Georges-Louis Bouchez, président du MR, a brisé le cordon médiatique en acceptant de débattre pendant une demi-heure avec Tom Van Grieken président du Vlaams Belang, sur un plateau de la VRT, en reflet du débat qui oppose en France Emmanuel Macron et Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle française.

Cela suscite un débat très politique et médiatique, mais aussi économique. Avec en toile de fond ce constat : l'extrême droite est devenue fondamentalement antilibérale et proche de l'extrême gauche, sur ces ques

tions-là!"Ne pas nier les problèmes!"

A gauche, on s'étrangle en affirmant que ce débat télévisé un précédent grave et un jour de "tristesse" pour la démocratie (dixit le secrétaire d'Etat PS Thomas Dermine) : il est prouvé, dit-il, que l'extrême droite reste basse là où il existe un cordon médiatique. Quand le verrou saute, comme en France ou en Flandre, elle atteint rapidement les 25-30%.

A droite, on réplique que le PTB n'avait pas hésité à débattre lui aussi avec le Belang voici trois ans. Et des sympathisants constatent : Bouchez passe bien en Flandre, il acquiert une stature de "premier ministrable". Egbert Lachaert, président des libéraux flamands (Open VLD), salur l'attitude de Bouchez : "Dans une démocratie, nous devons pouvoir débattre contre toute opinion. Georges-Louis Bouchez a excellé face à Tom Van Grieken dépourvu d'argument ni de solution valable. On gagne dans une démocratie en affrontant les problèmes, pas en les niant."

"Son projet est de gauche"

Mais le débat a aussi un relent économique. Le MR, à l'image d'Emmanuel Macron en France, entend démontrer que les thèses de l'extrême droite sont financièrement antilibérales sur le plan démocratique, bien sûr, mais aussi de façon plus large.

Georges-Louis Bouchez interpellait ainsi Tom Van Grieken : "Son projet est un projet de gauche, il est contre le libéralisme. C'est son droit. Cela veut dire plus de dépense publique, plus de sécurité sociale. C'est le même programme que le Parti socialiste. C'est le meilleur ami de Paul Magnette. Il veut, par exemple, le retour de la pension à 65 ans. C'est exactement que voulait le PS."

Ahmed Laaouej, president de la federation bruxelloise du PS, s'étrangle : "Rapprocher l'extrême droite et le socialisme démocratique est un scandale politique d'une rare violence. Elle disqualifie son auteur qui, non content de rompre le cordon sanitaire, verse en plus dans l'infamie et l'insulte. Ces propos sont dégoûtants."

Le virage "social-populiste"

Au-delà de ce cri d'orfraie, il y a évidemment du vrai dans ce qu'affirme Georges-Louis Bouchez, le caractère démocratique des partis mentionnés excepté : l'extrême droite, sur le plan économique, est devenue de gauche ou même d'extrême gauche, au fil des années, labourant sur l'électorat socialiste et récoltant des suffrages, en France, dans les anciens bassins industriels et miniers. Marine Le Pen, avant le second tour, se présente en candidate "du quotidien" et multiplie les promesses - impayables et inadaptées - en matière de pouvoir d'achat ou de pension.

Ce tournant, souligne au Monde le chercheur Gilles Ivaldi, spécialiste de l'extrême droite, remonte à la crise de la zone euro en 2012, alors que Marine Le Pen vient de prendre la tête de son parti familial. Face au risque que la crise des dettes souveraines ne fasse exploser l'euro, elle fait volte-face par rapport à la ligne plutôt libérale de son père, Jean-Marie Le Pen. "En face, il y a François Fillon, qui met en place des mesures d'austérité touchant durement les catégories populaires, raconte le chercheur. Marine Le Pen voit que dans les pays d'Europe du Sud, les classes moyennes ont souffert, et que la Grèce a porté la gauche populiste au pouvoir, il y a aussi le mouvement Podemos en Espagne et le bloc de gauche au Portugal..."

"Marine Le Pen n'a jamais été libérale, explique au quotidien Jean-Philippe Tanguy, son directeur de campagne adjoint. Elle a imposé une ligne de justice sociale et de patriotisme économique dès sa prise de présidence du FN. Cela nous vaut aujourd'hui d'être traités de socialo-communistes !". Les politologues parlent aussi de "social-populisme".

Dans la dernière ligne droite de la campagne, avant le vote de ce dimanche 24 avril pour le second tour, le président sortant Emmanuel Macron tente de démonter ce mécanisme, qui séduit des électeurs de Jean-Luc Mélenchon. Et les milieux économiques s'inquiètent du désastre, économique là encore en plus de démocratique, que représenterait l'élection de la candidate du Rassemblement national.

"Le risque d'une victoire de Marine Le Pen apparaît limité, mais si elle devait l'emporter, nous avons calculé que cela pourrait entraîner une dépréciation de 2% de l'euro et une baisse de 5 à 7% de l'indice CAC 40 de la Bourse de Paris", prévient dans L'Echo Alain Durré, chief economist de Goldman Sachs à Paris.

