Le train, c'est un peu son deuxième bureau. Normal, direz-vous, pour un ministre fédéral de la Mobilité dont le plus gros dossier est la SNCB. Georges Gilkinet n'a cependant pas attendu de rejoindre un gouvernement pour prendre le train. Ce Namurois de 50 ans a en effet passé l'essentiel de sa carrière professionnelle à Bruxelles et il a toujours privilégié le rail pour ses navettes. "Je ne joue pas aux cartes pendant mes trajets, j'ai plutôt un comportement d'ours dans le train, confie-t-il. Je m'assieds, je me connecte, je lis mes mails, ma revue de presse, etc. Parfois, j'ai même une petite réunion dans le train avec l'un ou l'autre collaborateur."
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Le train, c'est un peu son deuxième bureau. Normal, direz-vous, pour un ministre fédéral de la Mobilité dont le plus gros dossier est la SNCB. Georges Gilkinet n'a cependant pas attendu de rejoindre un gouvernement pour prendre le train. Ce Namurois de 50 ans a en effet passé l'essentiel de sa carrière professionnelle à Bruxelles et il a toujours privilégié le rail pour ses navettes. "Je ne joue pas aux cartes pendant mes trajets, j'ai plutôt un comportement d'ours dans le train, confie-t-il. Je m'assieds, je me connecte, je lis mes mails, ma revue de presse, etc. Parfois, j'ai même une petite réunion dans le train avec l'un ou l'autre collaborateur." C'était parfaitement jouable comme député, ça l'est peut-être un peu moins comme ministre en charge de la SNCB. De plus en plus régulièrement, des accompagnateurs de train reconnaissent "leur" ministre et en profitent pour faire passer un message. "Ils s'asseyent cinq minutes et m'expliquent un problème, c'est toujours un plaisir de les entendre, dit-il. Mais bon, je suis plutôt train-bureau que train-papote ou train-dodo." La politique, ce n'était vraiment pas un plan de carrière chez Gilkinet. Il avait opté pour des études de journalisme (à l'Ihecs, où il a notamment appris à connaître Olivier Mouton et Philippe Laloux, respectivement rédacteurs en chef adjoint du Vif et du Soir) en rêvant de commenter un jour le Tour de France. "Sur ce plan, c'est un peu loupé, sourit-il. Cela dit, tout espoir n'est pas perdu: Daniel Cohn-Bendit a commenté des matches de foot après avoir été eurodéputé écologiste!" S'il n'a pas (encore) commenté la Grande Boucle, Georges Gilkinet a toutefois déjà largement pratiqué le journalisme sportif en officiant pendant une quinzaine d'années sur Canal C, la télé locale namuroise, pour des reportages sur le foot, le basket, etc. "Tous les week-ends au bord d'un terrain, c'est l'une des meilleures manières de connaître son terroir, dit-il. Toutes ces rencontres furent un bel apprentissage de la vie." Georges Gilkinet officiait en tant que pigiste, à côté de son "vrai" boulot à Jeunesse et Santé, une structure d'animation de plaines de jeux dépendant des mutualités chrétiennes. Un choix logique pour celui qui avait adoré les louveteaux, comme participant, puis comme animateur et même formateur. "Les mouvements de jeunesse furent vraiment un élément fondateur de mon parcours, dit-il. Ce sont des lieux de formation à la citoyenneté, très complémentaires à la vie scolaire." De Jeunesse et Santé, il a été élu secrétaire général de Conseil de la jeunesse catholique, la coupole qui coordonnait une vingtaine d'organisations de jeunesse du pilier chrétien. Il y a notamment côtoyé la future ministre cdH Alda Greoli, Thierry Jacques, président du MOC avant de rejoindre la CSC ou Valérie Notelaers, la patronne des mutualités chrétiennes en province de Liège. "Mon travail était à la fois administratif, logistique et, déjà, politique, précise Georges Gilkinet. Je devais frapper à la porte des cabinets ministériels pour obtenir des tentes pour les camps ou pour promouvoir le droit de vote à 16 ans. Je reste convaincu de cette idée, il faut faire confiance à la jeunesse." Georges