On décrit souvent l'économie mondiale comme tripolaire: on y retrouve (i) le bloc Asie-Pacifique, marqué bien entendu par l'influence de la Chine, (ii) la zone euro dont l'influence s'étend jusqu'en Europe de l'Est et en Afrique du Nord et enfin (iii) le continent américain, dont le moteur reste les Etats-Unis. Le reste du monde gravite autour d'un ou plusieurs de ces pôles, qui interagissent via le commerce mondial. Mais ce sont aussi des rivaux, que ce soit en matière de technologie, de monnaie ou encore de géopolitique.
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On décrit souvent l'économie mondiale comme tripolaire: on y retrouve (i) le bloc Asie-Pacifique, marqué bien entendu par l'influence de la Chine, (ii) la zone euro dont l'influence s'étend jusqu'en Europe de l'Est et en Afrique du Nord et enfin (iii) le continent américain, dont le moteur reste les Etats-Unis. Le reste du monde gravite autour d'un ou plusieurs de ces pôles, qui interagissent via le commerce mondial. Mais ce sont aussi des rivaux, que ce soit en matière de technologie, de monnaie ou encore de géopolitique. Ceci étant, la zone euro est-elle encore en mesure de rivaliser, économiquement parlant, avec les deux autres pôles? Force est de constater que si le poids de cette dernière reste incontournable dans l'économie mondiale, son dynamisme s'essouffle bel et bien. L'évolution sur une longue période de l'activité économique en est une bonne illustration. Entre la fin de l'année 2007 (avant la crise financière donc) et la fin de l'année 2020, les PIB des Etats-Unis ou même du Canada ont progressé de près de 20% en volume (on exclut donc l'inflation). Celui de la Chine a augmenté sur la même période de... 163% et celui de la Corée de 40%. En Asie, seul le Japon fait pâle figure, puisque l'économie développée la plus marquée par le vieillissement de sa population n'augmente, toujours sur la même période, que de 2,8%. En zone euro, on est également loin du compte puisque la hausse cumulée atteint à peine 5,7%. Et encore, cela regroupe des situations très différentes, sachant que le PIB allemand progresse de 10% sur cette période et celui de l'Italie... se réduit d'un même pourcentage. Imaginez plutôt: l'activité économique en Italie est à ce jour 10% inférieure à ce qu'elle était fin 2007! Ces chiffres très contrastés sont à la fois le résultat de la crise de la zone euro qui a retardé la reprise après la crise financière, d'une croissance presque systématiquement inférieure au reste du monde, même en période de haute conjoncture, et évidemment d'une crise du Covid plus profonde, une nouvelle fois, en zone euro. Malheureusement, les choses ne risquent pas de s'améliorer dans l'immédiat. Une troisième vague de la pandémie touche la plupart des pays de la zone euro, creusant encore un peu plus la récession et retardant le début de la reprise. Et même lorsque la vaccination sera suffisante, il est peu probable que la zone euro soit en mesure de rattraper son retard, notamment sur les Etats-Unis. Et même: si un plan de relance européen a le mérite d'exister et si des plans nationaux de relance devraient s'y ajouter, le président américain Biden a décidé de donner une impulsion bien importante à l'économie américaine. Au-delà de la plus forte récession et d'une moindre relance, l'Europe, qui a négocié (pourtant très tôt) les contrats des vaccins, risque d'être prise par la population pour responsable de la lenteur du processus de vaccination. Et au niveau national, de nombreux dirigeants et gouvernements (mais pas tous! ) vont sortir affaiblis de la crise. Les tensions seront nombreuses, les demandes d'aides et de refinancement se succéderont, dans un contexte de finances publiques difficiles. Les discordances et les compromis nécessaires feront perdre du temps et peut-être encore de la crédibilité. Ce sera un point faible supplémentaire pour l'Europe comme puissance économique.