Georges-Louis Bouchez, président du MR, a brisé le cordon médiatique en acceptant de débattre pendant une demi-heure avec Tom Van Grieken président du Vlaams Belang, sur un plateau de la VRT, en reflet du débat qui oppose en France Emmanuel Macron et Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle française. Cela suscite un débat très politique et médiatique, mais aussi économique. Avec en toile de fond ce constat : l'extrême droite est devenue fondamentalement antilibérale et proche de l'extrême gauche, sur ces quesA gauche, on s'étrangle en affirmant que ce débat télévisé un précédent grave et un jour de "tristesse" pour la démocratie (dixit le secrétaire d'Etat PS Thomas Dermine) : il est prouvé, dit-il, que l'extrême droite reste basse là où il existe un cordon médiatique. Quand le verrou saute, comme en France ou en Flandre, elle atteint rapidement les 25-30%. A droite, on réplique que le PTB n'avait pas hésité à débattre lui aussi avec le Belang voici trois ans. Et des sympathisants constatent : Bouchez passe bien en Flandre, il acquiert une stature de "premier ministrable". Egbert Lachaert, président des libéraux flamands (Open VLD), salur l'attitude de Bouchez : "Dans une démocratie, nous devons pouvoir débattre contre toute opinion. Georges-Louis Bouchez a excellé face à Tom Van Grieken dépourvu d'argument ni de solution valable. On gagne dans une démocratie en affrontant les problèmes, pas en les niant."Mais le débat a aussi un relent économique. Le MR, à l'image d'Emmanuel Macron en France, entend démontrer que les thèses de l'extrême droite sont financièrement antilibérales sur le plan démocratique, bien sûr, mais aussi de façon plus large. Georges-Louis Bouchez interpellait ainsi Tom Van Grieken : "Son projet est un projet de gauche, il est contre le libéralisme. C'est son droit. Cela veut dire plus de dépense publique, plus de sécurité sociale. C'est le même programme que le Parti socialiste. C'est le meilleur ami de Paul Magnette. Il veut, par exemple, le retour de la pension à 65 ans. C'est exactement que voulait le PS."Ahmed Laaouej, president de la federation bruxelloise du PS, s'étrangle : "Rapprocher l'extrême droite et le socialisme démocratique est un scandale politique d'une rare violence. Elle disqualifie son auteur qui, non content de rompre le cordon sanitaire, verse en plus dans l'infamie et l'insulte. Ces propos sont dégoûtants."Au-delà de ce cri d'orfraie, il y a évidemment du vrai dans ce qu'affirme Georges-Louis Bouchez, le caractère démocratique des partis mentionnés excepté : l'extrême droite, sur le plan économique, est devenue de gauche ou même d'extrême gauche, au fil des années, labourant sur l'électorat socialiste et récoltant des suffrages, en France, dans les anciens bassins industriels et miniers. Marine Le Pen, avant le second tour, se présente en candidate "du quotidien" et multiplie les promesses - impayables et inadaptées - en matière de pouvoir d'achat ou de pension.Ce tournant, souligne au Monde le chercheur Gilles Ivaldi, spécialiste de l'extrême droite, remonte à la crise de la zone euro en 2012, alors que Marine Le Pen vient de prendre la tête de son parti familial. Face au risque que la crise des dettes souveraines ne fasse exploser l'euro, elle fait volte-face par rapport à la ligne plutôt libérale de son père, Jean-Marie Le Pen. "En face, il y a François Fillon, qui met en place des mesures d'austérité touchant durement les catégories populaires, raconte le chercheur. Marine Le Pen voit que dans les pays d'Europe du Sud, les classes moyennes ont souffert, et que la Grèce a porté la gauche populiste au pouvoir, il y a aussi le mouvement Podemos en Espagne et le bloc de gauche au Portugal...""Marine Le Pen n'a jamais été libérale, explique au quotidien Jean-Philippe Tanguy, son directeur de campagne adjoint. Elle a imposé une ligne de justice sociale et de patriotisme économique dès sa prise de présidence du FN. Cela nous vaut aujourd'hui d'être traités de socialo-communistes !". Les politologues parlent aussi de "social-populisme".Dans la dernière ligne droite de la campagne, avant le vote de ce dimanche 24 avril pour le second tour, le président sortant Emmanuel Macron tente de démonter ce mécanisme, qui séduit des électeurs de Jean-Luc Mélenchon. Et les milieux économiques s'inquiètent du désastre, économique là encore en plus de démocratique, que représenterait l'élection de la candidate du Rassemblement national. "Le risque d'une victoire de Marine Le Pen apparaît limité, mais si elle devait l'emporter, nous avons calculé que cela pourrait entraîner une dépréciation de 2% de l'euro et une baisse de 5 à 7% de l'indice CAC 40 de la Bourse de Paris", prévient dans L'Echo Alain Durré, chief economist de Goldman Sachs à Paris.