Ce jour-là, des bombes ont explosé et, avec elles, nous ont explosé à la figure les conséquences dramatiques de la désinvolture avec laquelle notre appareil étatique traite les informations policières, les suspicions de terrorisme, le contrôle des personnes libérées sous conditions ou la qualité des télécommunications sécurisées.

Manifestement, cela " dysfonctionne " toujours autant depuis l'affaire Dutroux. Cela " dysfonctionne " un peu partout : les cahiers annuels de la Cour des comptes pointent systématiquement les errements de pans entiers de l'administration. Dans l'indifférence générale. Jusqu'au moment où un comptable véreux (à l'Office wallon des déchets par exemple) ou un terroriste se décide à utiliser ces dysfonctionnements pour échafauder ses propres plans. Koen Geens et Jan Jambon, les ministres de la Justice et de l'Intérieur, n'en sont ni plus ni moins responsables que leurs prédécesseurs. Mais ils ont la malchance d'être là au mauvais moment, comme ces gens qui s'enregistraient à l'aéroport de Zaventem à 7h55 ou passaient par la station Maelbeek à 9h10. Ces deux ministres endossent aujourd'hui la responsabilité politique - si cela signifie encore quelque chose - de ce délabrement des services.

Si les ministres n'endossent pas la responsabilité du délabrement de leurs services, alors personne n'est jamais responsable de rien et cela nourrit le populisme ambiant.

Les mesures d'économie de ces dernières années ont peut-être pesé sur cette évolution, en générant une sorte de découragement au sein des structures concernées et, par-là, une certaine négligence dans l'exploitation et la transmission des informations apparemment bien collectées sur le terrain. On découvre aussi d'étonnantes priorités de l'appareil d'Etat : le respect des conditions de libération d'un détenu potentiellement dangereux est surveillé de manière bien moins rigoureuse que les normes sanitaires d'une fromagerie artisanale, les prestations occasionnelles d'un artiste ou les retards de paiement de cotisations sociales d'un travailleur indépendant.

Au-delà de ces considérations générales, Jan Jambon et Koen Geens n'ont a priori commis aucune faute spécifique. Comme Johan Vande Lanotte et Stefaan De Clerck n'en avaient commis aucune lors de l'évasion de Marc Dutroux ou Louis Tobback lors de la mort de Semira Adamou. Les ministres avaient alors démissionné pour assumer la responsabilité des erreurs, individuelles ou collectives, dans leurs départements. Cela n'a rien à voir avec une éventuelle responsabilité judiciaire et ces démissions n'ont d'ailleurs pas entaché la suite de la carrière politique des trois ministres cités. Sans de tels gestes, personne n'est jamais vraiment responsable de rien et cela nourrit grassement le populisme ambiant. Paradoxalement, la démission est plus difficile pour un ministre accusé d'erreurs personnelles : le départ est alors interprété comme un aveu, dont l'intéressé sort rarement indemne.

Dans le cas présent, les ministres de la Justice et de l'Intérieur ont envisagé la démission mais le Premier ministre a préféré miser sur la stabilité des équipes en cette période très douloureuse. Cela se défend. Mais ce qui se défend beaucoup moins, c'est l'exploitation politique de cette séquence par la N-VA. Alors que Charles Michel tente vaille que vaille de forger un sentiment d'urgence et d'unité nationale, le président du principal parti de la coalition gouvernementale, Bart De Wever, multiplie les sorties dénonçant l'héritage du passé laxiste du PS et du cdH. Toujours polariser, toujours cliver. Mais, bien entendu, en acceptant le maintien en fonction de son vice-Premier ministre au nom d'un sentiment d'urgence et d'unité nationale...

Si les ministres n'endossent pas la responsabilité du délabrement de leurs services, alors personne n'est jamais responsable de rien et cela nourrit le populisme ambiant.

Ce jour-là, des bombes ont explosé et, avec elles, nous ont explosé à la figure les conséquences dramatiques de la désinvolture avec laquelle notre appareil étatique traite les informations policières, les suspicions de terrorisme, le contrôle des personnes libérées sous conditions ou la qualité des télécommunications sécurisées. Manifestement, cela " dysfonctionne " toujours autant depuis l'affaire Dutroux. Cela " dysfonctionne " un peu partout : les cahiers annuels de la Cour des comptes pointent systématiquement les errements de pans entiers de l'administration. Dans l'indifférence générale. Jusqu'au moment où un comptable véreux (à l'Office wallon des déchets par exemple) ou un terroriste se décide à utiliser ces dysfonctionnements pour échafauder ses propres plans. Koen Geens et Jan Jambon, les ministres de la Justice et de l'Intérieur, n'en sont ni plus ni moins responsables que leurs prédécesseurs. Mais ils ont la malchance d'être là au mauvais moment, comme ces gens qui s'enregistraient à l'aéroport de Zaventem à 7h55 ou passaient par la station Maelbeek à 9h10. Ces deux ministres endossent aujourd'hui la responsabilité politique - si cela signifie encore quelque chose - de ce délabrement des services. Les mesures d'économie de ces dernières années ont peut-être pesé sur cette évolution, en générant une sorte de découragement au sein des structures concernées et, par-là, une certaine négligence dans l'exploitation et la transmission des informations apparemment bien collectées sur le terrain. On découvre aussi d'étonnantes priorités de l'appareil d'Etat : le respect des conditions de libération d'un détenu potentiellement dangereux est surveillé de manière bien moins rigoureuse que les normes sanitaires d'une fromagerie artisanale, les prestations occasionnelles d'un artiste ou les retards de paiement de cotisations sociales d'un travailleur indépendant. Au-delà de ces considérations générales, Jan Jambon et Koen Geens n'ont a priori commis aucune faute spécifique. Comme Johan Vande Lanotte et Stefaan De Clerck n'en avaient commis aucune lors de l'évasion de Marc Dutroux ou Louis Tobback lors de la mort de Semira Adamou. Les ministres avaient alors démissionné pour assumer la responsabilité des erreurs, individuelles ou collectives, dans leurs départements. Cela n'a rien à voir avec une éventuelle responsabilité judiciaire et ces démissions n'ont d'ailleurs pas entaché la suite de la carrière politique des trois ministres cités. Sans de tels gestes, personne n'est jamais vraiment responsable de rien et cela nourrit grassement le populisme ambiant. Paradoxalement, la démission est plus difficile pour un ministre accusé d'erreurs personnelles : le départ est alors interprété comme un aveu, dont l'intéressé sort rarement indemne. Dans le cas présent, les ministres de la Justice et de l'Intérieur ont envisagé la démission mais le Premier ministre a préféré miser sur la stabilité des équipes en cette période très douloureuse. Cela se défend. Mais ce qui se défend beaucoup moins, c'est l'exploitation politique de cette séquence par la N-VA. Alors que Charles Michel tente vaille que vaille de forger un sentiment d'urgence et d'unité nationale, le président du principal parti de la coalition gouvernementale, Bart De Wever, multiplie les sorties dénonçant l'héritage du passé laxiste du PS et du cdH. Toujours polariser, toujours cliver. Mais, bien entendu, en acceptant le maintien en fonction de son vice-Premier ministre au nom d'un sentiment d'urgence et d'unité nationale... Si les ministres n'endossent pas la responsabilité du délabrement de leurs services, alors personne n'est jamais responsable de rien et cela nourrit le populisme ambiant.