Ces jours-ci, les ministres fédéraux présentent au Parlement leur note de politique générale. Ces exercices annuels visent à éclairer, pour chaque département, les options prises dans le budget de l'Etat. En début de législature, le rendez-vous prend une petite tournure "épreuve de sélection" pour ministres (ou secrétaires d'Etat) débutants, à l'image de ce qui existe pour les commissaires européens. Faudrait-il formaliser ces auditions et mieux vérifier les compétences des mandataires avant de confirmer leurs fonctions ?
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Ces jours-ci, les ministres fédéraux présentent au Parlement leur note de politique générale. Ces exercices annuels visent à éclairer, pour chaque département, les options prises dans le budget de l'Etat. En début de législature, le rendez-vous prend une petite tournure "épreuve de sélection" pour ministres (ou secrétaires d'Etat) débutants, à l'image de ce qui existe pour les commissaires européens. Faudrait-il formaliser ces auditions et mieux vérifier les compétences des mandataires avant de confirmer leurs fonctions ?La question est revenue sur la table après la prestation balbutiante du secrétaire d'Etat au Numérique Mathieu Michel, couplée à une interview à nos confères de L'Echo dans laquelle transpirait une maîtrise très approximative du dossier. On peut bien entendu regretter que le MR n'ait pas choisi une personnalité directement opérationnelle pour incarner un défi économique et sociétal aussi urgent que celui du numérique. Ce contre-exemple presque caricatural ne doit toutefois pas nous faire oublier la place et le rôle d'un ministre ou d'un secrétaire d'Etat : il ne représente pas un secteur ou une profession mais le citoyen lambda. Comme le ministre de la Justice n'est pas le ministre des juges et des avocats mais celui de tous les justiciables, de vous et moi quand nous avons un litige à régler, Mathieu Michel n'est pas le secrétaire d'Etat des informaticiens ou des créateurs de start-up mais bien celui de tous les utilisateurs des nouvelles technologies. Rappelons que, sous la législature précédente, une médecin était ministre de la Santé (Maggie De Block) et que l'expérience ne fut pas vraiment flamboyante.On peut parfaitement assurer le job sans y connaître grand-chose au départ, à condition d'être curieux, de s'entourer d'experts, d'être à même de les comprendre. Et surtout à condition d'avoir ce sens politique qui permet de saisir les enjeux, de les traduire en projets et de les faire aboutir. Toutes ces qualités, ce ne sont pas des parlementaires qui en jugent en début de mandat mais les électeurs au terme de la législature. Ne tirons donc pas de conclusions trop hâtives sur la carrure ministérielle de Mathieu Michel et suggérons-lui de prendre exemple sur sa collègue de la Défense Ludivine Dedonder. Elle s'intéressait peut-être encore moins aux questions militaires que lui aux solutions digitales et, à ce stade, cela ne semble pas l'empêcher de prendre discrètement, mais correctement, ses marques dans le département. Ce qui fera la différence, in fine, entre un bon et un moins bon ministre, c'est la capacité à porter des projets -éventuellement initiés par d'autres ou déjà bien balisés dans l'accord de gouvernement- devant le monde politique, devant l'administration et devant l'opinion.S'il y a un expert dans le monde politique actuel, c'est sans doute Frank Vandenbroucke, professeur d'université et auteur de plusieurs ouvrages sur la sécurité sociale. L'homme se plaît d'ailleurs à jouer de sa prestance académique pour imposer ses choix face aux voix discordantes de la coalition Vivaldi. Alors oui, il a fait forte impression lors de sa prise de fonction. Mais il peut aussi se prendre les pieds dans le tapis et de manière beaucoup moins amusante que Mathieu Michel. Ses déclarations sur "l'effet choc" recherché par la fermeture des commerces qui, selon Frank Vandenbroucke, ne représentaient "pas de grand risque", resteront en travers de la gorge de nombreux indépendants. Et elles auront, déjà, lézardé le ciment à peine sec de la coalition.