L'invasion russe a marqué un "tournant pour l'Europe", a déclaré la présidente de la BCE, Christine Lagarde, à l'issue de la première réunion du Conseil des gouverneurs depuis le début du conflit.

La guerre et les sanctions prises contre Moscou auront "un impact important sur l'activité économique et l'inflation, par la hausse des prix de l'énergie et des matières premières, la perturbation du commerce international et la confiance", a prévenu Mme Lagarde, une broche aux couleurs de l'Ukraine épinglée à sa veste.

Face à ces signaux d'alarme, "la BCE aurait pu différer toute décision de normalisation" de sa politique monétaire accommodante, mais "elle n'a pas fait ce choix", note Bruno Cavalier, économiste chez Oddo.

La BCE a en effet surpris les observateurs en annonçant qu'elle allait accélérer la réduction progressive de son programme d'achat d'obligations le plus ancien, signe que sa crainte principale est bien l'inflation galopante.

Flou sur les taux

Cette annonce porte la marque des "faucons" au sein de l'institution, ces partisans d'un resserrement monétaire pressés d'abandonner le plus vite possible la politique de taux bas, selon les observateurs.

"Les préoccupations liées à l'inflation ont dominé les débats du conseil des gouverneurs" et à la fin "les faucons ont eu le dessus", commente Frederik Ducrozet, stratégiste au sein de Pictet Asset Management.

Concrètement le "QE", arme principale de la banque centrale durant les années d'inflation atone, va être réduit à 20 milliards d'euros par mois en juin, un seuil qu'il n'était censé atteindre qu'en octobre, selon les précédentes décisions.

Le Conseil des gouverneurs "conclura les achats nets (...) au troisième trimestre" si les perspectives d'inflation à moyen terme "ne s'affaiblissent pas".

Une concession a été faite aux "colombes", d'ordinaire majoritaires au conseil et qui défendent un cours plus expansif de la politique monétaire: la BCE n'affirme plus, comme auparavant, qu'un arrêt de ces achats de dette sera automatiquement suivi d'une hausse des taux directeurs. Celle-ci surviendra "quelque temps après".

Devant la presse, Mme Lagarde a précisé que cette hausse, qui serait la première depuis 2011, pourrait aussi bien survenir "la semaine suivante" que "des mois plus tard" après la fin du "QE", les données économiques du moment étant le facteur décisif.

Inflation supérieure à 5%

La BCE avait ouvert la voie à une normalisation de sa politique monétaire accommodante lors de sa précédente réunion, avant le déclenchement de la guerre en Ukraine.

Elle navigue désormais à vue et la décision du jour, savant équilibre entre les vues divergentes en son sein, "donne à la banque centrale un maximum de flexibilité et laisse ouverte l'option d'une hausse des taux avant la fin de l'année", analyse Carsten Brzeski, de la banque ING.

Si la banque centrale n'a pas refermé la porte à une éventuelle première hausse des taux fin 2022, elle n'a pas non plus "suggéré qu'elle considèrait une telle hausse comme probable", observe Holger Schmieding, analyste chez Berenberg.

Cette flexibilité est nécessaire compte-tenu du double choc annoncé sur les prix et la croissance.

La guerre en Ukraine a donné une nouvelle impulsion à l'inflation dans la zone euro qui avait atteint le niveau record de 5,8% en février.

Dans de nouvelles prévisions qui tiennent compte des effets du conflit, la banque a taillé dans ses prévisions de croissance revue à 3,7% pour 2022, contre 4,2% auparavant.

Les experts de la BCE ont par ailleurs fortement revu à la hausse les prévisions d'inflation pour cette année, à 5,1% contre 3,2%, puis à 2,1% en 2023 et à 1,9% en 2024. L'institution vise un taux à 2% sur le moyen terme.

Face à cette dégradation annoncée de l'activité, qui se relève à peine de la pandémie, Christine Lagarde a estimé que les mesures de soutien budgétaire dans l'UE continueront d'être d'une "importance cruciale".

Les Vingt-Sept se réunissent jeudi soir à Versailles pour esquisser des réponses, en particulier économiques, aux chocs causés par l'invasion russe en Ukraine.

