A l'automne 2018,le journaliste et écrivain belge Marc Roche, résidant en Angleterre et chroniqueur à la BBC, écrivait un livre qui dérangeait: Le Brexit va réussir. A l'époque, la Première ministre Theresa May se débattait encore avec un Parlement qui refusait toute solution et une diplomatie européenne qui cherchait encore à saborder le Brexit, voté quelque temps plus tôt à la surprise générale lors d'un référendum.
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A l'automne 2018,le journaliste et écrivain belge Marc Roche, résidant en Angleterre et chroniqueur à la BBC, écrivait un livre qui dérangeait: Le Brexit va réussir. A l'époque, la Première ministre Theresa May se débattait encore avec un Parlement qui refusait toute solution et une diplomatie européenne qui cherchait encore à saborder le Brexit, voté quelque temps plus tôt à la surprise générale lors d'un référendum. Depuis lors, et malgré des élections gagnées par les conservateurs de Boris Johnson favorables au Brexit, une étrange quasi-unanimité annonce l'échec, pour les Britanniques, de leur sortie de l'Union européenne. Bon nombre des critiques jugent pratiquement hérétique l'idée de quitter cette Union, pourtant en crise perpétuelle. L'actualité récente paraît démentir l'idée que le Brexit serait une catastrophe, en tout cas dans un domaine qui est aujourd'hui essentiel: les vaccins. Tout le monde a compris que la vaccination de la plus large part de la population possible en le moins de temps possible est vitale pour chaque pays. La Grande-Bretagne a choisi de négocier seule avec les fabricants de vaccins, notamment ceux qui sont établis sur son sol. Aujourd'hui, elle mène une campagne de vaccination massive et ultra-rapide, et a déjà dépassé un taux de vaccination de 20%. Pendant ce temps-là, les Européens se traînent. Avec ses 3,45% de personnes vaccinées à ce jour, assez risibles lorsqu'on compare avec le Royaume-Uni ou Israël, la Belgique, annoncée par le ministre de la Santé comme une "bonne élève" (ce qu'elle n'est pas) est dans le "ventre mou" de l'Union, ce qui veut dire qu'il y a encore pire. Pourtant, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, était toute fière, il y a quelques mois, de sa stratégie de commande globale des vaccins pour toute l'Union européenne. Il est clair aujourd'hui que cela n'a pas accéléré les livraisons, au point que l'Union en est arrivée à interdire les exportations de vaccins et à lorgner le vaccin russe Spoutnik V... La bureaucratie européenne a visiblement cru que l'Europe ferait baisser le prix des vaccins (qui est pourtant dérisoire par rapport aux pertes résultant d'un seul jour de confinement) en négociant en bloc. Mais cette application de la loi de l'offre et de la demande ne joue évidemment pas lorsqu'un petit nombre de producteurs vendent un bien qui est en pénurie et qui est un besoin essentiel pour les acquéreurs. Le résultat est que les Européens, dont aucune marque ne fait partie du trio de tête des fabricants du vaccin contre le Covid, seront sans doute les derniers parmi les pays développés à atteindre un niveau de vaccination suffisant. En partie parce que des commandes ont dû, par pur chauvinisme, être faites à des firmes (notamment françaises) qui n'ont pas été en mesure de produire à ce jour un vaccin efficace. Face à cette situation, les Anglais sont en train de remarquer que leur pays a bien fait, le 23 juin 2016, de surprendre le monde en votant en faveur du Brexit. En tout cas pour ce qui concerne les vaccins. L'avenir montrera si, comme l'avait prédit Marc Roche, ce vote se révélera aussi un succès pour l'économie britannique, et notamment pour la City de Londres qui était particulièrement hostile à une sortie de l'Union.