On la croyait disparue à tout jamais. Et pourtant, l'inflation est au coeur de nombreuses interrogations en ce moment, notamment sur le marché obligataire américain. Pourtant, l'activité étant encore loin en dessous de son niveau d'avant-crise, le terrain n'est pas propice aux développements inflationnistes. Mais c'est compter sans les projets du président Biden, qui veut doper la relance par un plan très ambitieux. Au-delà des 900 milliards de dollars d'impulsion budgétaire déjà décidés en début d'année, le plan Biden prévoit en effet un plan de 1.900 milliards supplémentaires, auxquels il faut encore ajouter des projets d'investissements. En prenant l'hypothèse que tous les projets soient votés, l...

On la croyait disparue à tout jamais. Et pourtant, l'inflation est au coeur de nombreuses interrogations en ce moment, notamment sur le marché obligataire américain. Pourtant, l'activité étant encore loin en dessous de son niveau d'avant-crise, le terrain n'est pas propice aux développements inflationnistes. Mais c'est compter sans les projets du président Biden, qui veut doper la relance par un plan très ambitieux. Au-delà des 900 milliards de dollars d'impulsion budgétaire déjà décidés en début d'année, le plan Biden prévoit en effet un plan de 1.900 milliards supplémentaires, auxquels il faut encore ajouter des projets d'investissements. En prenant l'hypothèse que tous les projets soient votés, l'impulsion qui serait donnée à l'économie américaine dépasserait de loin l'output gap provoqué par la crise du Covid, c'est-à-dire l'écart entre l'activité économique effective et sa tendance (celle que l'économie aurait suivie s'il n'y avait pas eu de choc). Ainsi, sans bien entendu contester la nécessité d'établir un plan de relance, certains économistes tels que Larry Summers ou Olivier Blanchart mettent en garde sur la capacité de l'économie à absorber une telle impulsion. Or, si ce n'est pas le cas, si la demande générée par cette impulsion ne peut être rencontrée par l'offre globale dans l'économie (qui dépend des capacités de production, de la main-d'oeuvre, des technologies disponibles, etc.), cela se traduira davantage par une hausse des prix que par une hausse de l'activité. A côté de cela, la zone euro fait un peu pâle figure. Bien sûr, une impulsion est également prévue, sous la forme du Fonds de relance européen, mais également par l'intermédiaire des plans nationaux. Ceci étant, les montants en jeu restent finalement assez modestes au regard de ce qui devrait se faire aux Etats-Unis. Pour preuve, dans ses dernières prévisions économiques, la Commission ne table "que" sur une croissance de 3,8% en 2021 et 2022, après une contraction de 6,8% en 2020. Et au niveau de l'inflation, il n'y a vraiment rien à attendre. Mis à part les quelques pressions techniques sur l'inflation dans les prochains mois, liées au prix du pétrole et du fret ou à la hausse de TVA en Allemagne, cela devrait rester le calme plat. En tout cas, on est très loin de l'idée que l'impulsion budgétaire européenne serait à ce point importante qu'elle réveillerait cette inflation. Si d'un côté l'Asie poursuit sa trajectoire de croissance grâce à sa maîtrise de la pandémie et si, de l'autre, les Etats-Unis dopent leur relance par une impulsion gigantesque, la zone euro pourrait très vite se retrouver à la traîne. C'est d'autant plus dommage que les opportunités d'investissements et de développement de technologies durables sont immenses. Après avoir loupé la course technologique en matière de communication, de digitalisation et d'e-commerce, la zone euro ne peut pas se permettre de louper celle du développement durable. Or, le retour des Etats-Unis, après quatre ans de pause sous Donald Trump, augmente fameusement la concurrence. Bref, à être trop prudente, timorée ou pire, désorganisée, la zone euro risque de terminer en queue de peloton de la relance, alors qu'elle a déjà été la plus durement touchée économiquement durant la crise elle-même et que la vaccination est trop lente au regard de celle des autres pays développés.