L'invasion russe a marqué un "tournant pour l'Europe", a déclaré la présidente de la BCE, Christine Lagarde, à l'issue de la première réunion du Conseil des gouverneurs depuis le début du conflit.La guerre et les sanctions prises contre Moscou auront "un impact important sur l'activité économique et l'inflation, par la hausse des prix de l'énergie et des matières premières, la perturbation du commerce international et la confiance", a prévenu Mme Lagarde, une broche aux couleurs de l'Ukraine épinglée à sa veste.Face à ces signaux d'alarme, "la BCE aurait pu différer toute décision de normalisation" de sa politique monétaire accommodante, mais "elle n'a pas fait ce choix", note Bruno Cavalier, économiste chez Oddo.La BCE a en effet surpris les observateurs en annonçant qu'elle allait accélérer la réduction progressive de son programme d'achat d'obligations le plus ancien, signe que sa crainte principale est bien l'inflation galopante.Flou sur les taux Cette annonce porte la marque des "faucons" au sein de l'institution, ces partisans d'un resserrement monétaire pressés d'abandonner le plus vite possible la politique de taux bas, selon les observateurs."Les préoccupations liées à l'inflation ont dominé les débats du conseil des gouverneurs" et à la fin "les faucons ont eu le dessus", commente Frederik Ducrozet, stratégiste au sein de Pictet Asset Management.Concrètement le "QE", arme principale de la banque centrale durant les années d'inflation atone, va être réduit à 20 milliards d'euros par mois en juin, un seuil qu'il n'était censé atteindre qu'en octobre, selon les précédentes décisions.Le Conseil des gouverneurs "conclura les achats nets (...) au troisième trimestre" si les perspectives d'inflation à moyen terme "ne s'affaiblissent pas".Une concession a été faite aux "colombes", d'ordinaire majoritaires au conseil et qui défendent un cours plus expansif de la politique monétaire: la BCE n'affirme plus, comme auparavant, qu'un arrêt de ces achats de dette sera automatiquement suivi d'une hausse des taux directeurs. Celle-ci surviendra "quelque temps après".Devant la presse, Mme Lagarde a précisé que cette hausse, qui serait la première depuis 2011, pourrait aussi bien survenir "la semaine suivante" que "des mois plus tard" après la fin du "QE", les données économiques du moment étant le facteur décisif. Inflation supérieure à 5%La BCE avait ouvert la voie à une normalisation de sa politique monétaire accommodante lors de sa précédente réunion, avant le déclenchement de la guerre en Ukraine. Elle navigue désormais à vue et la décision du jour, savant équilibre entre les vues divergentes en son sein, "donne à la banque centrale un maximum de flexibilité et laisse ouverte l'option d'une hausse des taux avant la fin de l'année", analyse Carsten Brzeski, de la banque ING.Si la banque centrale n'a pas refermé la porte à une éventuelle première hausse des taux fin 2022, elle n'a pas non plus "suggéré qu'elle considèrait une telle hausse comme probable", observe Holger Schmieding, analyste chez Berenberg.Cette flexibilité est nécessaire compte-tenu du double choc annoncé sur les prix et la croissance.La guerre en Ukraine a donné une nouvelle impulsion à l'inflation dans la zone euro qui avait atteint le niveau record de 5,8% en février. Dans de nouvelles prévisions qui tiennent compte des effets du conflit, la banque a taillé dans ses prévisions de croissance revue à 3,7% pour 2022, contre 4,2% auparavant. Les experts de la BCE ont par ailleurs fortement revu à la hausse les prévisions d'inflation pour cette année, à 5,1% contre 3,2%, puis à 2,1% en 2023 et à 1,9% en 2024. L'institution vise un taux à 2% sur le moyen terme. Face à cette dégradation annoncée de l'activité, qui se relève à peine de la pandémie, Christine Lagarde a estimé que les mesures de soutien budgétaire dans l'UE continueront d'être d'une "importance cruciale".Les Vingt-Sept se réunissent jeudi soir à Versailles pour esquisser des réponses, en particulier économiques, aux chocs causés par l'invasion russe en Ukraine.