Avant la crise sanitaire, lorsqu'aux Etats-Unis, on parlait de big government, l'expression était souvent suivie d'une moue de dégoût: il était inconvenant de laisser prospérer des pouvoirs publics inutiles et dispendieux.
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Avant la crise sanitaire, lorsqu'aux Etats-Unis, on parlait de big government, l'expression était souvent suivie d'une moue de dégoût: il était inconvenant de laisser prospérer des pouvoirs publics inutiles et dispendieux. Mais depuis l'arrivée à la Maison-Blanche de Joe Biden, le big government est tout autre chose: il est synonyme de l'audace et de l'ambition déployées par les pouvoirs publics pour sortir rapidement de la pandémie. Et s'il devait y avoir un match entre les big governments américain et européen, la victoire américaine serait écrasante. Pendant que l'Europe se fait sermonner par l'Organisation mondiale de la santé pour la lenteur désespérante de son processus de vaccination, un tiers des Américains a déjà reçu une première dose. Et l'administration américaine, après avoir lancé son plan de sauvetage de 1.900 milliards de dollars, prépare un plan d'investissement dans les infrastructures de 2.250 milliards qui sera financé non par la dette mais par une hausse de ses recettes fiscales. Contrairement à ce que l'on pense de ce côté-ci de l'Atlantique, cette mobilisation rapide et massive de l'argent public quand il le faut n'est pas une nouveauté aux Etats-Unis. Le "Nobel" d'économie Paul Krugman rappelait dans les colonnes du New York Times que les grandes dépenses publiques dans les infrastructures remontent à 1820 (construction du canal Erié, un projet qui, en dollars actuels, équivaut à une dépense publique de 1.000 milliards de dollars). Puis, il y avait eu Teddy Roosevelt et le canal de Panama. Puis Franklin Roosevelt et son New Deal. Puis, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la construction de ce réseau d'autoroutes "Interstate" tissant un vaste réseau de communications entre Etats. Et maintenant donc, les Etats-Unis lancent ce plan de 2.250 milliards sur huit ans, qui s'accompagnera encore d'un autre plan massif visant les familles et qui sera annoncé dans quelques semaines. Certes, ces montants considérables visent en grande partie à combler un retard sur les principaux pays européens dont la qualité des infrastructures devance celle des Etats-Unis. Néanmoins, ces investissements remettront l'économie américaine à niveau et leur financement ne viendra pas alourdir la dette de l'Etat. Car l'un des points les plus intéressants de la stratégie de reconstruction américaine est son financement via une hausse de l'impôt des sociétés. Le taux nominal de cet impôt passera en effet de 21 à 28%. Mais en outre, le fisc US ponctionnera les bénéfices réalisés dans le reste du monde: en fait, les sociétés américaines qui ont des activités à l'étranger devront s'acquitter dans ces pays d'un impôt d'au moins 21%. Si ce n'est pas le cas et si, par exemple, une société américaine a une filiale irlandaise qui ne paie dans ce pays que 12,5% d'impôts, les Etats-Unis ponctionneront un impôt compensatoire de 8,5% afin que ces bénéfices soient imposés à 21% au final. Cela, sans attendre un hypothétique accord au sein de l'OCDE sur la fiscalité des multinationales. "Nous éliminerons les déductions accordées aux entreprises qui délocalisent des emplois et déplacent des actifs à l'étranger". Les Etats-Unis ont donc décidé d'une mesure extrêmement agressive, visant les niches fiscales qui étaient destinées à attirer l'investissement étranger (dans lequel les sociétés US prennent une part très importante) et qui devrait lui rapporter 1.000 milliards de dollars en 15 ans. Oui, dans le domaine des vaccins, des plans de sauvetage et de relance et dans le financement de ceux-ci, les Etats-Unis battent aujourd'hui l'Union européenne. A plate couture.