Une crise entraîne généralement une épuration du monde entrepreneurial. Les sociétés au produit ou au modèle économique obsolète passent à la trappe tandis que les entreprises innovantes consolident leur activité. Cette turbulence est un indice révélateur du dynamisme économique. Toute situation de crise renforce cette turbulence avec des effets bénéfiques pour l'économie.
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Une crise entraîne généralement une épuration du monde entrepreneurial. Les sociétés au produit ou au modèle économique obsolète passent à la trappe tandis que les entreprises innovantes consolident leur activité. Cette turbulence est un indice révélateur du dynamisme économique. Toute situation de crise renforce cette turbulence avec des effets bénéfiques pour l'économie. Certains secteurs sortent grandis de la crise actuelle. Songez, par exemple, aux formidables progrès réalisés en matière de numérisation. Zoom, Teams et Pexip - le Zoom norvégien qui a fait son entrée en Bourse en pleine pandémie - font désormais partie de notre quotidien. Et les plateformes en ligne font des affaires en or. Mais la crise fait aussi des victimes. C'est le cas notamment de l'horeca, du secteur culturel et du retail classique. Ces entreprises en difficulté du fait de la crise doivent être soutenues. Tous les gouvernements à travers le monde l'ont bien compris. McKinsey estime l'ensemble des aides gouvernementales à 12 milliards de dollars, soit 15% du produit intérieur brut mondial ou 10 fois plus que le plan Marshall d'après-guerre. Des chiffres qui donnent le tournis. Cette réalité a pourtant aussi sa face sombre. De nombreuses entreprises déjà moribondes avant la crise survivent tant bien que mal grâce aux aides de l'Etat. Associées à un moratoire dans la loi sur les faillites, prolongé jusqu'au 31 janvier 2021, ces aides ont donc une conséquence inattendue: le nombre de faillites enregistrées en 2020 est le plus bas du 21e siècle. Au cours des neuf premiers mois de l'année, 6.100 entreprises belges ont en effet déposé leur bilan contre 8.700 durant la même période en 2019. Autrement dit, 30% de moins. Est-ce bien ou est-ce mal? C'est évidemment une bonne chose pour les familles concernées. Toute faillite non frauduleuse est un drame humain. Mais pour l'économie dans son ensemble, la conclusion est nettement plus nuancée. Les entreprises sans perspective d'avenir qui survivent utilisent des fonds et de la main-d'oeuvre. Avec un impact négatif sur la productivité de la région. En d'autres termes, les régions qui mettent leurs zombies sous baxter de l'Etat pour les aider à survivre sont moins productives et récupéreront moins vite après la crise. La Belgique est, avec l'Espagne, le pays de l'OCDE qui compte le plus de ces zombies. Selon les estimations, 10% de nos entreprises feraient partie de cette catégorie, un chiffre qui pourrait doubler après la crise. Que se passera-t-il quand le baxter des subventions sera débranché? Après expiration du moratoire, les tribunaux insuffisamment numérisés seront submergés de dépôts de bilan et de "procédures de protection vis-à-vis des créanciers" avec, comme conséquence, plusieurs années de retard dans le traitement des dossiers. Des entreprises en bonne santé avant la crise pourraient ne pas survivre tandis que les walking deaths échapperont à l'euthanasie pourtant nécessaire, grâce à l'économie informelle notamment. En fait, selon les dernières estimations, 400.000 entreprises belges, saines avant la crise, auront du mal à s'en sortir et 50.000 pourraient déposer leur bilan à la fin du moratoire. La seule solution consiste à dispenserles aides de façon plus sélective et de les allouer uniquement aux entreprises avec des perspectives d'avenir. Les modèles de prédiction de faillite et de résilience permettent de séparer le bon grain de l'ivraie. Il faut les utiliser, sous peine de déroger au fameux principe darwinien selon lequel "seul le plus apte survit".