Etats-Unis: défaillance du système

Joe Biden en conférence de presse aux côtés de sa vice-présidente Kamala Harris après l'adoption par la Chambre de son projet de loi sur les infrastructures. © Getty Images

La présidence de Joe Biden devrait connaître la même paralysie en 2022 que celle vécue par ses prédécesseurs.

C’est une cruelle réalité, mais il semblerait que 2022 soit la dernière année fonctionnelle de l’administration Biden. En effet, la paralysie est consubstantielle au système américain. Elle doit son origine à une structure constitutionnelle fondée sur le consensus, qui semble de plus en plus irréalisable à l’heure de l’hyper-polarisation et de majorités extrêmement minces. Même dans des conditions idéales, quand la Maison-Blanche et les deux chambres du Congrès sont sous le contrôle d’un seul et même parti, légiférer correctement s’avère diablement compliqué. Ce n’est pas une coïncidence si Barack Obama et Donald Trump ont adopté les lois les plus importantes de leurs administrations (respectivement, une réforme du système des soins de santé et une importante réduction d’impôts) pendant les deux premières années de leurs mandats. Tous deux ont subi de sérieux revers lors des élections de mi-mandat, perdant ainsi le contrôle d’une des assemblées, et par conséquent la possibilité de légiférer comme ils l’espéraient. Le président Joe Biden devrait connaître un sort tout aussi peu satisfaisant. Bien qu’il soit parvenu à adopter un plan de relance dès le début de son mandat, son projet phare (d’énormes dépenses pour limiter le changement climatique et des programmes de protection sociale à l’européenne financés par des impôts significativement supérieurs pour les riches) s’est enlisé dans les sables mouvants législatifs une bonne partie de l’année 2021. Il a certes été adopté de justesse par la Chambre des représentants en novembre, mais à l’heure d’écrire ces lignes, le texte devait encore passer le difficile cap du Sénat, qui compte exactement 50 élus dans chaque camp, démocrate ou républicain.

33 sièges en péril

Cette victoire à la Chambre reste appréciable, comparé à ce qui attend sans doute le président. D’éventuelles défaites aux prochaines élections du Congrès augurent deux dernières années de mandat perdues pour M. Biden, du moins sur le plan législatif. Les démocrates peuvent se permettre d’abandonner cinq sièges à la Chambre mais ils ne peuvent en perdre aucun au Sénat. Depuis 1938, un président en fonction n’a réussi qu’à deux reprises à renforcer la position de son parti à la Chambre lors des élections de mi-mandat. Et dans les deux cas, le président jouissait d’une cote de popularité de plus de 60%. Malheureusement pour M. Biden, sa cote s’élève à peine à 44%. Son parti pourrait perdre jusqu’à 33 sièges et voir la Chambre échapper son contrôle. Les démocrates semblent en meilleure posture au Sénat, où seul un tiers des sièges est renouvelé tous les deux ans et les projections de pertes semblent plus faibles.

Les optimistes affirment que les démocrates pourraient encore accomplir pas mal de choses d’ici à novembre 2022. Peut-être. Mais si le programme de M. Biden est encore débattu, cela risque de drainer beaucoup d’énergie. La perspective d’élections imminentes se chargera d’épuiser le reste. Le problème des majorités faibles tient à ce que le moindre désaccord interne suffit à saborder un projet. Même si les démocrates siégeant au Sénat parviennent à un accord presque unanime, les règles extrêmement complexes permettant de faire obstruction à une législation condamnent de nombreux textes.

Si l’obstruction parlementaire se maintient, il ne peut y avoir de révision sérieuse des règles sur les droits de vote, aucune augmentation du salaire minimum et aucune réforme du système d’immigration, pour ne citer que quelques exemples. Tout projet susceptible d’éviter l’obstruction parlementaire a peu de chances d’être important.

Pas de guerre à l’agenda

L’un des privilèges de la présidence américaine moderne, très impériale, est que l’élaboration des politiques ne doit pas dépendre de la coopération d’un Congrès désespérément indiscipliné, même si cette méthode est préférable. Comme ses prédécesseurs qui ont été bloqués après leurs deux premières années de mandat, M. Biden pourrait être incité à promulguer de grandes mesures par l’intermédiaire des agences fédérales (surtout en matière d’environnement) ou par son droit à prononcer des restrictions commerciales.

Après avoir montré ses tendances isolationnistes dans son engagement inébranlable à retirer ses troupes d’Afghanistan, M. Biden ne devrait pas s’orienter vers l’autre passe-temps favori des présidents empereurs: la guerre. D’autres sommets pourraient remplir, à la place, son agenda. Il ne fait aucun doute que le président préférerait reconstruire l’Amérique en suivant les pas de son idole, Franklin Roosevelt. Mais il n’est pas évident d’entreprendre des transformations à la Roosevelt sans disposer de majorités dignes de son nom.

Idrees Kahloon, The Economist

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