Le constat global est plutôt réjouissant : sur les quatre dernières années, 230.000 personnes supplémentaires ont trouvé un emploi en Belgique, à 70% dans le secteur privé. Ce chiffre provient de la comptabilité nationale et est a priori incontestable.
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Le constat global est plutôt réjouissant : sur les quatre dernières années, 230.000 personnes supplémentaires ont trouvé un emploi en Belgique, à 70% dans le secteur privé. Ce chiffre provient de la comptabilité nationale et est a priori incontestable. Dans la dernière livraison des Regards Economiques, des économistes de l'Ires (UCLouvain) décortiquent les origines de ces 230.000 emplois. Elles sont multiples (évolution du PIB, de la population active, etc.) et l'action du gouvernement Michel en serait l'une des plus modestes : elle n'expliquerait que quelque 30.000 emplois (dans le secteur privé) sur le total. C'est moins que l'impact des mesures découlant des législatures antérieures, lesquelles auraient contribué à la création de 43.000 emplois entre 2015 et 2018. Ce décalage temporel est une excellente nouvelle. Il nous montre que ce qui crée de l'emploi, ce ne sont pas quelques mesures ponctuelles comme le saut d'index mais la constance dans les politiques de réduction du coût du travail. Depuis plus de 10 ans, quelles que soient les majorités, les gouvernements ont diminué les cotisations sociales (tantôt de manière linéaire, tantôt en les ciblant sur des catégories de travailleurs ou d'emplois) afin de gommer le handicap de compétitivité de la Belgique par rapport aux économies voisines. Même la régionalisation d'une partie des compétences en ce domaine n'a pas modifié la ligne directrice générale. Les entreprises ont observé cette tendance de long terme avant de se décider à embaucher, confiantes dans le chemin emprunté, certes avec des allures variées, par l'ensemble du monde politique. Les mesures fortes qui créeraient instantanément des dizaines de milliers d'emplois, ça n'existe tout simplement pas. Ou alors, ça s'appelle des effets d'aubaine, des coups de pouce à des décisions économiques qui auraient de toute façon été prises. L'essentiel, c'est vraiment l'inscription dans la durée et c'est pour cela que les politiques de l'emploi n'ont pas trop mal fonctionné et, a priori, devraient continuer à évoluer favorablement dans les prochaines années. En ce sens, le fonctionnement de la vie politique correspond déjà à la vision à long terme réclamée par les 20 patrons qui ont pris la plume dans L'Echo le week-end dernier. Sans que ce fait soit relevé, évidemment, car les ministres ont plutôt à coeur de se démarquer de leurs prédécesseurs et d'indiquer fièrement un nouveau cap. Sans doute est-il parfois utile de parler de " rupture " pour impulser une dynamique... mais dans les faits, nous n'avons guère vu de politique de rupture, en tout cas en matière d'emploi. Tout au plus des inflexions sur une ligne directrice immuable. Des décisions importantes de cette législature comme le tax shift ou le " zéro cotisation " sur le premier emploi s'inscrivent clairement dans la foulée des mesures antérieures. Et c'est même ce qui fait leur force : elles intensifient un trait, en décuplent les effets et continueront ainsi à porter leurs fruits dans les prochaines années. L'erreur serait de confondre durée et immobilisme. Le travail sur le long terme implique de fréquentes évaluations, afin d'adapter judicieusement les politiques. Et s'il est un point où la Belgique pourrait améliorer ses performances, c'est sans doute sur celui de l'évaluation indépendante, transparente et sans concession, des politiques publiques.