Or le risque d'extinction est réel à échéance de quelques générations. La dégradation est rapide et entamée dès maintenant : chacun a vécu la succession de canicules de l'été dernier et a pu voir à la télévision les ravages d'incendies dans des régions nordiques jusque-là préservées, et d'ouragans à répétition et de taille inédite.
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Or le risque d'extinction est réel à échéance de quelques générations. La dégradation est rapide et entamée dès maintenant : chacun a vécu la succession de canicules de l'été dernier et a pu voir à la télévision les ravages d'incendies dans des régions nordiques jusque-là préservées, et d'ouragans à répétition et de taille inédite. Au niveau international, comme chacun sait, nous nous occupons essentiellement de commerce. Les grandes déclarations d'intention comme la Cop 21 sont stériles : nous n'arrivons ni à stopper ni même à endiguer significativement la montée des périls. Stephen Emmott écrivait en 2014 que " depuis l'adoption en 1997 du protocole de Kyoto visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, les émissions annuelles de carbone à l'échelle de la planète sont passées de 6.400 à 8.700 millions de tonnes ". Soit une augmentation de 36 %, quand nous déclarons vouloir en réalité renverser la vapeur. Or il y a urgence. Les catastrophes climatiques deviennent plus fréquentes et plus violentes, nous épuisons les ressources naturelles, l'environnement est inexorablement détruit et la diversité des espèces animales se réduit à la vitesse grand V, comme un avertissement quant à notre propre disparition. J'ai écrit deux livres sur ces questions, Le dernier qui s'en va éteint la lumière (2016) et Défense et illustration du genre humain (2018), où je m'abstiens de prendre parti. Ces ouvrages sont-ils révélateurs d'une prise de conscience de la gravité d'une question que nous prenons véritablement à bras-le-corps ? Ou, plus sinistrement, du fait que nous avons déjà entrepris le deuil de notre propre espèce ? Qu'est-ce qui nous retient d'agir ? Une sorte de prédisposition à penser que quoi qu'il arrive, la situation est à peu de choses près business as usual. La source de nos plus grands malheurs se trouve là : ce qui nous conduit à l'extinction, ce n'est pas un " instinct de mort ", c'est l'optimisme béat, l'esprit " Tout va très bien, madame la marquise ! ". La démission fracassante de Nicolas Hulot en France semble confirmer l'impossibilité de réformer de l'intérieur en raison du poids des groupes de pression. Assurer les votes aux prochaines élections et créer de l'emploi sont les obsessions de la classe politique. Aussi, tant que cette question de l'emploi ne sera pas traitée dans les termes où elle se pose vraiment - c'est-à-dire un emploi condamné par l'automation, la robotisation et la " logicielisation " - la solution des questions environnementales restera reléguée loin derrière. La première condition à remplir pour assurer l'avenir serait donc de séparer une fois pour toutes l'obtention de revenus par les salariés d'aujourd'hui du travail effectué en échange. Les gains réalisés grâce au remplacement de l'homme par la machine (au sens le plus large) doivent revenir à l'humanité tout entière, et non aux seuls propriétaires de ces machines. Si nous voulons que l'espèce survive, d'autres conditions devront être remplies. D'abord distinguer le caractère renouvelable ou non d'une ressource dans les droits qu'a sur elle son propriétaire, et une mise en commun de celles qui ne sont pas renouvelables. Cette mise en commun doit être soigneusement distinguée du " communisme " soviétique qui n'était en réalité qu'un capitalisme d'Etat autoritaire et liberticide. Il faudra aussi mettre l'accent sur la gratuité pour tout ce qui relève de l'indispensable, et ce plutôt que sur un " revenu universel de base " qui pousse à la consommation et laisse intactes les disparités de revenus. Oui, il est temps de déclarer l'état d'urgence pour le genre humain, aux niveaux régional, national et mondial : le temps presse !