Gilkinet représente aussi le pilier chrétien au Conseil de la jeunesse, une fameuse pépinière politique puisqu'il y a croisé Jean- Michel Javaux, Willy Borsus, Christophe Soil (chef de cabinet du vice-Premier ministre PS Pierre- Yves Dermagne) ou Philippe Henry, à l'époque président de la FEF. Le ministre de l'Enfance, celui à la porte duquel le secrétaire général du Conseil de la jeunesse catholique frappait le plus souvent, était alors un certain Jean-Marc Nollet. "Il m'a appelé un jour avec la proposition suivante: 'plutôt que de me dire ce que je dois faire, n'as-tu pas envie de m'aider à le faire?', se souvient Georges Gilkinet. Quand on approche des 30 ans, on n'a plus grand-chose à faire dans les organisations de jeunesse, c'était le moment de franchir le pas. J'ai passé trois années passionnantes dans ce cabinet." Il y a notamment piloté le démarrage de l'opération Ouvrir mon quotidien et la mise en place du décret sur les écoles de devoirs, deux initiatives qui perdurent toujours aujourd'hui. "Je suis toujours en contact avec des acteurs des écoles de devoirs, précise le ministre. C'était vraiment gai, tout ce travail, en partant d'une page blanche pour essayer d'identifier les besoins et les manières d'y répondre. Ce sont des politiques qui restent et qui font la différence pour ces enfants, pour ces jeunes qui en ont besoin." Sa première expérience politique se solde toutefois par une cruelle désillusion: les écologistes sont laminés lors des scrutins de 2003 et 2004. Georges Gilkinet devient l'assistant parlementaire de Jean-Marc Nollet et, parallèlement, il travaille à la préparation des élections communales en province de Namur. Il sortira de l'ombre aux législatives de 2007 où, en duo avec Emily Hoyos, il mènera une campagne de "challenger" qui lui ouvrira la porte de la Chambre des représentants. Il y découvrira les matières financières, se plongeant avec obstination dans les commissions Finances et Budget (qu'il présidera de 2010 à 2014), Dexia ou Lutte contre la fraude fiscale. "Il est important que des écologistes développent une expertise dans ces domaines, explique-t-il. Si on ne maîtrise pas les finances, on ne maîtrise rien car on n'a pas les moyens de ses actions." Il se forge cette expertise auprès de personnes comme les professeurs Marc Bourgeois (ULiège) ou Eric De Keuleneer (Solvay Business School) et devient un infatigable poseur de questions aux ministres et dirigeants des institutions financières. "Interroger les ministres, activer mes réseaux, bosser mes dossiers... J'ai agi un peu comme le journaliste d'investigation que j'aurais aimé devenir quand j'étais à l'Ihecs, concède-t-il. Je ne vais pas au Parlement pour écouter des exposés mais pour comprendre et essayer de faire bouger les lignes. J'adore toujours faire cela. Comme vice-Premier, je rencontre et j'interroge les dirigeants de Belfius pour réfléchir au rôle d'une banque à capitaux publics. C'est pour cela que nous sommes élus: pour contribuer à améliorer le système." Cette façon de faire irrite parfois mais elle lui vaut aussi d'étonnants rapprochements avec des personnalités comme Jean-Marie Dedecker ("certes très à droite sur l'échiquier mais il connaît très bien ses dossiers") ou Vincent Van Quickenborne (devenu, lui aussi, vice-Premier). Ministre de la Mobilité depuis le 1er octobre, Georges Gilkinet n'a pas changé d'optique: il veut faire bouger les choses. Et quand c'est un mastodonte comme la SNCB qui devrait, selon lui, changer de direction, cela provoque quelques étincelles. "J'essaie de travailler dans le respect et de fédérer les énergies, comme je l'ai toujours fait, comme coordinateur d'organisations de jeunesse ou au cabinet de Jean-Marc (Nollet), conclut-il. Nous avons eu un épisode plus difficile. Ce n'est pas anormal quand on veut impulser du changement. Mais cela n'empêche pas de travailler ensemble en adultes."