" Un million de chômeurs temporaires et 300.000 indépendants qui ne travaillent pas, c'est environ 40% du secteur privé à l'arrêt. Nous subissons un choc d'une ampleur inconnue ", souligne le commissaire au plan Philippe Donnay. Mais cela n'empêche pas d'essayer d'imaginer des scénarios. Le Bureau du plan et la Banque nationale (BNB) s'y sont essayés.
...

" Un million de chômeurs temporaires et 300.000 indépendants qui ne travaillent pas, c'est environ 40% du secteur privé à l'arrêt. Nous subissons un choc d'une ampleur inconnue ", souligne le commissaire au plan Philippe Donnay. Mais cela n'empêche pas d'essayer d'imaginer des scénarios. Le Bureau du plan et la Banque nationale (BNB) s'y sont essayés. Le scénario imaginé par les deux institutions repose sur quelques hypothèses : un confinement qui dure sept semaines, pendant lesquelles un tiers de la valeur ajoutée du secteur privé disparaît. Une reprise graduelle, ensuite, sur neuf mois. " Cela ne signifie pas que le déconfinement se fera sur neuf mois, mais que l'activité ne pourra pas reprendre directement en raison, notamment, de l'environnement international ", précise Philippe Donnay. Et une " hypothèse forte " : celle qu'il n'y aura pas de faillites supplémentaires par rapport à une situation normale. Si l'on mouline tout cela, on voit que la baisse du PIB atteindra 8 % en 2020, le taux de croissance jouant aux montagnes russes : recul de 4 % au premier trimestre, effondrement de 15 % au deuxième, puis un rebond à partir du troisième trimestre. En 2021, la croissance devrait être de 8,6%, mais ne suffira pas à rattraper le niveau de PIB que nous aurions eu sans la crise. Le manque à gagner sera énorme : par rapport à un scénario sans crise, la perte cumulée du PIB se chiffrerait à 45 milliards à la fin du mois de décembre et à près de 60 milliards à la fin de l'année 2021. Voilà le tableau général. Mais qu'en est-il plus précisément pour l'Etat, les ménages et les entreprises ? Pour l'Etat, l'impact du choc sur les finances publiques se monte à environ 5,3 % du PIB principalement du fait des indemnités de chômage, des droits passerelle et de la baisse des recettes fiscales. Et comme nous partions déjà d'une situation de déficit, celui-ci plongera à 7,5 % du PIB. Le ratio d'endettement, qui est le montant de la dette en proportion du PIB, bondira aussi, passant à 115% fin de cette année, en raison à la fois de l'impact de ce déficit à financer sur le montant de la dette et de la chute de l'activité qui va faire baisser le PIB. Du côté des ménages, " en faisant abstraction du fait que certaines pertes d'emploi pourraient se prolonger ou être définitives en raison de faillites, l'effort des particuliers est en train de se faire maintenant ", résume le gouverneur de la BNB Pierre Wunsch. Les ménages devraient voir en effet leur revenu disponible baisser de 1,5% cette année, une perte relativement limitée en raison des " stabilisateurs économiques " qui sont assez puissants : chômage temporaire, droit passerelle, etc. Comme les magasins sont fermés et que le pays est confiné, la consommation privée va baisser bien davantage que les revenus disponibles. Il y aura donc une épargne forcée, du moins pour ceux qui bénéficient encore d'un salaire, épargne qui devrait se libérer lorsque nous sortirons du confinement, et aider à la reprise. " Du côté des entreprises, l'histoire est complètement différente, poursuit Pierre Wunsch. Le choc est très important. L'excédent brut d'exploitation des entreprises devrait baisser de 40 % par rapport à 2019. Le résultat brut d'exploitation des entreprises belge s'élève à 100 milliards. Une perte de 40 % représente donc 40 milliards. Cela peut paraître négligeable face aux fonds propres des entreprises qui, cumulés, se montent à 1.000 milliards. Mais chaque entreprise présente une situation très différente en termes de fonds propres et de trésorerie. " Il y a donc un risque que le choc se traduise structurellement par des faillites. Et c'est pourquoi la priorité actuelle du groupe de gestion de crise est de réduire ce risque au maximum.