La dirigeante conservatrice doit s'exprimer vers 12H15 GMT devant les élus pour défendre ce deuxième report, lié au rejet par les députés, à trois reprises, du traité de retrait de l'UE qu'elle a négocié avec Bruxelles.

Pour sortir de l'impasse, Theresa May avait demandé à l'UE de repousser le Brexit, d'abord prévu le 29 mars, puis le 12 avril, et ouvert des discussions avec l'opposition travailliste qui doivent reprendre ce jeudi.

Les 27 se sont mis d'accord, à l'issue d'un sommet tendu à Bruxelles, sur un report au 31 octobre, pour éviter un divorce sans accord, près de trois ans après le référendum de juin 2016 qui avait penché en faveur du Brexit après plus de 40 ans d'une union tourmentée. Le report peut à tout moment être raccourci si les députés britanniques votent l'accord de retrait de Mme May.

La Première ministre britannique l'a accepté, même si elle avait plaidé plus tôt pour un délai jusqu'au 30 juin seulement. "Nous pouvons encore sortir le 22 mai", et éviter ainsi de participer aux élections européennes débutant le lendemain, a insisté Mme May, soulignant qu'il suffisait pour cela que les députés donnent leur feu vert au traité de divorce.

"Aucun progrès"

Ne perdant pas espoir de les convaincre, Theresa May s'est engagée à leur proposer une série de votes indicatifs sur la future relation qu'ils souhaitent avec l'UE après le Brexit. Mais elle devra dans tous les cas leur représenter tel quel le Traité de retrait, l'UE ayant signifié son refus de le rouvrir.

Or ce traité contient une disposition en particulier que rejettent les partisans d'un Brexit dur au sein du Parti conservateur. Elle vise à éviter le retour d'une frontière physique en Irlande entre le nord, province britannique, et le sud, membre de l'UE, en prévoyant le maintien de tout le Royaume-uni dans l'Union douanière si une autre solution n'est pas trouvée.

Réagissant au sommet, l'ex ministre du Brexit David Davis, un eurosceptique, a estimé sur la BBC qu'"il n'y a eu aucun progrès" et que la pression pour que Theresa May quitte son poste allait "s'intensifier".

La Première ministre, dont la stratégie et le leadership sont durement contestés au sein de son Parti conservateur, s'est engagée à quitter son poste une fois son accord de retrait adopté par les députés.

Quant aux discussions avec l'opposition travailliste, M. Davis s'est montré pessimiste, comme la plupart des analystes. "Je ne vois pas comment les discussions avec le Labour vont pouvoir aboutir à un résultat, à moins que la Première ministre ne change d'attitude sur l'Union douanière", a-t-il ajouté.

Theresa May a posé en principe du Brexit un retrait de l'Union douanière et du Marché unique, afin que le pays puisse nouer ses propres relations commerciales et contrôler l'immigration. Mais les travaillistes veulent eux rester dans l'Union douanière et maintenir les relations les plus étroites possibles avec l'UE.

Les milieux économiques britanniques se montraient quant à eux à peine soulagés par ce report du Brexit, qui ne supprime pas l'incertitude nuisible à leurs affaires.

"Ce délai signifie que l'imminence d'une crise économique a été évitée, mais il doit marquer un nouveau départ", a réagi sur son compte Twitter Carolyn Fairbairn, directrice générale de la puissante organisation patronale CBI, appelant les dirigeants politiques à coopérer pour "mettre fin à ce chaos".

"Poulets sans tête"

"C'est sans fin, les politiques sont comme des poulets sans tête, ils ne savent pas ce qu'ils font", pestait Tom Dwyere, un ancien ouvrier pro-Brexit de 63 ans interrogé par l'AFP dans l'est de Londres. "C'est n'importe quoi", renchérissait Tobert Gilbert, 73 ans, ouvrier dans l'industrie, interrogé sur le report. "Je n'arrive pas à croire qu'ils n'aient pas réglé la question trois ans après le référendum!"

A l'incertitude sur la date du Brexit se rajoute celle sur la possible tenue d'élections européennes, ironie suprême, si l'accord de retrait n'est pas voté rapidement. Les Brexiters font déjà savoir haut et fort qu'ils comptent transformer le scrutin en nouveau référendum anti-UE.

Si le scrutin n'est pas organisé, le Royaume-Uni "devra sortir le 1er juin sans accord", a souligné le Premier ministre irlandais Leo Varadkar, conformément aux conclusions du sommet.

Le président américain Donald Trump a de son côté déploré mercredi sur Twitter que l'UE soit "si dure" avec le Royaume-Uni.