Il fallait lire les slogans des différents candidats pour le premier tour de l'élection présidentielle française. Certains en ont maintenu un seul pendant toute la campagne, d'autres ont changé régulièrement. Qu'ils aient changé ou non, il faut se rendre compte que la quasi-totalité de ces slogans sonnaient creux. Dépourvus de toute signification et même, à une ou deux exceptions près, incapables d'exprimer non pas même une idée mais une tendance défendue par le candidat.
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Il fallait lire les slogans des différents candidats pour le premier tour de l'élection présidentielle française. Certains en ont maintenu un seul pendant toute la campagne, d'autres ont changé régulièrement. Qu'ils aient changé ou non, il faut se rendre compte que la quasi-totalité de ces slogans sonnaient creux. Dépourvus de toute signification et même, à une ou deux exceptions près, incapables d'exprimer non pas même une idée mais une tendance défendue par le candidat. C'est très simple. La plupart de ces slogans étaient parfaitement échangeables. Entre le "Ensemble la France" d'Emmanuel Macron et le " Réunir la France" d'Anne Hidalgo, on avait l'impression qu'il n'y avait aucune différence. Nicolas Dupont-Aignan a offert une petite nuance en proclamant "Sauvons la France"... mais on ne peut dire que cela disait grand-chose quant à ses intentions. Marine Le Pen y a ajouté un brin d'humour, sans rien affirmer de plus, en écrivant "la France qu'on M". Et quand Emmanuel Macron a décidé de changer de slogan, il a simplement dit "Nous tous". On a compris qu'évidemment, tous ces candidats avaient envie d'avoir beaucoup de voix et qu'ils s'étaient donc scrupuleusement abstenus d'exprimer quelque idée que ce soit parce que sinon, ils auraient perdu les voix de ceux qui n'étaient pas d'accord. L'idéal était donc de ne rien dire et ils ont parfaitement réussi, presque tous. Il n'y a vraiment que des candidats marginaux qui ont osé dire quelque chose. Ainsi Philippe Poutou a clairement montré son appartenance à l'extrême gauche en proclamant: "Nos vies valent plus que tous les profits". Mais c'est l'exception, parce que même Jean-Luc Mélenchon, qui a rappelé la gauche par "La force du peuple" (mais cela pouvait être dit aussi par un candidat populiste) annonçait par ailleurs "Un autre monde est possible", ce qui n'était pas très différent d'un slogan d'Anne Hidalgo: "Ensemble changeons d'avenir".Ceux qui se sont essayés à l'originalité ne sont pas non plus allés très loin dans les idées. Comme Eric Zemmour qui a affirmé "Impossible n'est pas français" (mais il vient de montrer qu'un Français peut perdre...) tandis que Valérie Pécresse nous disait "La jeunesse c'est Pécresse", ce qui n'a pas dû demander beaucoup de recherches. De même lorsqu'elle avançait "Le courage de faire"... Certes, le slogan n'est pas tout. Il y a aussi des programmes. Mais on sait que personne ne les lit. Il reste alors les photos. Ce qui a amené l'excellent hebdomadaire Marianne à titrer: "Ce n'est pas un concours de beauté". Malheureusement peut-être pour ceux qui se rappellent cette vieille histoire au Venezuela, celle d'Irene Saez, ancienne Miss Venezuela, puis Miss Univers. Devenue maire de la ville Chacao, puis de la province de Nueva España, elle se présenta en 1998 à l'élection à la présidence de la république, échouant à une honorable troisième place. Dommage qu'elle n'ait pu aller plus loin parce qu'à la même époque, a commencé le règne du dictateur Hugo Chávez, le tyran bolivarien (et surtout communiste) qui a ruiné son pays. Après tout, parfois il vaut mieux des slogans creux et des beaux sourires.