Le groupe Engie peinait à recruter les techniciens dont il a besoin. Au lieu de se lamenter, il a tout simplement décidé de les former lui-même. L'Engie Academy a été officiellement lancée en ce début octobre. Elle ambitionne de former 300 personnes par an pour des fonctions dans l'électricité, la mécanique, la ventilation, etc. Si tout se passe bien, les "élèves" se verront offrir un contrat de travail à l'issue de leur formation.
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Le groupe Engie peinait à recruter les techniciens dont il a besoin. Au lieu de se lamenter, il a tout simplement décidé de les former lui-même. L'Engie Academy a été officiellement lancée en ce début octobre. Elle ambitionne de former 300 personnes par an pour des fonctions dans l'électricité, la mécanique, la ventilation, etc. Si tout se passe bien, les "élèves" se verront offrir un contrat de travail à l'issue de leur formation. Cette initiative illustre un paradoxe persistant de notre marché du travail : les filières d'enseignement qui mènent le plus directement à l'emploi ne sont pas les plus prisées des étudiants. La transition écologique, la numérisation et les innovations médicales inspirent de plus en plus de projets industriels - Trends-Tendances s'en fait l'écho chaque semaine -, les pouvoirs publics les appuient par de très conséquents subsides et aides à la recherche, mais ces efforts butent encore trop souvent sur la difficulté à trouver des profils adéquats pour faire tourner les unités de production. Et l'on ne parle pas uniquement d'ingénieurs ou d'informaticiens mais aussi, voire surtout, de techniciens qualifiés. Sans eux, tous les discours sur la réindustrialisation de la Belgique resteront vains. Sans eux, il est plus qu'illusoire d'espérer remonter le taux d'emploi jusqu'à 80%, comme l'ambitionne le gouvernement De Croo. En début de mandat, tout ministre qui se respecte clame avec vigueur son souhait de revaloriser l'enseignement qualifiant, de le sortir de son image de "filières de relégation", de s'inspirer des exemples germaniques pour développer les formations en alternance, celles qui permettent d'arrimer des jeunes en les plongeant dans un bain plus concret. Malheureusement, ces belles intentions se concrétisent très peu. Elles s'engluent dans l'enchevêtrement des centres de compétences, IFAPME, Forem, Actiris et consorts. "Il faut dépasser cette lasagne institutionnelle pour vraiment développer l'alternance chez nous", concédait en janvier dernier dans nos colonnes la ministre wallonne de la Formation Christie Morreale (PS). Elle espérait alors que "des tabous" se lèvent. Son action a toutefois été mise entre parenthèses par le Covid-19. Engie a décidé de ne plus attendre et de passer à l'action. Une question, toutefois : cette initiative ouvre-t-elle la porte à une privatisation de la formation ? D'autres entreprises, grandes ou moins grandes, s'inspireront-elles de l'exemple pour créer leurs propres académies ? Engie joue ici la prudence et tient à démontrer que son action vise la complémentarité plus que la concurrence. Le groupe a ainsi noué une quinzaine de partenariats avec les acteurs classiques de la formation (qui seront peut-être efficacement bousculés dans leurs certitudes, grâce à la confrontation avec "le terrain"), il accueillera des stagiaires envoyés par des écoles techniques et s'est engagé travailler aussi avec des publics plus fragilisés. En outre, des actions de sensibilisation aux métiers techniques en lien avec la transition écologique seront menées dans les écoles, dans l'espoir de faire naître des vocations. Au vu de ces différentes balises, l'économie belge ne peut que se réjouir de voir un tel acteur (on parle quand même d'un millier d'embauches, dont 800 profils techniques, par an) investir dans la formation. Cela offre non seulement des perspectives d'orientation plus performante des jeunes mais aussi des possibilités nouvelles d'aménagement des fins de carrière. La transmission du savoir-faire apporte en effet un rôle crucial et très valorisant aux travailleurs expérimentés.