Gilles Vanden Burre, chef de groupe Ecolo à la Chambre, travaille depuis quelques semaines sur le dossier concernant la mobilité interrégionale des travailleurs. Il en tire plusieurs leçons et recommandations, pour Trends Tendances. "Cela fait partie des sujets que l'on pourrait traiter davantage et je compte bien le faire", souligne-t-il après avoir réalisé une visite de terrain, en fin de semaine dernière, organisée par le Voka de Flandre occidentale, en présence de tous les acteurs concernés, dont le Forem, Actiris, le VDAB et des entreprises.
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Gilles Vanden Burre, chef de groupe Ecolo à la Chambre, travaille depuis quelques semaines sur le dossier concernant la mobilité interrégionale des travailleurs. Il en tire plusieurs leçons et recommandations, pour Trends Tendances. "Cela fait partie des sujets que l'on pourrait traiter davantage et je compte bien le faire", souligne-t-il après avoir réalisé une visite de terrain, en fin de semaine dernière, organisée par le Voka de Flandre occidentale, en présence de tous les acteurs concernés, dont le Forem, Actiris, le VDAB et des entreprises.Des initiatives ont été prises pour développer la mobilité interrégionale des travailleurs. Cela reste insuffisant?Le point de départ de ma démarche, ce sont plusieurs discours entendus à la fin de l'année dernière, ainsi qu'une étude d'Eric Dor, professeur de l'IESEG, calculant l'évolution de la mobilité interrégionale en Belgique. Celle-ci montrait que 3,11% des travailleurs résidant en Wallonie travaillent en Flandre et que ce chiffre n'a guère bougé en plus de dix ans. Le nombre de Flamands travaillant en Wallonie est encore plus bas: on tourne autour de 1%. C'est évidemment un peu plus avec Bruxelles.Ce constat vous a interpellé?Ce problème n'est pas neuf, évidemment, cela fait longtemps que j'entends dire que la mobilité interrégionale est très faible en Belgique par rapport aux autres pays européens. Cela m'a travaillé d'autant plus qu'au parlement, on assiste en permanence aux envolées lyriques des nationalistes flamands qui pointent du doigt les Wallons en les comparant à des boulets, qui insistent sur le fait que la Flandre est à nouveau repartie sur une dynamique d'emploi très forte - c'est très bien d'ailleurs, c'est une opportunité... En Flandre occidentale, ajoutent-ils, il y a même davantage de Français que de Wallons qui viennent travailler. Sous-entendu: les Français du nord se bougent plus que les Wallons.C'est une réalité?Le nombre de Français venant travailler en Flandre est effectivement très important. J'ai les chiffres du Voka: il y a 13500 Français du Nord qui y viennent chaque jour depuis Roubaix, Lille et Tourcoing contre 6800 Wallons, essentiellement du Hainaut. Il faut évidemment tenir compte du fait que la population des Hauts de France est beaucoup plus importante que celle du Hainaut, mais cela reste interpellant.Je voulais creuser cela surtout pour apporter des solutions, parce qu'il y a, à mon avis, un facteur culturel à cet écart, lié au contexte belge et au discours nationaliste. Je le dis régulièrement à la N-VA: 'Vous pointez du doigt les Wallons, c'est votre stratégie, mais n'est-il pas possibile de travailler ensemble, de se tirer mutuellement vers le haut?'. Notre discours, à Ecolo-Groen, consiste, au contraire, à plaider pour une meilleure collaboration.Au niveau économique et du marché du travail, il y a pour l'instant une opportunité incroyable parce qu'il y a énormément de pénuries et les employeurs flamands ne demandent pas mieux que de recruter. Il y a 70000 emplois vacants en Flandre qui ne trouvent pas de personnel, il n'y a pas une entreprise aujourd'hui qui n'a pas de difficulté à cet égard. Et pas uniquement dans le secteur de la construction ou dans la logistique: je l'ai vu en visitant cette année le port d'Anvers ou AB Inbev à Louvain. Le discours des employeurs est focalisé quasiment à 100% sur cette question des pénuries. En Flandre, nous sommes désormais à 3,5% de chômage, c'est-à-dire le chômage frictionnel. A Bruxelles, nous sommes à 12% et en Wallonie à 8,9%. Ce sont de meilleurs chiffres qu'il y a un an, mais la situation flamande est exceptionnelle. Profitons de cette situation pour encourager ceux et celles qui le souhaitent - sans obligation - d'aller travailler en Flandre. Voilà notre message politique.Il y a eu des accords entre le Forem, Actiris et le VDAB pour échanger les offres d'emploi. Une première étape?Clairement, des choses se font. J'ai eu des réunions avec ces trois organismes de l'emploi et ils me l'ont bien expliqué. Il y a effectivement ces échanges d'offres d'emploi. Il y a eu aussi un accord-cadre entre Actiris et le VDAB développant un lien fort avec le Brabant flamand, pour Brussels Airport ou des sites importants comme Colruyt à Halle. Grâce à cet accord, des demandeurs d'emploi francophones peuvent être accompagnés par le VDAB, mais en néerlandais. C'est très positif. Un tel accord entre le Forem et le VDAB n'existe pas: on pourrait améliorer cela. Un Wallon peut évidemment s'inscrire au VDAB, mais rien n'est fait de façon structurelle pour l'accueillir et accompagner. On pourrait même imaginer que cela se fasse partiellement en français, parce que le fait de ne pas bien parler le néerlandais n'est plus une barrière pour avoir un boulot en Flandre. Et ça aussi, c'est un message important.Est-ce vraiment le cas?Il y a plein de Français qui viennent travailler en Flandre, qui ne parlent pas le néerlandais. Et on sent que du côté des employeurs flamands, il y a beaucoup moins cettes ensibilité sur la langue que l'on a pu connaître à une autre époque. Parce qu'il y a une réalité sur le marché de l'emploi. Certaines entreprises que j'ai visitées font des formations en français, par exemple, pour leurs travailleurs francophones.Le deuxième point où il y a moyen d'améliorer les choses, c'est la mobilité. C'est vraiment très compliqué, en tout cas si on n'a pas de voiture, de se rendre dans les zonings industriels en Flandre occidentale. Je ne dis pas qu'il faut mettre une gare dans chaque zoning, mais pourquoi ne pas faire des groupements d'employeurs pour organiser ensemble des navettes depuis la gare. C'est ce que fait, par exemple, KBC à Bruxelles, ou Colruyt à Halle. Cela ne me paraît pas un effort insurmontable.Y'a-t-il un problème de formation, d'adéquation entre l'offre et la demande?Si, mais les employeurs flamands sont prêts à former les travailleurs, singulièrement dans ce contexte de demande très forte: c'est pour cela qu'il y a une opportunité aujourd'hui. Que ce soit la langue ou la formation, ce ne sont plus des obstacles. La mobilité est un vrai problème.Mais je pense aussi qu'il y a un problème culturel: le discours de la N-VA, les francophones le lisent dans la presse, les Français pas. Evidemment que cela un impact: en tant que francophones, on ne se sont pas bievenus. J'ai dit au Voka qu'ils devaient y travailler, montrer que c'est positif, que les gens sont bien accueillis - ce dont je ne doute pas un instant. Notre rôle, c'est de donner un parole politique plus ouverte - et on ne l'attend évidemment pas de la N-VA.