de 2%, une cible qu'ils estiment saine pour l'économie. L'inflation ne se situe qu'à 1,5% en mai.

La pression de Trump: quel impact ?

La Banque centrale est une institution indépendante mais Donald Trump a bousculé les traditions en critiquant haut et fort la politique monétaire de la Fed et son président, Jerome Powell, qu'il a pourtant lui-même nommé. Ses coups de boutoirs quasi-quotidiens sont difficiles à ignorer. Il réclame une baisse des taux, critique les hausses passées et insinue que le dollar est trop fort parce que l'Europe va baisser les taux pour, selon lui, affaiblir l'euro. Encore lundi Donald Trump s'est plaint que "l'UE et la Chine vont à nouveau baisser les taux d'intérêt et injecter de l'argent dans leurs systèmes, ce qui facilitera la vente de leurs produits. En attendant, et avec une inflation très basse, notre Fed ne fait rien - et va sans doute faire bien peu en comparaison. Dommage !".

Comme le résume Diane Swonk, économiste en chef pour Grant Thornton, "c'est dur pour la Fed, car quand ils font ce qu'il faut, on dirait qu'ils capitulent". "Le président est tellement vociférant que cela mine la crédibilité" de la Banque centrale, ajoute-t-elle.

Communication maladroite

Vu la situation économique particulière, où une baisse des taux annoncée ne s'impose pas forcément, la communication de la Fed, brouillée en outre par les tweets présidentiels, a eu du mal à faire passer un message clair aux marchés. La plupart des membres du Comité monétaire (FOMC) ont justifié une éventuelle réduction du coût du crédit mais avec des arguments différents, les uns évoquant la faible inflation, d'autres les tensions commerciales.

Le président de la Fed de New York John Williams dont les propos ont fait penser qu'une baisse plus importante se profilait a dû corriger sa déclaration, fait rare à la Fed. Quant au président régional de la Fed de Saint Louis James Bullard, il a jeté un froid en affirmant à des journalistes qu'il se verrait volontiers président de la Banque centrale. Un commentaire qui n'est pas passé inaperçu lorsque le président Trump ne cesse de dire qu'il n'est "pas un fan" de M. Powell.