Or, c'est précisément ce qui risque de se passer. Les premières données disponibles confirment ce que l'on craignait : le choc économique que représentent la crise du coronavirus et les mesures qui ont dû être prises pour en limiter la propagation est terrible. Ceci étant, si on avait l'assurance que l'on pourrait revivre normalement dès la semaine prochaine, grâce à la disponibilité d'un vaccin, l'ampleur du choc vécu durant les dernières semaines pourrait être digéré grâce à l'inertie du réacteur (nos réserves, la protection sociale, etc.). Au-delà de certaines entreprises déjà en difficulté, on retrouverait très vite une activité économique proche de celle que l'on connaissait juste avant la crise. Le réacteur aurait eu un gros raté, tout au plus.
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Or, c'est précisément ce qui risque de se passer. Les premières données disponibles confirment ce que l'on craignait : le choc économique que représentent la crise du coronavirus et les mesures qui ont dû être prises pour en limiter la propagation est terrible. Ceci étant, si on avait l'assurance que l'on pourrait revivre normalement dès la semaine prochaine, grâce à la disponibilité d'un vaccin, l'ampleur du choc vécu durant les dernières semaines pourrait être digéré grâce à l'inertie du réacteur (nos réserves, la protection sociale, etc.). Au-delà de certaines entreprises déjà en difficulté, on retrouverait très vite une activité économique proche de celle que l'on connaissait juste avant la crise. Le réacteur aurait eu un gros raté, tout au plus. Mais cette pandémie est plus vicieuse. Elle nous impose un retour très progressif à nos activités, en excluant toujours certaines d'entre elles. Et celles qui peuvent reprendre devront le faire dans de nouvelles conditions. Ménages et entreprises doivent se réorganiser, et cela empêchera pour longtemps un retour à un niveau normal d'activité économique. La situation est encore aggravée par le fait qu'on ne sait pas combien de temps la crise durera. Y aura-t-il une nouvelle vague ? Y aura-t-il un médicament, ou un vaccin ? Personne ne le sait et cela noircit nos perspectives. En situation d'incertitude, les ménages risquent dès lors de réduire drastiquement leur consommation, non seulement en raison de la perte de revenu entraînée par le confinement (qui concernerait un tiers des ménages selon la dernière enquête de la Banque nationale) mais aussi par crainte de l'avenir. De même, deux tiers des entreprises comptent postposer leurs plans d'investissements, probablement tant en raison du manque à gagner subi durant le confinement que de l'incertitude quant à l'activité des prochains mois. Or, consommation des ménages et investissement des entreprises sont des pièces essentielles de l'activité économique. En d'autres mots, le risque est bien réel de voir le réacteur s'éteindre, car le choc est immense et les conséquences multiples. L'enjeu est donc énorme et je ne pense pas que la majorité des citoyens en a suffisamment conscience. Mais n'oublions jamais que le réacteur, ce n'est que nous tous. Son extinction dépend donc de notre comportement. Nous pouvons tous jouer un rôle dans son maintien : à moins que vos revenus aient été trop durement affectés, maintenez les projets que vous aviez avant la crise. Et si vos projets ne peuvent être réalisés en raison des restrictions ou si la crise vous donne envie de changer le monde, hé bien ! consommez autrement, mais consommez malgré tout. C'est bon pour les producteurs auxquels vous achetez des biens et services, et cela aidera les finances publiques. Si vous êtes entrepreneur, maintenez tant que faire se peut vos projets ou réaffectez les budgets à des investissements plus adaptés à la nouvelle situation. Mais continuez à avoir des projets ! Certes, les restructurations et les licenciements font partie de la vie économique, mais n'en oubliez pas l'externalité qu'implique une restructuration pour l'économie. Les pertes d'emplois sont aussi des revenus en moins, qui éteignent un peu plus le réacteur. Dans une crise " normale ", on peut bien sûr se dire que ce n'est pas une restructuration qui va changer la donne. Mais quand l'économie subit un choc tel que l'actuel, chaque décision compte. C'est aussi pour cela que cette crise nécessite une cohésion forte entre les partenaires sociaux et entre les partis politiques. Les querelles qui se multiplient à ce dernier niveau, dans un contexte préélectoral, sont simplement surréalistes compte tenu de l'enjeu actuel, car seuls les extrémistes ont intérêt à voir le réacteur s'éteindre. C'est probablement devenu, à ce stade, le risque le plus important pesant sur la reprise. Ne l'oubliez pas : personne n'est responsable de cette pandémie... mais nous serons tous responsables de la reprise.