1. "La Wallonie est fermement engagée sur la voie du redressement", a déclaré le ministre-président Elio Di Rupo. Partagez-vous cette analyse ?
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1. "La Wallonie est fermement engagée sur la voie du redressement", a déclaré le ministre-président Elio Di Rupo. Partagez-vous cette analyse ? Non, pas du tout. On ne voit aucune tendance claire en matière d'emploi, de PIB, de formation, d'activité, de compétitivité qui permette de parler de redressement, ni même de dire que nous aurions entamé quelque chose. La situation est à peu près la même qu'il y a 20 ans. Et sur les dernières années, aucun indicateur ne marque une rupture par rapport au passé. 2. Ne tenez-vous pas là le langage défaitiste, fustigé par le ministre-président ? Je ne suis pas défaitiste, je suis réaliste. Comment pourrait-on ne pas être sévère dans la situation actuelle ? Ce n'est pas Elio Di Rupo qui est au chômage ou au bord du seuil de pauvreté. Dans leur vie quotidienne, les gens se rendent très bien compte que les choses ne s'améliorent pas. Et ils ne voient pas d'élan mobilisateur, de dynamique qui les emporterait vers un mieux et leur donnerait envie de se bouger. Non, les choses vont mal et on ne sait pas quoi faire. Il y a dans la population une certaine résignation et c'est inquiétant. 3. Si vous deviez, malgré tout, pointer une source d'espoir pour la Wallonie, que serait-ce ? Les atouts sont là : la Wallonie possède une vraie capacité industrielle, elle a des entreprises qui commencent à atteindre une belle croissance et d'autres qui pourraient suivre si elles trouvaient une main-d'oeuvre bien formée en suffisance. Le potentiel existe mais il ne se concrétise pas, ou pas assez. C'est cela qui est rageant. Ce qui bloque, ce sont les structures : la Wallonie politique et institutionnelle freine la Wallonie économique. Il y a des jeunes à la peine dans le parcours scolaire classique qui aimeraient se former en alternance, il y a des entreprises qui sont prêtes à les accueillir mais les structures d'enseignement et de formation sont si rigides que la mécanique ne s'enclenche pas. C'est injuste de dénoncer la mentalité de la population. Les Wallons ne sont pas aidés par leurs dirigeants, par leurs administrations, par leur enseignement, par leurs organismes publics. Si nous pouvions nous inspirer du fonctionnement des pays nordiques, je suis certain que la Wallonie aurait un tout autre visage dans cinq ans parce que les gens embrayeraient. Mais il faut la volonté et le courage politique de changer les habitudes.