Son analyse se base sur l'idée que, désormais, le nouvel ordre mondial se fondera sur l'existence de plusieurs empires, dont les Etats-Unis et la Chine. Il regrette que l'Europe, par son organisation interne compliquée et dépourvue de véritable " pouvoir ", soit loin d'atteindre ce statut et appelle à une véritable " souveraineté " européenne, dépassant celle des Etats. En clair, il veut un pouvoir fort pour une Europe forte, sur le plan économique, mais aussi militaire.
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Son analyse se base sur l'idée que, désormais, le nouvel ordre mondial se fondera sur l'existence de plusieurs empires, dont les Etats-Unis et la Chine. Il regrette que l'Europe, par son organisation interne compliquée et dépourvue de véritable " pouvoir ", soit loin d'atteindre ce statut et appelle à une véritable " souveraineté " européenne, dépassant celle des Etats. En clair, il veut un pouvoir fort pour une Europe forte, sur le plan économique, mais aussi militaire. On peut d'abord douter de la justesse de son analyse. L'Amérique d'aujourd'hui est sans doute moins " impériale " que jamais. Barack Obama lançait encore son pays dans diverses aventures guerrières, pas toujours judicieuses, mais telle n'est plus la politique de Donald Trump. Et il est étrange qu'un politicien jadis qualifié de " néolibéral " vante le leadership chinois, celui d'un Parti communiste dirigeant une dictature, sans se rendre compte que le dynamisme de la Chine ne trouve pas sa source dans le dirigisme du parti, mais dans le dynamisme de ses nombreuses entreprises et des charges sociales et environnementales souvent plus légères qu'ailleurs. Il est en revanche exact que les résultats économiques de l'Europe au cours des dernières années font plutôt penser à de la stagnation, comme ceux du Japon qui, lui, est un vrai empire. Et ils font piètre figure si on les compare, non seulement à ceux de la Chine et des Etats-Unis, mais aussi de l'Inde et même de deux petits pays européens, la Suisse et la Norvège, qui sont les plus prospères du continent, peut-être parce qu'ils ont refusé d'entrer dans l'Union européenne. Il faut avoir une conception très étatiste de l'économie pour s'imaginer que ce sont les Etats qui créent la prospérité. En général, leur rôle, tel qu'ils le comprennent, est plutôt de distribuer aux uns ce que les autres ont créé, sans ajouter de valeur, quand ils n'en détruisent pas. On ne connaît pas de planification qui ait réussi, et le succès de la Chine n'est pas celui du Parti communiste, mais existe malgré la rigidité du pouvoir. Et seulement depuis que celui-ci a compris que sur le plan économique, une sérieuse libéralisation s'imposait. Il est aussi surprenant qu'on puisse avoir une telle admiration pour les " empires ", alors que ceux-ci, à l'exemple de celui de Napoléon, n'ont en général engendré que des guerres, des désastres et le marasme économique. Par définition, les empires sont impérialistes et veulent s'étendre, sur le plan politique, et par la voie militaire. Il est certain que tel n'est pas aujourd'hui l'objectif des Européens, et que ce n'est absolument pas le fondement de l'Union européenne, dont le premier mérite a été d'assurer une paix durable sur le continent. Enfin, un empire suppose une volonté nationale profonde, au niveau impérial et non à celui des partis qui le composent. C'est ce qui existe en Chine et aux Etats-Unis. Il est illusoire, comme le propose Guy Verhofstadt, de créer artificiellement une " opinion publique " autour d'un nationalisme européen. A part quelques hommes politiques ambitieux, on ne trouve pas grand monde en Europe pour croire à l'idée d'une " nation " européenne. On voit plutôt éclore des volontés nationales à des niveaux plus réduits et plus humains que ceux des Etats, comme en Ecosse, en Catalogne, ou en Flandre. Opposer à ces nationalismes locaux un nationalisme européen n'est en rien un progrès. Une nation ne se crée pas. Si l'on veut absolument qu'il en existe une, il faut constater que c'est sur la base d'une unité de langue, de culture, d'aspirations et d'intérêts communs qu'elle peut éventuellement exister. Croit-on réellement pouvoir créer chez un Irlandais, anglophone, catholique, et tourné vers le grand large, qu'il a davantage en commun avec un Bulgare qu'avec un Canadien ? Y a-t-il un autre point commun, dans l'Europe d'aujourd'hui, que la fiscalité spoliatrice et l'excès des réglementations ? Et, surtout, quelle peut bien être l'utilité, pour les gens, de vivre dans un empire ? Il n'a jamais été démontré que la population de pays grands et puissants serait plus heureuse que celle de petits pays dont les dirigeants sont dépourvus de la dangereuse ambition de vouloir changer le monde.