D'abord et avant tout les faits : de très sérieuses zones d'ombre dans les opérations de cession de Voo, Elicio et Win ont été mises sur la place publique et cela exigeait une réponse à la hauteur des enjeux. A cet égard, on ne remerciera jamais assez le lanceur d'alerte qui a informé nos confrères du Soir de la vente de Voo, empêchant ainsi de boucler en catimini toutes ces transactions. Cette fuite dans la presse aura vraisemblablement eu un impact plus fort encore sur le destin de Nethys que toutes les semaines d'audition de la commission Publifin.

Les révélations ont été publiées quelques heures à peine après la prestation de serment du ministre des Pouvoirs locaux Pierre-Yves Dermagne. Ce juriste, étoile montante du PS wallon, ne pouvait pas laisser passer l'occasion. Au-delà des lacunes dans l'information des actionnaires publics, on parle quand même d'opérations qui " heurtent l'intérêt général ", les options retenues n'étant pas, selon le ministre, les plus opportunes en termes de maintien de l'emploi et de ces centres de décision à Liège, mais aussi en termes de rendement financier pour les communes. Il a dénoncé les faits au parquet général, en alléguant d'abus de confiance, de prise illégale d'intérêts et d'association de malfaiteurs !

Pourquoi Elio Di Rupo, d'ordinaire si prudent, a-t-il changé de tonalité à l'égard du PS liégeois ?

Pierre-Yves Dermagne avait ici le soutien total de son ministre- président et, pour l'heure, toujours président de parti, Elio Di Rupo. Le Montois a mené toutes les négociations de formation du gouvernement régional, avec la ferme intention d'enfin démontrer qu'il en avait effectivement " marre des parvenus ", cette expression qui lui est revenue régulièrement en pleine figure ces 15 dernières années (oui, le travail de maturation fut très long...). Il avait rapidement fait savoir à ses partenaires écologistes et libéraux que le Liégeois Jean-Claude Marcourt, soupçonné d'une trop grande proximité avec la galaxie Nethys, ne serait plus ministre wallon. Ses proches et anciens collaborateurs n'ont même pas été sollicités pour la rédaction des chapitres relatifs à l'économie dans l'accord de gouvernement. Dès le départ, l'intention était bien de tourner la page, sans trop de ménagement.

Pourquoi Elio Di Rupo, d'ordinaire si prudent, a-t-il changé de tonalité à l'égard du PS liégeois ? Il faut y voir un mélange de besoin de montrer, notamment à la Flandre, que la Wallonie tente de sortir de l'enlisement dans de mauvaises habitudes ; d'envie d'effacer une tache sur son long C.V. politique ; et de souhait de transmettre une maison propre à son successeur au boulevard de l'Empereur, Paul Magnette. Celui-ci est sur la même longueur d'onde, lui qui a annoncé qu'il serait d'une " intransigeance robespierriste " face aux écarts de conduite dans les rangs socialistes. Le futur président du PS devra toutefois veiller à éviter toute déliquescence de sa fédération liégeoise car il n'est pas tout à fait exclu que des élections fédérales soient convoquées bien plus tôt que prévu.

A plus long terme, le président du PS et le gouvernement wallon devront aussi gérer les suites financières du dossier Nethys : si les conséquences des manquements commis à Liège devaient s'avérer très onéreuses (rupture de contrats, parachutes dorés, etc.), les communes-actionnaires les assumeront-elles seules ou tenteront-elles de renvoyer la facture à l'ensemble des contribuables wallons ? Cela pourrait générer de beaux débats sous-régionalistes, comme le Parlement wallon les aime tant.