Une histoire où les " big techs ", à la recherche d'une domination sans partage, auraient secrètement manigancé cette histoire de virus. Un postulat très tentant car ce virus sert idéalement leurs intérêts. Un monde où l'on ne peut plus sortir de chez soi, où l'on est contraint de travailler à distance, où les contacts humains doivent être réduits, voire inexistants, offre les conditions idéales vers une digitalisation intégrale pour tous et toutes. Le laboratoire rêvé pour passer au tout-numérique. L'utopie, proposée depuis plusieurs années, d'un monde où tout serait disponible depuis son canapé peut enfin devenir réalité.
...

Une histoire où les " big techs ", à la recherche d'une domination sans partage, auraient secrètement manigancé cette histoire de virus. Un postulat très tentant car ce virus sert idéalement leurs intérêts. Un monde où l'on ne peut plus sortir de chez soi, où l'on est contraint de travailler à distance, où les contacts humains doivent être réduits, voire inexistants, offre les conditions idéales vers une digitalisation intégrale pour tous et toutes. Le laboratoire rêvé pour passer au tout-numérique. L'utopie, proposée depuis plusieurs années, d'un monde où tout serait disponible depuis son canapé peut enfin devenir réalité. Bien sûr, ce romancier prendrait ses précautions et se garderait bien de nommer les géants en question pour éviter procès ou représailles (il est paranoïaque, comme nous l'avons précisé). Mais le lecteur saurait parfaitement lire entre les lignes lorsqu'il raconterait comment un géant de la vente à distance mettrait à profit l'arrêt du commerce physique, s'attaquant d'abord au petit commerce puis absorbant le grand ; comment le leader des moteurs de recherche deviendrait plus qu'avant la plaque tournante de tout l'écosystème d'information ; comment un groupe de réseaux sociaux avec ses multiples messageries se transformerait en plateforme incontournable entre les êtres pour le travail et pour les loisirs proposant des conf calls en lieu et place des réunions physiques chronophages et, à plus vaste échelle, des regroupements virtuels pour remplacer les concerts, les fêtes ou même les rencontres dans les bars ; comment un géant du streaming gagnerait définitivement la bataille de l' entertainement face aux industries grégaires que sont le cinéma ou la télévision ; comment un ancien opérateur de VTC muterait vers la livraison de repas à domicile créant tout une filière de restaurants virtuels... Bref, il décrirait un monde où un virus serait devenu l'allié objectif du tout-numérique et ouvrirait la voie à des avancées spectaculaires, freinées jusqu'à présent par une série de penchants humains comme l'immobilisme ou la frilosité : l'étendue du télétravail comme mode unique de travail, la généralisation des robots - non sensibles au virus, évidemment - pour la fabrication des marchandises, la prolifération des drones pour leur livraison, le lancement de la voiture autonome qui ne serait plus entravé grâce aux villes désormais vidées de ses piétons et, enfin, l'utilisation à grande échelle des données personnelles pour la sécurité de tous. Une " nouvelle révolution numérique " qu'il décrirait comme dictatoriale et exclusive, contrairement à la première - celle jusqu'en 2020, donc - qui fut libérale et inclusive. Son récit serait inspiré pour son versant complotiste par le Da Vinci Code de Dan Brown, postulant l'existence d'un Opus Numeri (homologue digital de l'Opus Dei), société secrète servant les intérêts des " big techs " dans un bunker de la Silicon Valley. Et pour l'aspect dystopique, il lorgnerait du côté de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, publié en 1953 aux Etats-Unis, qui raconte l'histoire d'un Etat qui détruit tous les livres - métaphore de l'analogique et du rapport charnel entre humains. Cela lui inspirerait d'ailleurs son titre : Covid-451. Pour ne pas désespérer totalement son éventuel lectorat, le romancier proposerait une lueur d'espoir finale laissant ouverte la possibilité d'un sursaut humain. Une nouvelle résistance à l'overdose numérique qui pousserait même les plus acquis à la cause digitale à reconnaître le bien-fondé de certains modes de communication humains.Une fois posé le point final, il enverrait son manuscrit par mail aux maisons d'édition. Une minute plus tard, la réponse tomberait : " Malgré ses qualités littéraires indéniables, nous sommes au regret de vous dire que votre manuscrit ne pourra être publié par nos soins. Soumis à la lecture attentive et scrupuleuse de nos intelligences artificielles, expertes dans la reconnaissance des best-sellers par deep-learning, votre texte n'a pas obtenu un score suffisant. Recevez, cher auteur, nos plus humaines considérations ".