Le président du parti socialiste voudrait qu'à l'instar de ce qui est en application au grand-duché de Luxembourg, les transports en commun tels les trains, les trams, les bus ou encore les métros, soient gratuits. Gratuits pour tout le monde, sans devoir justifier que l'on voyage pour le travail ou que l'on a moins ou plus de tel ou tel âge.
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Le président du parti socialiste voudrait qu'à l'instar de ce qui est en application au grand-duché de Luxembourg, les transports en commun tels les trains, les trams, les bus ou encore les métros, soient gratuits. Gratuits pour tout le monde, sans devoir justifier que l'on voyage pour le travail ou que l'on a moins ou plus de tel ou tel âge. Le mot "gratuit" attire évidemment de la sympathie: tout le monde est content de bénéficier d'un service qu'on lui présente comme "gratuit". Mais il n'existe pas de service public ou privé qui soit réellement "gratuit". Ce mot signifie simplement que rien ne sera demandé à l'utilisateur en contrepartie du service qui lui est "offert". Mais les chemins de fer, ou les trams et les bus, ne vont pas subitement devenir des services qui ne coûtent à personne. Un service public présenté comme gratuit est en réalité un service qui est payé par les contribuables, de l'Etat, de la Région ou de la commune au lieu de l'être par les personnes qui en bénéficient. C'est ce coût - élevé - qui a amené la ville d'Hasselt à mettre fin en 2013 à la gratuité des trams et bus. La présentation correcte du projet de M. Magnette est donc qu'il veut que dorénavant les trains, les trams et les bus soient à la disposition de leurs utilisateurs sans payer quoi que ce soit et qu'ils soient financés par les contribuables, qu'ils utilisent ou non ces services. L'auteur de la proposition est un brillant professeur qui sait très bien ce que celle-ci implique: on ne peut réaliser cette transformation que moyennant une "redistribution". Certains vont bénéficier de services qui seront financés par les impôts payés par tout le monde. Au total, il y aura donc des vainqueurs (ceux qui voyagent beaucoup en transports en commun) et des perdants (ceux qui voyagent autrement, ou peu, ou pas du tout, et ceux qui sont lourdement imposés). A la différence d'autres formes de redistribution dont on comprend la logique au moins politique, telles celles des riches vers les pauvres, celle-ci est pour le moins étrange. Contrairement aux réductions de tarifs qui existent déjà, par exemple pour les navetteurs ou pour les jeunes, ou encore pour les aînés, et qui s'explique par une présomption - pas toujours fondée, d'ailleurs - d'un besoin social, la redistribution proposée ici profite simplement à une catégorie qui n'existe même pas socialement et qui est purement statistique: les utilisateurs des transports en commun. Y compris ceux, riches ou pauvres, qui les utilisent dans un but purement touristique ou sans autre motif que leur simple volonté. Celle-ci, qui implique le droit d'aller et de venir librement, est parfaitement honorable. Mais doit-elle être financée par tout le monde, y compris, par exemple, par les personnes âgées qui ne voyagent plus jamais parce qu'elles n'en ont plus physiquement la possibilité? Ou par ceux qui, habitant une grande ville et voyageant peu, ne prennent jamais le train mais vont quand même financer son utilisation par d'autres, peut-être mieux nantis? Les spécialistes du marketing savent aussi que rendre un produit gratuit, c'est se préparer à ce qu'il soit dénigré par ses utilisateurs, comme si ce qui est présenté comme gratuit était sans valeur. Et par conséquent, ceux qui ne seront pas obligés, notamment pour des raisons financières, d'utiliser les trains ou les trams, y recourront encore moins parce qu'ils y verront "le transport du pauvre". Et peut-être cela deviendra-t-il exact parce qu'en ne demandant aucune participation de l'utilisateur aux frais du service, on ne l'incite pas à respecter celui-ci. Et aussi parce que la société de chemins de fer ne sera pas incitée à faire grand-chose pour ses "clients" qui, ne payant plus, deviendront de simples "usagers" que l'on ne respecte pas davantage.